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Full text of "La mule sanz frain"

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LA DAMOISELE A LA MULE 



« La terre a vu jadis errer des paladins, 

« Malheur à qui faisait le mal ! 
« Contre le genre humain et devant la nature, 
« De l'équité suprême ils tentaient l'aventure... » 
La Légende des siècles, XV. 



Digitized by the Internet Archive 

in 2011 with funding from 

University of Toronto 



http://www.archive.org/details/lamulesanzfrainOOpa 











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.M S. DE BERNE N° 354, fol. 2b v° 



LA 



DAMOISELE A LA MULE 



(La Mule scui~ Frain) 



CONTE EX VERS DU CYCLE ARTHURIEN 



PAR 



PAÏEN DE MAISIÈRES 



NOUVELLE EDITION CRITIQUE 

Accompagnée d'une étude philologique, de recherches sur les thèmes compris 
dans le conte et d'un index complet des formes 



PAR 



BOLESLAS ORiOWSKI 

Elève titulaire de l'Ecole des Hautes-Etudes 
Docteur de l'Université de Paris 



AVEC UNE PLANCHE HORS TEXTE 




PARIS 

LIBRAIRIE ANCIENNE H. CHAMPION, ÉDITEUR 

5, QUAI MALAQUAIS, 5 



I^I I 




FES 1 r 

Il 153 



HOMMAGE 
A L'UNIVERSITÉ DE LÉOPOL 

POUR SON 2)O e ANNIVERSAIRE 



AVERTISSEMENT 



» Et se aucuns demandoit por quoi cist 
livres est escri^ en romans seîonc le langage 
des 'François... y je àiroie que ce est por deus 
raisons : l'une, car nos souies en France, et 
l'autre por ce que la parleùre est Jelitable et 
plus commune a toutes gens. » 

Brunetto Latixo, Li livres dou Trésor. 



Dans le prologue de son roman Païen de Maisières insiste sur 
l'idée que la valeur des choses d'esprit s'accroît avec le temps, une 
morale pour les rimenrs (médiocres) s'en suit : il faut être tenace 
dans son travail et savoir attendre patiemment le moment où 
l'œuvre aura la chance de plaire. Notre auteur, pour son compte, 
ne s'y est pas trompé. Ses contemporains ne paraissent pas avoir 
apprécié hautement le poème. Petit et petit l'intérêt allait en crois- 
sant. Les érudits du XVI e siècle le respectaient presque comme un 
auteur classique \ au XVIII e et au commencement du XIX e siècle, 
on lui trouvait le même piquant que celui qui attirait les collection- 
neurs îles fabliaux. Mais c'est de nos jours que notre trouvère 
semble atteindre le maximum de renom. 

Deux philologues venant de deux endroits éloignés du monde, 
l'un des marches de la Pologne, l'autre du sud de ïlllal de Con- 
nccl iciil , se sont mis et l'œuvre et peu près en même temps, ignorant 



i. Voir, pour plus de détails, plus loin p. 143. 



VIII AVERTISSEMENT 

tous deux leur entreprise, f } ai appris aussi que deux savants éprouvés 
sont proposé cette édition, et qui sait s'il n'y a pus d'autres con- 
currents désagréablement surpris pur f apparition de l'édition de 
M. Hill ' ou de lu mienne. 

Bien que cela puisse paraître étonnant, il faut que je parle ici de 
la légitimité de mou édition, pour dissiper les doutes de ceux qui 
pourraient encore en avoir. La première réflexion sur le droit que 
[avais de l'entreprendre s'est présentée et moi quand, étant déjà fort 
avancé dans mon travail, j'ai lu la note par laquelle G. Paris et 
M. H'. Foerster annonçaient dans le tome XXV de la Romania, 
un recueil de textes qui devait comprendre entre autres La mule 
sans frein 2 . Tout en regrettant qu'un de ces deux maîtres 
de la critique de textes n'ait pas exécuté son projet, je me suis 
dit alors qu'abandonner mou entreprise signifierait que Ton s'est 
trompé sur T utilité de pareilles annonces. Elles servent en effet 
très bien èi diviser la tâche actuelle entre divers travailleurs qui 
n'ont pas de rapports entre eux, mais si ou eu tenait compte après qua- 
torze ans écoulés, elles auraient comme résultat d'arrêter plutôt le 
progrès de notre science que de l'activer. J'ai décidé donc de continuer 
le travail, en me rappelant aussi qu'une édition du Chevalier a 
l'espee promise également dans cette noie par G. Paris et 
M. Foerster, a été depuis ce moment publiée par M. Armslrong. 
Néanmoins, pour éviter à moi-même et à d'autres un travail inu- 
tile, (ai demandé l'insertion d'une notice sur mou édition à la 
Romania, M. Hill n'a pas pu en tenir compte, et pour cause, la 
notice n'a pas paru... Je peux encore ajouter pour me justifier que, 
selon les informations que f ai recueillies avant d'aborder ce travail, 
personne en France ne s'occupait de ce sujet. 

La copie du manuscrit (que j'ai trouvé après des recherches dans 
les papiers de Lacurne de Saint e-Palaye) était prise depuis le mois 
de juin jcjio, une grande partie du travail — particulièrement 
l'étude littéraire et le lexique — était achevée, quand le / cr mars iyii 



:. La Mule miii; frain, an Arthurian romance. Baltimore, 191 1. 
2. P. } 12 (août 1896;. 



AVERTISSEMENT IX 

les maîtres de philologie romane à Paris trouvèrent dans leur 

courrier une enveloppe dans laquelle M. Thompson Hill leur 
envoyait une brochure, sa thèse de Doctoral de VUniversité de Yale, 
portant le titre : La mule sanz frain. An arthurian romance. 
etc.... 

Fallait-il renoncer à la publication Je mon ouvrage, ou bien en 
donner seulement les parties qui n'étaient pas contenues clans la dis- 
sertation de M. Hill ? Différentes raisons m'ont décidé +k publici- 
té livre tel qu'il était projeté : une édition de texte complète. D'abord 
le sujet étant accepté par la Faculté de Paris et inscrit pour 
l'exercice de l'année 1910-11, il était trop tard pour le 
retirer. Ensuite, en lisant Texcellent et méritoire travail de 
M. Thompson Hill, je me suis aperçu en combien de points mes 
résultats différent des siens, sans parler des questions sur lesquelles 
les recherches du philologue américain n'ont pas porté. M. Hill. 
avec lequel depuis des rapports amicaux m'unissent, promettait de 
compléter ce qui manquait dans sa thèse, il se résigna néanmoins 
et voir paraître mon travail avant le sien. Je lui souhaite, s'il 
persiste dans l'idée de poursuivre cette élude, des trouvailles plus 
heureuses et des résultats plus surs que ne le sont les miens. Et ceci 
pour le profit de la discipline dont nous portons tous deux la 
bannière. 

Il me semble qu'à l'heure présente où les études de philologie 
romane prennent de plus eu plus d'extension et puisqu'un service 
d'information n'est pas organisé, le principe qui défendait et d'autres 
d'entreprendre des travaux que quelqu'un a annoncés, devra perdre 
de sa valeur. D'ailleurs dans le cas présent — j'ose le dire — la 
philologie ne fait que gagner. Les romanistes pourront désormais 
choisir entre les deux textes établis d'après des procédés tant soit 
peu différents et donner la préférence aux leçons qui leur convien- 
dront. Mais, j'ai déjà dit que l'historien delà littérature trouvera 
dans ce livre des parties nouvelles. En s* fondant sur une étude de 
littérature comparée, nousjttvons donné l'explication du cadre du récit 
pour lequel nous avons reconnu le thème de La sœur déshéritée. 
en laissant à d'autres le sont d'en glaner les variantes dans les 
littératures. De plus, chaque sujet qui compose le récit de la Damoi- 

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X \\ ERTISSEMENT 

solo a la Mule 1 a été étudié, et ainsi s'est [orme un recueil de 
petites monographies des sujets merveilleux et fabuleux du cycle 
arthurien. Particulièrement le château féé et tournant et le jeu 

parti du coup de la hache mit fait l'objet de notre attention. Je 
concède que ces micrographies pour être des contributions sérieuses 
à l'histoire des motifs littéraires, auraient pu être plus documen- 
tées et plus développées, elles le seront peut-être un jour. L'amateur 
de la littérature moyenâgeuse trouvera dans les chapitres littéraires 
de cette Introduction, que certains diront par trop étendue peut- 
être, des renseignements sur différentes questions 4t*Hachanl à 
T étude du cycle de la Table Ronde. Il trouvera aussi dans les 
quelques pages parlant de Tailleur, un essai de représenter comment 
ces trouvères se mettaient à T œuvre et comment ils formaient leur 
style. Il me semble qu'on a jeté un peu de lumière sur la psycho- 
logie de cette production littéraire presque anonyme, tant elle est 
impersonnelle. Dans cette partie du travail pour plus de clarté 
nous avons procédé d'après le conseil qu'a donné M. Tobler en 
citant dans la Préface à sa Versification les mots de M. Jour- 
dain : « Vous entende^ cela, et vous save% le latin sans doute ». — 
« Oui, mais faites, comme si je ne le savais pas : expliquez-moi ce 
que cela veut dire » 2 . Nous ne craignons pas les reproches de ce 
côté. 

Au moment où je vois devant moi les épreuves définitives de ce 
livre, ma pensée se dirige avec gratitude vers ceux qui ont été mes 
guides bienveillants dans mon apprentissage de philologue, d'abord 
à mou cher maître M. E. Poreboiuic^, professeur et la Faculté de 
Léopol (LiL'oiu), qui m'a initié à ces études. Puissé-je par des tra- 
vaux plus importants contribuer èi la continuation de cette œuvre 
dont il est le champion en Pologne. 

Je remercie ensuite les professeurs français qui m'ont accueilli à 
Paris avec leur bonne grâce habituelle et qui, désormais, sont 
devenus mes chers maîtres. Tout en me laissant une pleine indépen- 



i. On trouvera plus loin (p. 138) l'exposé des raisons qui nous ont amené à 
publier le roman sous ce titre qui est le seul exact. Le principe de conserva- 
tion nous a semblé mal appliqué quand il s'agissait d'une erreur à rectifier. 

2. Bourgeois gentilhomme, acte II, scène 4. 



AVERTISSEMENT XI 

dance d'opinion, dont je leur sais particulièrement gré, ils m'ont 
souvent éclairé par leurs sages conseils. M. Joseph Bédier, profes- 
seur au Collège de France, a exercé sur moi sa puissante faculté 
d'encouragement dont sa personnalité rayonne. M. Mario Roques, 
mon directeur à l'Ecole des Hautes Etudes, a eu la patience de 
suivre mes recherches préparatoires. M. A. Thomas, de l'Institut . 
en examinant le manuscrit de la thèse en caractère de titulaire de 
la chaire à la Sorbonne, a bien voulu discuter avec moi magistrale- 
ment plusieurs points du texte et de T étude linguistique. 

MM. Gaido^, Jeanroy, Vendryès, de même Miss J. West on 
et Miss G. Schoeperle, ont eu l'amabilité de s'intéresser èi 
mes recherches. Je suis très reconnaissant à mes camarades 
MM. L. Hogu et P. Tujjrau, agrégés des lettres qui ont lu 
avec moi le manuscrit de la première partie. M. de Mùhlinen, 
directeur de la Bibliothèque de Berne, m'a facilité le travail, 
en me communiquant le manuscrit èi Paris sur les démarches de 
MM. les Ministres de f Instruction publique et des affaires étran- 
gères. 

Le ministère autrichien de l'Instruction publique et des Cultes 
nia fait l'honneur de m' accorder à deux reprises, sur la proposition 
de l'Université de Léopol, une bourse dont il dispose pour cou- 
vrir une partie des frais d'études des membres de T enseignement 
secondaire. 

Voilà les éléments de ce livre. 

Viroflay, près Versailles, en été 191 1 . 



PREMIERE PARTIE 



CHAPITRE I 



Le manuscrit et la langue du poème 



LE MANUSCRIT 



La Dctmoisele a la Mule nous est conservée dans un seul 
manuscrit : celui de la Bibliothèque de Bongars à Berne 
(Xr. 354), manuscrit bien connu qui contient aussi le 
Perceval de Chrétien, la Folie Tristan, les Sept Sages de Rome. 
M. Armstrong dans son édition du Chevalier a l'espee l a 
raconté les aventures de ce manuscrit. Au commencement 
du xix e siècle on l'a cru perdu ; en effet il a été volé et racheté 
seulement en 1836 par la Bongarsiana pour la somme de 
1.000 francs 2 . Méon qui voulait insérer le petit roman sous 
le titre La Mule sans frein dans son recueil des Fabliaux et 
Contes, n'a pas pu consulter le manuscrit de Berne. On l'a 
fait venir pour lui, mais il disparut en 1809 du cabinet du 
Duc d'Otrante, ministre de l'Intérieur. Méon se servit alors 
d'une copie du xvm e siècle faite pour Lacurne de Sainte- 
Palaye 3 et collationnée parce savant 4 . 

La copie est conservée à la Bibliothèque Nationale ! et elle 
nous a servi de point de départ dans la recherche du manus- 
crit. Fidèle et soignée, elle est supérieure à l'édition de Méon 
qui, en apportant de prétendues améliorations, s'éloigne trop 



1. p. 37. 

2. Cf. Jubinal, Rapport à Monsieur le Ministre..., p. 15, 16 et 19., et surtout 
Lettre au Directeur de V Artiste. 

3. On peut le conclure de l'introduction à son Xouveau Recueil de Fabliaux et 
Contes inédits, Paris, 1823. 

4. Vivait entre 1697 et 1781. 

5. Fonds Moreau 1720. 



LA DAMOISELE A LA MULE 



souvent sans raison valable du manuscrit. (Test ainsi que l'ar- 
ticle lo lui déplaisait, il le remplace dans quelques endroits 
par le, tout en laissant subsister lou\ l'éditeur ne semble pas 
comprendre la fonction du cas régime: il corrige frainc en 
frains (vv. 292, 371). Pour rapprocher le texte du français mo- 
derne, il corrige suen en sien, il remplace Ye du ms. par ai dans 
les futurs, il suit Lacurne en imprimant aura, saura, de même 
il laisse subsister le signe graphique x pour us. Avec Lacurne 
il écrit moult pour l'abréviation mît, quoique le ms. donne 
aussi la forme moût. Parmi ses conjectures il y en a de 
bonnes p. e. si pour si de la copie au v. 23, bestes pour 
beste (v. 139), paor pour puor (v. 186), /// les pour /// iest 
(v. 528), en^en pour en\ en\(y. 559). 

Le manuscrit lui-même est de la fin du XIII e siècle ou du 
commencement du XIV e ', il est assez correct et l'écriture en 
est soignée. Les lacunes existaient évidemment dans le texte 
que le scribe copiait ; au vers 870 il s'en est rendu compte, 
et laissa l'espace d'une ligne libre. 

Les abréviations ne présentent aucune difficulté, nous 
avons résolu a en us, puisque pour ces copistes ce n'était 
qu'un signe graphique et non pas un caractère alphabétique, 
ceci facilitera la lecture, en rapprochant la forme écrite du 
son : l'écriture de cette époque était très phonétique. Le 
manuscrit donne promiscue q et qu, c'est cette dernière 
forme, plus répandue, que nous avons choisie. 

Le scribe n'observe aucune orthographe, il écrit les mots 
de différentes façons, il conserve de préférence e devant une 
nasale, la nasale devant une labiale est écrite //, la nasalisa- 
tion est souvent exprimée par redoublement de consonne. 

Le produit de ^+ nasale 4- a est écrit d'une façon variée ; 
les graphies moinne (v. 72), amoinne (v. 990), ne trompe- 
ront personne sur la valeur du son, d'autant plus qu'on trouve 
à coté d'elles maine, et que ces graphies sont mêlées en rime : 
paiiinc : moinne (v. 71). Cette graphie rationnelle seulement 



\. Hagen, Catalogus, p. 338. G. Paris, Romania, t. XXIX, p. 595, 



LE MANUSCRIT 



pour ein < c -h n, en montrant la difficulté qu'éprouvait le 
copiste à distinguer les sons [wen] et [ £ ïn], prouve aussi que 
oi devait se prononcer à l'époque du copiste [ws] même 
devant une nasale \ 

La langue du scribe — champenoise — a été étu- 
diée par M. Armstrong 2 et nous ne reprendrons pas ce tra- 
vail. Il est très heureux que la langue de l'auteur et celle du 
copiste soient à peu près homogènes. 



i. Voyez Rossmann, Fran^ôsisches oi, p. 167. G. Paris, Romania, XI, p. 607- 
608. 

2. Le Chevalier à l'épée. 



LA LANGUE DE L'AUTEUR 



PHONÉTIQUE 

Voyelles 

A. Voyelles orales. 

I i. i produit de ë influencé par une palatale suivante 
rime avec un i -+- palatale : respit : e outre dit, v. 87. 

^ 2. e a) e provenant de a latin rime avec e de e qui cepen- 
dant ne pouvait pas avoir un son ouvert \ pleut é :De\. 623. 
Cet e avait dans les suffixes -are, -ate, -atis, -atu une 
valeur spéciale comme ces e ne riment qu'entre eux. — Sur 
cruel (< crudalis) : el (< alid), voyez Foerster, Chevalier as 
.II. espees, p. xxxvi. Ztschr.f. Roui. Phil., t. III, p. 565. Meyer- 
Lùb^ke, Grammatik, t. II, § 356. 

fi) e < fltë rime deux fois avec e < ë : querre : terre, vv. 499, 
775, 817, 981, 5mr : querre, v. 527. 

y) g de provenance germanique (< i ou r) a un son ouvert, 
car il rime avec e < ë \at\n Jel : Marcel, v. 509, terre .-guerre, 

v. 741. 

B) 6' <.(' entr. rime avec < ï entr. chevestre : eslre, v. 43. 

b) Notons encore que : ne rime jamais avec *>. 

^ et e sont distincts 

* 3. a Pour 0/iVtt > âge nous avons la rime rage : langage, 
v. 1029. 



LA LANGUE DU POLME 



) 4. o x) provenant de Ô est toujours distinct de < d 

&) dans la terminaison 6>r, ouvert est distinct de Yo fermé. 
Il est ouvert : v. 173, 263, fermé : v. 141, 185, 211, 275, 415. 

y) or se trouve pour 0#r, il rime avec or de la même pro- 
venance corent : anormt, v. 67. 

8) < « germanique sonne fermé, il rime avec < ô latin 
mtor: w/or, v. 529. 

s) ûftt a un son ouvert, < au : < o c/05 : ^ro5, v. 433, 
0$fe (« hôte ») : oste (« ôte »), v. 573. 



B. Voyelles nasales. 

I 5. i + n ne rime qu'avec z 4- ;/ (3 fois), la nasalisation 
était donc déjà sensible. 

§6. en et an se trouvent couramment mêlés (17 fois). 

~ 7. o nasal n'est jamais en rime avec un oral. La nasali- 
sation entraîne la fermeture de Yo : u -f- n : + //, m/// : 
amont, vv. 53, 879, 106 1. 



C. Diphtongues. 

§ 8. ie provient dans notre texte d'un e, de a précédé d'une 
palatale, de -aria et -eriu. Il ne rime jamais aveetf. La nasale 
mouillée qui suit peut rendre les sons moins distincts, ie h- n 
et e -+- //' riment, praigm : aviegne, v. 581. 

j 9. ai Le texte donne indistinctement la graphie aiete, 
aussi bien pour 0*' <Ca-hi (vv. 309, 371, 843) que pour a* 
<Oz + r/ (v. 93, 323). 

<// rime avec g entravé, v. 187, //£rtr£ : estre. 

ai -f- /' ne riment qu'entre eux (7 fois). 

: 10. oi < au h- i rime avec 01 < ë ; joie : avroie, v. 81. 

0* < « -h pal. rime avec oi < ë t mois : bois, v. 143 ; 

0/ a donc probablement un son fermé. 

11. ou, perillouse : tenebrose v. 17. Selon Metzke (Der 



10 LA DAMOISELE A LA MULE 

Didier! von Ile-de-France y itn XIII u. XIV Jrh. } p. 29), ou est 
admis eti francien jusqu'à 1500 à côté de eu ; le vers 254 
donne périlleuse. 

12. eu provenant de à rime avec eu<ô, angoisseus : 
jeus, v. 525, locus donne leu, v. 881, leus, 853. 

§13. iau champenois et picard se rencontre viaus, v. 625, 
duel donne c. s. diaus, v. 626. 

§ 14. au < a -h / ne rime jamais avec au ni avec d'une 
autre provenance. 

15. ui d'origine latine rime avec ui provenant de -h pal. 
posttonique, lui : annui, v. 456. 



Consonnes 

16. z ne rime qu'avec lui-même dans 30 cas, cependant 
<//~ rime avec hardi, v. 523 (voyez là-dessus la Morpho- 
logie.) 

17. n' rime avec n' deux fois contre un exemple de la 
rime ri : n, ovraingne : painne, v. 1025. 

§ 18. r ne rime qu'avec /', la graphie est parfois / seul. 
19. I après voyelle est vocalisé, v. 411, 625. 

§ 20. Les palatales [ts] et [dz] sont distinctes, il faut remar- 
quer seulement large : barge, v. 235 \ rage : arrache, v. 681, 
mais rage : langage, v. 1029. Chez Chrétien on trouve un 
exemple de cette particularité : sache : damage. Erec, v. 1000. 
21. s devant /. 21 rimes pures, dans deux cas la graphie 
révèle la valeur affaiblie de cet s (aspiration peut-être) ait : 
dut, v. 307, for est : recet, v. 359. 

2 22. s sonore et s sourd ne riment jamais, le suffixe 
-///// dans servise avait une s sonore, le mot rime avec devise. 

^23. Labiales, mb, jante pour jambe en rime avec dame, 
v. 152, se trouve aussi bien en champenois qu'en francien: 



1. La même rime, Cligès, 183, 184, cf. aussi Cligès, 6695, barges: targes, 



LA LANGUE DU POEME 1 I 

chez Chrétien, Cligès, v. 6049, Ërec, v. 2400, Lancelot, v. 16, 
et jeune : fa nie chez Rutebuef, La Compl. Rust. Bartsch. Langue 
et I il 1er. française, col. 444, v. 26. La rime est par conséquent 
conventionnelle. 

j 24. Dentales. Je ne trouve pas d'explication de la rime 
autre : faudre (verbe), v. 799. Le sens permet de changer en 
fautre, on obtient alors une rime très fréquente : autre : 
l'antre (« appui de lance »), Eree, v. 5767, Ivain, v. 6083, 
Méraugis, v. 295, v. 5684, e. a. 



MORPHOLOGIE 

Déclinaison. 

L'auteur a observé assez exactement le système de la décli- 
naison à deux cas. Cas sujet avec -s : domages v. 923, Au 
pluriel c. s. H vent v. 202 c. r. avec la désinence : estres 
v. 33, sarpen~ v. 182, jens v. 324, etc. Les formes sire et 
saignor sont soigneusement distinguées (voir le Lexique). 

Un exemple de confusion entre les deux formes est offert 
par les rimes 513 et 514 Ganvains c. s. : vilain c. r. ; notons 
aussi la rime di% : hardi c. r. (v. 523), où la phonétique de 
l'auteur exigerait la forme hardi^(cf.§ 16). 

La terminaison féminine pour les substantifs et pour les 
adjectifs est exigée par la mesure du vers. 

La flexion des adjectifs est aussi normale : nus c. s. v. 394, 
saifisc. s. v. 602, ver nul c. r. v. 749. 

Le pronom personnel de la 3 e pers. niascnl. présente en pluriel 
la forme sans -s (v. 59, 60). Pour le féminin la forme atone 
ef inconnue à Chrétien ', est attestée dans notre roman au 
moins deux fois (vv. 986, 1069, cf. aussi vv. 70, 102). 

Le pronom relatif : lequel ne se rencontre selon M. Brunot 



1. Foerster, Karrenritter, p. 421. N, v. 6416. 



12 LA DAMOISELE A LA MULE 

dans les écrits originaux qu'au xm c siècle, au xn c il servait 
seulement aux tiadueteurs ', Oïlouquel est connu par Païen 
(w. 569, 581). 



Le verbe. 

Nous trouvons l'infinitif querre vv. 50, 75 c. a; fine 3 e prés. 
finee part. p. (vv. 264 et 1136) semblent indiquer un type 
finer. 

La i re pers. de Findic. prés, ne prend pas de désinence-^ 
(cont v. 937) ni -s (soi v. 984). Voloir a une forme champe- 
noise pour la 2 e pers. viaus v. 625. La forme moinne, champe- 
noise pourtant, n'est que graphique. Aler, 3 e prés, va, est 
seul attesté par la rime, v. 492, abevrer a un prés, étymolo- 
gique : aboivre. 

Il n'y a pas d'exemple de la i re pers. plur. Veoir forme la 
2 e plur. étvmologique vec\ v. 75. Dans la 3 e plur. plier donne 
aussi une forme normale ploient vv. 150 et 1050, à côté d'une 
forme analogique plient v. 367. 

Au subjonctif les rimes révèlent les formes anciennes 
3 e pers. : die, tiegne, viegne, pcist 2 . 

A l' impératif relevons manjuev. 571. 

Imparfait. La forme venot v. 1069, est à écarter, l'impf. nor- 
mand en -ot se trouvant seulement dans la i re conjugaison 3 . 
Du reste venait est attesté à la rime vv. 41, 1063, 1070. 
Remarquez pleioit v. 418, issir forme issoientx. 1024. 

Futur. Aiderai rime avec rendre. Paien emploie les formes 
en -oie à côté de celles en -ai (é) seroie v. 87, ravroie v. 88, feroie 
v. 91, bailleroie v. 92. Pour être les seules formes à la rime 
sont serai et seroie, mais iert et ert sont attestés par la mesure 
du vers vv. 106, 859. 

Parfait. Connaître, connui v. 929, ne prend pas de désinence. 



1. Histoire de la langue française, t. I, p. 339. 

2. Voyez pour lus renvois les articles correspondants du Lexique. 

3. M. Th. Hill a déjà fait cette correction. 



LA LANGUE DU POEME 13 



Après avoir dresse ce catalogue de faits linguistiques, il 
reste à l'interpréter. Quelle est la langue de l'auteur, quel est 
son pays, quelle est la date de son oeuvre ? C'est à ces ques- 
tions qu'il nous faut répondre. Disons d'abord qu'il est très 
difficile de tirer des conclusions de l'étude phonétique et 
morphologique de ce petit nombre de rimes qui sont offertes 
par le poème, étant donné surtout que beaucoup de ces rimes 
sont formées par les mêmes formes grammaticales. Les 
faits donnés par l'examen de la structure intérieure du vers, 
sont aussi peu instructifs. Il ne faut pas attendre beaucoup 
à ce double point de vue de l'étude de la syntaxe. 

D'ailleurs la petite étendue du poème n'est pas la seule 
cause des difficultés que nous rencontrons, en voulant tirer 
quelques conclusions de notre examen minutieux de la 
langue. On sait combien de fois on se heurte dans des 
recherches pareilles à des difficultés d'ordre méthodique, au 
manque de données bien établies, aussi bien en chronologie 
linguistique, qu'en dialectologie. Hâtons-nous de dire que 
nous ne nous attacherons pas à découvrir, coûte que coûte, 
le pays d'origine de l'auteur. Nous ne voulons pas le faire. 
non seulement parce qu'une classification complète et rigou- 
reuse des dialectes de la France du moyen-âge nous 
manque, mais aussi parce que nous croyons que « toute défi- 
nition du dialecte est unedefinitio nominis et non une defi- 
nitio rei x ». Nous nous proposons donc seulement, en consi- 
dérant des traits régionaux, d'exclure certaines parties de la 
France qui. selon toute probabilité, ne pouvaient pas être la 
patrie de notre auteur. 

Les faits que ~ et s, ic et t sont distincts, que en et an sont 



1. P. Mcyer, Remania, IV. p. 294 et 295, 



14 LA DAMOISELE A LA MULE 

confondus, excluent le normand, il n'y a pas de traits picards 
dans le traitement de la palatale. Pour une délimitation plus 
précise de la langue de Païen, nous nous sommes servis des 
cartes de M. Sucbier dans le Grundriss de M. Grôber. Il faut le 
placer en Champagne. A cause de la distinction de ë et à 
inconnue à notre auteur, il ne saurait être question de la 
Champagne du nord, au delà de Reims; une petite partie du 
sud, au delà de Bouvray, doit être exclue par le fait que ë -+- / 
devient i dans notre texte. Le traitement de -or qui ne devient 
pas -cur mais or (v. 211, puor : )or v. 415, desor :paor') nous 
oblige d'écarter l'Ile-de-France et encore une petite partie de 
la Champagne. Ceci nous permet de localiser le texte dans la 
région délimitée par Sainfe-MetieboM, VitryAe-François, Bar- 
sur-Aube, Bar-sur-Seine, Sens, Auxerre. 

Le pays de Païen est une localité dénommée Maisières. Les 
indications qui précèdent nous permettent un choix entre 
les 48 communes de ce nom que mentionne le Dictionnaire 
des postes; seules les localités dans le département de Y Aube 
nous occuperont. Il n'est pas très difficile de déterminer 
lesquelles de ces localités existaient à l'époque où pouvait 
vivre notre auteur. Nous allons chercher plus loin la date 
probable du roman; pour le moment on peut accepter 
des limites très larges : la fin du xn c ou le commence- 
ment du xm e siècle. Or à cette époque trois localités 
de ce nom étaient connues dans la partie sud du comté 
de Champagne qui correspond à peu près au département 
de l'Aube. Les chartes recueillies par M. Longnon ' men- 
tionnent d'abord Maisières au sud du comté, entre les 
domaines de Chaource et Joigny (actuellement -dans le 
canton d'Hrvy, commune de Chessy). A l'ouest, on place 
entre les domaines de Nogent et d'Arcis, Maisières dénommé 
actuellement Maizières-la-Crande-Paroisse dans le canton 
de Romilly-sur-Seine. A l'est enfin, dans le domaine de 
Bricnne, actuellement dans le canton de Brienne-le-Chàtcau, 



1. Documents relatifs au comté de Champagne et de Brie, 1172-1361. 



LA LANGUE DU POEME 15 

près de Joinville, à la limite des départements de l'Aube et 
de Haute-Marne, on parle souvent dans des documents d'une 
seigneurie de ce nom, dans laquelle, à côté des grands sei- 
gneurs terriens dont on connaît même les noms, il y avait 
« plusieurs povres escuyers qui tiennent terre de petite 
value x ». Est-il permis de choisir entre ces localités et de 
conjecturer que notre Païen est né dans la dernière comme 
fils des « povres escuyers » ou bien des nobles seigneurs ter- 
riens? La question restera en suspens pour jamais et l'histoire 
littéraire n'y perdra pas beaucoup. 

Il faut avouer cependant que certaines considérations ne 
s'accommodent pas de nos recherches sur la patrie de Païen ; 
et pourtant nos résultats ont pour eux de n'être pas en désac- 
cord avec les hypothèses de MM. Grober 2 et Hill 3 . 

M. Suchier attribue l'hésitation entre au et eu dont nous 
avons parlé, à l'influence du normand littéraire. Voilà déjà 
une brèche faite dans notre délimitation du côté ouest, et 
on se demande, si ce n'était pas le francien pur que l'auteur 
parlait 4 ? 

Il est plus probable encore que notre auteur a subi l'in- 
fluence du francien et, en littérateur studieux, s'est appro- 
prié la Jtotvrj. Alors il serait difficile d'attacher beaucoup 
d'importance à ce que nous venons de dire sur sa patrie. 
En effet les ressemblances de sa langue avec celle de Chrétien 
de Troyes par exemple sont frappantes. Et l'hypothèse que 
Païen était en tout un élève de l'école des romans bretons 
dont Chrétien fut le grand maître, trouvera sa confirmation 
dans l'étude de la syntaxe et du style ; il en a subi l'influence 
jusqu'à chercher son vocabulaire et ses rimes dans les œuvres 
de Chrétien, de Raoul de Houdenc et d'autres. 

Il est encore moins aisé d'apporter quelques précisions 



1. Op. cit., t. II, p. 552. 

2. Grundriss, t. II, p. 518. 

3. La Mule san^frain, p. ion. 

4. Pour la Champagne parle pourtant encore l'usage de mie, voyez, p. 28, 



lé , LA DAMOISELE A LA MULE 

quant à la date du poème, Bien qu'à la fin du xn e et au com- 
mencement du xiu c siècle, des changements significatifs se 
soient produits dans la langue française, une limite de date 
est difficile à tracer. Certains phénomènes de cette étape 
d'évolution apparaissent sporadiquement déjà au xn c siècle, 
quoiqu'ils ne se soient propagés qu'au xm c siècle. Beaucoup 
dépendent des conditions du milieu et de l'individualité des 
poètes, de l'influence qu'ils ont subie. Voyons les faits. 

Certains d'entre eux plaident pour l'attribution du texte 
au xii° siècle : i° que o < au lat. sonne ouvert ; 2° le main- 
tien de Ys devant/; 3 ai < U -4- pal. sonne fermé (: mois). 
D'autres parlent pour le xin c siècle : i° eu < o rime 
avec eu < ; 2 la nasalisation complète de -+- nasale r ; 
3 quelques troubles dans la déclinaison à deux cas ; 
4 l'emploi de louquél. 

Je suis porté à croire que Païen de Maisières écrivit sa 
« Demoiselle à la Mule » dans le premiers tiers du xin c siècle. 
D'ailleurs, d'après les caractères littéraires, c'est une œuvre 
plutôt tardive. Il est certain néanmoins que nous avons en 
Païen un trouvère archaïsant; il emploie des formes et sujets 
littéraires déjà vieillis à son époque, nous allons le voir; ne 
serait-ce pas qu'il écrit aussi dans une langue qui n'est plus 
celle qu'il emploie en causant avec ses amis 2 ? 



1. L'opinion généralement admise place la nasalisation de dans le xme siècle, 
voy. Nvrop, U,§ 225 : remarquons cependant qu'elle apparaît déjà chez Marie de 
France. 

2. Voyez sur la date du poème aussi le chapitre IV. 



SYNTAXE 



Il serait peu instructif de donner un aperçu complet de la 
svntaxe de Païen ; nous examinerons seulement quelques 
points qui nous semblent présenter plus d'intérêt. 

' i. L'emploi de l'article indéfini est assez fréquent, voyez 
le Lexique, art. « un ». 

§ 2. Le rapport d'appartenance est formé par les procédés 
modernes : à l'aide des prépositions de et a (pour les exemples 
voyez le Lexique, art. a 7 et de 1). L'ancien datif cui fait aussi 
l'emploi du possessif p. e. celeeui estr. .loi! Ji (vains v. 107 1. On 
ne trouve pas d'exemple de la juxtaposition asyndétique, 
quoique cette construction soit très fréquente chez Raoul de 
Houdenc ; selon M. Abhehusen l elle est plus fréquente que 
la construction par prépositions. 

Pour exprimer d'autres rapports, on trouve le complément 
joint au verbe sans préposition p. e. foi que tu doi\ ton père 
v. 745, mais l'emploi des prépositions est très développé et 
les articles correspondants de notre lexique renseignent sur 
leurs emplois multiples. 

§ 3. Le vocatif est exprimé par le cas sujet p. e. nains v. 486, 
vilains v. 848 (une seule fois et à l'intérieur du vers par le 
cas oblique : senechal v. 59). Nous avons donc lu dans les 
allocutions l'abréviation G. du manuscrit : Gawuains. 

4. lui apparaît comme forme tonique du régime direct 
avec les verbes coebier v. 555, esmaier v. 629. ocirre v. 828, 



1. Zur Syntax des Raoul de Houdanc. Stengel, Abhandhmgen LXXVIII (1888). 

2 



iS LA DÀMÔ1SELE A LA MULE 

tocbier v. 630, li comme régime direct avec proier v. 11 18. 

5. Nous avons examiné avec un soin particulier l'emploi 
de ['infinitif comme complément du verbe, avec ou sans pré- 
position. Nous avons évidemment exclu les cas où l'infinitif 
a la valeur d'un substantif (p. e. v. 946, 1017, 1055). La 
liste suivante des verbes aura de l'intérêt pour qui voudra 
comparer l'usage de Païen avec celui d'autres auteurs. L'étude 
de M. de Boer a montré l'importance de pareilles recherches 
pour l'attribution du texte à un auteur. Il nous a paru inté- 
ressant de comparer l'usage de Païen avec celui de Chrétien ; 
dans ce but nous avons confronté notre liste avec celles qui 
ont été données par M. de Boer 1 et M. Sorgel 2 . Ce n'est que 
lorsque l'emploi de l'infinitif est différent de l'usage de 
Chrétien, que nous l'avons indiqué. 

a) L'infinitif sans préposition suit après les verbes : 
aler vv. 32, 30, 97, 678, 858, 868, 877, 1059, 1128. 

aler se construit aussi avec « por », voyez plus loin. 
covenirw. 444, 494, 640, 689, 690, 853, 926, 1027, 

1 104. 
devoir w. 5, 15, 363, 463, 615, 770, 771, 778, 965, 

971, 1071. 
daigner w. 694, 900, 1102. 
envoier v. 290, chez Chrétien sans prépos. et avec « por », 

chez Païen aussi avec « por », voyez plus loin. 
esaler v. 1028. 
[es lavoir] es lu ci vv. 177, 530, 613, 650, 719, 765. 

faire vv. 341,953, 954, 995, 99^- 
lessierw. 495, 623, 648, 693, 720. 
oïr v. 564. 

oser vv. 84, 108, 242, 327, 328, 408, 834, 874,875. 
pooirxx. 138, 155, 187, 447, 491, 527, 614, 635, 657,, 
707, 714, 766, 807, 818. 



1. Eil. de Phi Ioniena . 

2. Cher Jeu Gébrauch des reinen und prâpesitionalen Infinitifs in/ Altfran- 
yhiseben. 



LA LANGUE DU POEME 19 

quidier vv. 212, 837, 838, 844, 963. 

sembler vv. 229, 254, 257. 

savoir w. 145, 672, 1087 (aussi avec « de »). 

[soloir] suet v. 443. Je ne trouve pas d'exemple pour 

Chrétien ni chez M. Boer, ni chez M. Sorgel. 
venir vv. 248, 528, 776, 908, 981. 
valoir vv. 85, 86, 101, 104, ni, 15e, 191, 278, 342. 
393, 438, 488, 492, 500, 536, 616, 624, 730, 830, 
939, 1130. 
&) L'infinitif construit avec la préposition à : 
avoir t v. 871. 
conmencier, v. 683. 
essaier (« s'exercer »), v. 811. 
plaire (impers.), v. 972. 
e) Avec la préposition de : 

aisiei\ v. 103 r, je ne trouve pas d'exemple chez Chrétien. 
avoir cure, w. 1 11, 116 » » » 

» pooir, v. 1090. » » » 

» talant, v. 70, 630. » » » 

entremetre, v. 338, le même emploi chez Chrétien. 
estrenoian^jV. 630, je ne connais pas d'exemple chez 

Chrétien. 
faire esploit, v. 246, je n'ai pas d'exemple pour Chré- 
tien. 
finer, v. 264, d'accord avec Chrétien. 
pener, v. 340, » » » 

savoir, v. 689, » » » 

tenter, v. 639 (impers.), pas d'exemple chez Chrétien. 
d) Parmi d'autres prépositions par accompagne souvent 
l'infinitif chez Païen, pour indiquer le but de l'action; le 
complément n'est pas aussi étroitement lié au verbe que 
dans les trois cas précédents; les cas suivants n'exigent pas 
d'explication ni de comparaison avec Chrétien ; du reste les 
matériaux pour cette recherche nous font défaut. 
aler, v. 1 1 18 (aussi sans prépos.). 
aporter, v. 943. 



20 



LA DAMOISELE A LA MULE 



bailler, v. 867 
boire, v. 226. 
demander, v. 942. 

envoier, v. 918 (aussi sans pré p.). 

/i///Y. V. 62 9 ( » » » ). 

tenir, v. 603. 

Dans le relevé que nous venons de donner, nous man- 
quons pour un certain nombre de mots d'indication per- 
mettant de dire s'ils se trouvent chez Chrétien, mais dans 
aucun cas nous n'avons pas relevé un usage contraire à 
celui de Chrétien. 

6. Dans la construction hypothétique les types 
modernes sont les plus fréquents chez Païen : 

à) le conditionnel dans la proposition principale, 
l'imparfait dans la subordonnée vv. 48, 82, 627, 
784,909, 939,972. 
/?) le subjonctif du plus-que-parfait dans les deux 
membres v. 1009. 
D'autres constructions moyenâgeuses se trouvent aussi : 
Pour exprimer la possibilité Païen se sert : 
a) de l'indicatif dans la subordonnée : 
a) présent — conditionnel v. 581. 
fj) présent — futur v. 317. 
y) imparfait — subjonctif du ppf. v. 779. 
h) du subjonctif dans la subordonnée : 
tx) subj. p. — subj. p. v. 242. 
■}) subj. p. — (que) subj. ppf. v. 421. 
Il exprime une pensée irréelle par les constructions : 
subj. p. — subj. ppf. v. 297. 
subj. ppf. — subj. p. v. 143. 
I 7. Nous avons examiné particulièrement aussi l'emploi 
de la conjonction que, le lexique en indique les divers usages. 
Relevons lu que narratif, dont nous avons chez Païen des 
exemples plus typiques que ceux de M. Ritchie ' qui s'ex- 



1. Recherches sur la syntaxe de la conjonction « que », pp. 48 et 64 à 66. 






LA LANGUE DU POEME 21 

pliquent tous par le rapport de causalité (« comme »). 

Mule, v. 173. « Qu'a siècle n'a home si grant 
« qui... » 

Que final se construit de règle iwqc le subjonctif, de même 
les propositions concessives introduites par que simple ou 
par comment que, ont le subjonctif. 

Dans des propositions explicatives ou consécutives, que se 
construit rarement avec le subjonctif; c'est le cas à) après 
les verbes qui expriment l'idée de l'obligation : covenir v. 176, 
estre clroi^ v. 344, /;) après quidier pour annoncer le doute 
v. 230, c) après les déclaratifs, si la phrase exprime le désir 
v. 191, ou si elle dépend d'un subjonctif v. 508. 

Que temporel : a) après tant que l'indicatif suit, si la subor- 
donnée indique simplement « jusqu'à quel moment dure 
l'action de la principale » l ; le subjonctif indique une action 
future par rapport à celle qui est annoncée dans la proposi- 
tion principale, il lui prête le caractère incertain vv. 79, 707, 
752, 997, /?) après ançois que, ain\ que, suit toujours le sub- 
jonctif, il annonce une action qui n'est pas encore un fait 
accompli et qui doit suivre l'action de la phrase principale. 

On ne peut tirer que très peu de conclusions sur le dia- 
lecte de ces faits syntaxiques. Que comparatif avec subj. 
v. 249 ([munis que') est selon M. Ritchie 2 un usage du Xord- 
Est et de l'Est. Les ressources de Païen pour exprimer le 
rapport des phrases, sont pauvres, il nous lasse souvent par 
la répétition de la conjonction que: en fait de conjonctions 
composées, toutes sont fournies par l'usage ancien, Païen 
n'emploie aucune de celles que Chrétien de Troyes, Gau- 
tier d'Arras et a. introduisirent dans la poésie 5 (p. e. après 
que, maintenant que, depuis que, lorsque, tantost que. 



1. Ritchie, op. lauJ., p. 88. 

2. 0. c, p. 79-80. 

3. O. c, p. 77 et p. 180. 



22 LA DAMOISELE A LA MULE 

lues que, que que). Devrait-on inférer de ceci qu'il est anté- 
rieur à eux ? Evidemment non ' ; on en conclut seulement 
que sa langue se refusait aux innovations stylistiques, dans 
ceci aussi il aimait les « viez voies » dont il parle dans le 
prologue. Comme il préfère les constructions simples et 
anciennes, on peut même se demander s'il n'a pas cherché 
une langue archaïque, comme le faisait Fauteur du Pèleri- 
nage tir Cbarlemagne \ 



i. Il emploie du reste aussi louquel qui paraît s'introduire dans la langue seule- 
ment depuis le xm e siècle. Brunot, Hist. de la l.fr., t. I, p. 339. 
2. Goulet, Voyage de Cbarlemagne, chap. m. 



VERSIFICATION 



Les rimes. 

Il v a chez notre auteur 18 % de rimes riches de di fié- 
rentes espèces ', aussi comme rimeur, Païen de Maisières est 
supérieur à Thomas, l'auteur de Tristan (12 %) \ il se place 
à peu près à côté de Wace (16 %) et de Philippe de Thaûn 
(19 °/ ). Il est sensiblement inférieur au grand maître de 
l'école bretonne; selon la statistique de M. Freymond 3 à 
laquelle nous empruntons ces données comparatives, l'au- 
teur d'Yvain a en moyenne 40 % de rimes riches. Parmi 
ses contemporains du xiii c siècle, sa place est aussi modeste. 
Raoul de Houdenc, le chef de l'école au xm e siècle, égale 
Chrétien de Troyes 09%), le parisien Rutebuef s'élève à un 
haut degré d'élégance avec ses 62 % de rimes riches. 

Cependant il faut remarquer que Païen aimait aussi les 



1 . Je compte parmi les rimes riches aussi celles qui, ayant la terminaison : -e 
-er,-ie, -ier,-i,-u, ont besoin d'une consonne d'appui; et ceci parce que le nombre 
considérable d'infractions à ce principe fait supposer que notre auteur n'était pas 
persuadé de sa nécessité. Du reste, la loi en question semble applicable surtout 
à la poésie moderne. Vov. Tobler, Vont altfran^ôsischen Versbau, p. 135-6. 

2. « Cette proportion doit représenter exactement celle que la langue française 
offrirait d'elle-même à tout poète qui n'aurait souci ni de la consonne d'appui, ni 
des jeux de rimes, ni d'aucune recherche de versification ». Bédier, Tristan de 
Thomas, t. II, p. 32. 

3. Cher th'ii reichen Reini bei altfranzôsischen Dicbtern bis ~mn Anfang des 
XIV Jrhs, 



- } LA DAMOISELE A LA Mil 1 

rimes recherchées ; ainsi les rimes doubles ou léonines (il v 
en a ) i dans le poème), équivoques (12), des rimes formées 
par les composes du même verbe qui étaient tout à fait dans 
le goût de l'époque 1 . 11 lui arrive de trouver même une 
fois une rime grammaticale : 8 3 7-8 trenchier : fichier, 
839-40 fichiers : Irrnrhirrs. 

Ses qualités de rimeur sont diminuées par un certain 
nombre de faiblesses. On trouve 5 rimes homonymes 
(vv. 105, 197, 615, 713, 1007). La rime manière : ar meure 
(v. 655) n'appartient peut-être pas à fauteur. Remarquons 
qu'un grand nombre de rimes nous sont présentées par les 
mêmes formes grammaticales. Tout cela prouve que notre 
auteur n'était pas très difficile dans le choix des rimes. 

11 se trouve 35,2 % de rimes féminines dans le roman. 



Le couplrt brise. 

On sait que tous les poètes du xiii c siècle brisent le cou- 
plet épique plus ou moins souvent, entraînés par l'exemple 
de Chrétien de Toyes, ce « romantique anticipé », comme 
l'appelle plaisamment M. P.Meyer 2 . Il va sans dire que nous 
avons pris en considération seulement l'enjambement fort, 
sans cependant entrer dans des distinctions plus subtiles pro- 
posées par M. Borrmann \ Or, chez Païen, sur 568 couplets 
il y en a 197 de brisés, soit 34,5 %• H profite donc largement 
de la licence introduite par Chrétien qui lui-même brisait le 
couplet dans la proportion de 16,7%; Raoul eje Houdenc 
était aussi moins prompt à profiter de ces facilités (22 %). 
Il va sans dire que la proportion chez des auteurs antérieurs 
est beaucoup plus faible, c'étaient plutôt des cas accidentels 






1. Vov. Toblcr, 0. c, p. 149. 

2. Le couplet brisé. Rounuiici, XXIII, p. 1-30. 

3. Das kur~e Reimpaur bei Christian v. Troyes, p. 288-9. 



LA LANGUE DU POEME 25 

(Wace 3 %,Marie de France (jCbievrefoiï) 4 %, Thomas 5 %, 
dans V ; /o//y rf Blancheflor c'est 6 %)• 

Païen de Maisières n'observe pas l'alternance des rimes : 

2 couplets féminins succèdent 22 fois. 

3 couplets féminins succèdent 9 fois. 

4, 5 et 6 couplets féminins succèdent 1 fois. 
Il v a onze cas d'un fort enjambement d'un vers à l'autre 
(vv. 561. 587, 700, 710, 735, 777,842, 899,973, 996,1078). 



Quant à la construction intérieure du vers, remarquons 
d'abord qu'il n'y a pas de syllabe frappée d'un accent fixe. 
L'biatus est très fréquent. Un examen de 160 cas de collision 
entre voyelles dans les premiers 300 vers, a donné la propor- 
tion de 1 hiatus sur 3 cas d'élision 1 . Evidemment nous avons 
exclu de la table des hiatus les cas où ils sont inévitables 
dans le langage courant et prosaïque (p. e. si ot 23, n'i a 119, 
jaen 372), ce qui fait que restent considérées comme hiatus 
surtout les collisions d'une voyelle avec un e muet ; cela 
touche à la valeur de IV dans l'intérieur du vers, qui sera 
examinée à part. Cette proportion d'hiatus dénote un progrès 
évident sur Wace 2 , mais chez Chrétien M. de Boer a compté 
seulement 6 cas d'hiatus dans les 700 vers de la deuxième 
partie de la « Philomena ». 

Uélision frappe les monosyllabes : la négation ne 118, 174, 
196, 205 e. a., la conjonction si 143, 238, 268, e. a., la prépo- 
sition de 336, 383 e. a., le pronom personnels 333, 334, 400, 
439 e. a., le pronom relatif que, la conjonction que 6, 10, 13, 
100, 173 e. a. Dans les polysyllabes IV muet peut disparaître 
dans tous les cas. Partout aussi, s'il va besoin, l'hiatus peut 
persister. 



1. Introd., p. xlv, xlvii. 

2. Th. Pohl. Untersuchung der Reime in Maistre Wace's Roman de Rou et des Ducs 
de Normandie. 



lé LA DAMOISELÊ A LA MULE 

Valeur syllabique de Te muet. — On sait qu'au xn c siècle IV 

muet conserve sa pleine valeur dans l'intérieur dn vers. Chez 
Chrétien de Troyès, selon les recherches de A4, de Boer, IV 
muet forme partout une syllabe, aussi bien à l'intérieur des 
mots que dans les terminaisons '. Il serait inutile d'énumérer 
les cas dans lesquels IV muet compte pour une syllabe chez 
Païen, bornons-nous à dire que c'est le cas aussi dans la ter- 
minaison de la 3 e pers. plur. -ent -oient (vv. 29, 32, 34, 155, 
184, 275, 792 e. a.), a l'infinitif iestreÇy. 229), faire (v. 247), 
dire (v. 393), dans l'article indéfini féminin. A l'intérieur des 
mots citons comme exemple maleûrté (v. 204), rneïsmes 
(v. 224), veoir (v. 212), seûst (v. 145), deilsi (v. 615), seule- 
ment (v. 120). 

Le trait caractéristique du francien ee < ata est mis en relief 
partout, sauf les vers 3 14 et 987. 

Dans deux cas seulement il a fallu corriger le nombre de 
syllabes imparfait. 



1. Philomena, Introduction, p. xliv, 



LE STYLE 



En donnant ce titre aux remarques qui vont suivre, j'ai eu 
quelques scrupules, puisque d'ordinaire on ne parle pas du 
style d'un auteur qui n'en a pas. En effet « La Demoiselle à 
la Mule » est écrite dans le langage rapide, cursif, d'un con- 
teur qui n'attache pas d'importance aux finesses de l'expres- 
sion. Pour raconter son « aventure » Païen emploie les 
procédés communs du roman breton. Il est disciple de 
Chrétien de Troyes, en ce que celui-ci a de plus facile à imi- 
ter : dans les descriptions des combats, dans les dialogues. 
Il nous a paru intéressant d'indiquer dans les pages sui- 
vantes l'étroite parenté du style de Païen avec celui de l'école 
bretonne. Dans une analyse complète du style, surtout étant 
donné qu'il ne s'agit nullement d'un style personnel, il 
faudrait peut-être procéder par la voie frayée, indiquer les 
formes et les tropes stylistiques sans distinguer ce qui pou- 
vait avoir coûté un effort à l'auteur et ce qu'il considérait 
comme une création, de ce qu'il prenait à la langue cou- 
rante. D'ailleurs, le faudrait-il ? On reconnaît le danger 
d'une pareille méthode 1 fondée sur les habitudes de la poé- 
tique scolastique qui est un système mort et applicable aux 
langues modernes seulement quand les auteurs imitent 
consciencieusement les procédés classiques. 



i. Grosse, Der Stil des Crestien V. Troyes. W. Kcller, Mdistre lf'tict\ eine 
shlisticke UnUrsuchttng. . . 



28 LA DAMOISELE A I A MULE 

On verra que le récit est à peine ébauché. Païen ne le 
développe pas à la manière de ses contemporains. Je ne sais 
pas si l'on peut louer l'auteur de la brièveté de son style, 
puisqu'elle provient de l'indigence de la pensée et des 
moyens d'expression. Il se peut qu'il fût de l'avis de Chrétien 
de Troyes s c autant vaut un mos corne vint » ', mais en appli- 
quant ce principe méritoire d'ailleurs, d'une façon abusive, il 
a rendu son récit obscur à plusieurs endroits. C'est le style 
négligé d'un homme qui trouvait la plume lourde. Il n'hésite 
pas à interrompre une phrase pour faire place à une pensée qui 
le presse, les anacoluthes et les incises sont fréquentes et rare- 
ment l'enchaînement des phrases est suffisant. Il commence 
la phrase, jamais embarrassé par le choix de la conjonc- 
tion, le plus souvent par et ou mais. Comme négation il 
emploie la plus banale pas (4 fois) avec un sens plus fort 
que celui d'une négation simple, jamais il ne se sert de point, 
le plus souvent il écrit mie, qui est très fréquent chez Chré- 
tien et Yillehardouin, cette préférence décèle aussi l'origine 
champenoise du trouvère 2 . 

La personne de l'auteur, comme c'est l'habitude de l'époque, 
intervient souvent. Il nous dit qu'il s'efforce d'être parfaite- 
ment explicite et il se corrige quand il trouve son exposé 
obscur 



v. 770. « ... trespassé vos dm avoir 

« ce que ne doi pas trespasser ; 
« ainz fu mont bien a reconter 
« por ce que... » 



C'est un procédé dont use aussi Chrétien : 

Lancelot, v. 3002. « mes une chose vos cont gié 

« por ce que rien ne vos trespas ». 



[. Perceval, v. 3857. 

2. Meder, Pas, mie, point im Altfran-osischen, Diss. Marburg, 1891-2. 



LA LANGUE DU POEME 29 

Il perd souvent le fil de son récit : 

v. 888. « ne sai que j 'niasse acontant ». 

C'est ainsi que se produisent des lacunes de sens parfois 
fâcheuses. Xon seulement il laisse sa pensée inachevée 
comme au vers 300, mais des parties très importantes du 
combat restent inexpliquées, ainsi le jeu parti du coup de la 
hache aux vers 379 et ss '. Par de nombreuses interventions 
personnelles 2 , le conte prend le caractère d'un récit oral. 
Contrairement à l'opinion courante 3 , il me semble que ce 
sont seulement les romans arthuriens de plus grande éten- 
due qui étaient composés pour être lus. Le prologue du 
« Chevalier à l'épée » appuie aussi cette supposition : 

« Cil qui ainmc des duit et joie, 

« Viegne avant, si entende et oie... » 

Le style et le récit hâtif de ce petit roman qui s'adresse 
directement au public qui l'écoute par « ez-vos », semblent 
indiquer que le manuscrit que nous publions était une sorte 
de mémorandum pour un ménestrel qui se faisait applaudir 
par un auditoire plus ou moins grand. 

Païen a parfois l'allure épique dont nous connaissons la 
monotonie : style bref, descriptions de combats singulière- 
ment superficielles (en comparaison de celles de Chrétien 4 ). 
Il n'est question que d'adversaires qui se « fièrent » et « entre- 
fierent » et « teus cous se paient ». Le portier qui assiste aux 
combats suffit à peine à « bailler» et « apareiller » les écus. 
Quelques passages nous rappellent vivement Chrétien, 



1. Voyez le chapitre sur ce « jeu » dans le chapitre III. 

2. Comparez encore les vers 329, 626 et 956. 

3. Histoire Liltc'raire, t. XXX. p. 17. 

4. Schroedter, Der Wortschat\ Krisliam in dessen Kampfschilâerungen, Diss. 
Leipzig, 1907. 



30 



1 A PAMOISELE A LA MULE 



Païen a pousse l'imitation jusqu'à conserver des rimes iden- 
tiques : 



v. 637. 

e mais a in/ que midis soit 

[passez, 
a v ras tu de bataille assez ». 

v. 800. 
« Fui s'entrevienent tôt sanz fautre. 
Par vertu tieus cous s'entredonent, 
a pou qu'il ne se desarçonent ». 

v. 814. 
as espees les escuz dolent 



Y vain, v. 4300. 
A i n z q u e midis soit passez 

a vrai aillors a feire assez. 

Lanceïot, v. 2695. 
Si s'antrevienent de randon 
et des lances t e u s c o s se douent, 
que eles ploient et arçonent. 

La hcc lot, v. 2700. 
as espees les escuz dolent 



Quant aux descriptions de la nature, nous ne savons vrai- 
ment pas si l'on peut en parler à propos de la Mule ; le décor 
fabuleux est indiqué par les procédés sommaires, familiers à 
Chrétien et à d'autres. La description du « fluns au deable », 
vv. 391 ss., est identique à celle de l'eau sur laquelle passe 
le « pont à l'épée » dans Lanceïot 



v. ;o2 



« et voient l'eve felonesse, 

« roide et bruiant, noire et espesse. 

« si laide et si poantable, 

« con se fust li fluns au deable, 

« et tant périlleuse et parfonde ». 



La fontaine 

« ... en mi la pree 

« qui moût estoit et clere et sainne » 

se retrouve dans le Lai de T oiselet ', nous lisons au 



v. 55 



« en mi avoit une fontaine 

« qui bêle estoit et clere et saine », 



1. p. p. Ci. Paris, Paris, 1884. M. Foerster remarque au v. 380 d'Yvain que ce 
passage est emprunté à Chrétien. 



LA LANGUE DU POEME 3I 

Le paysage en somme est très varié, une forêt épaisse rem- 
plie de bêtes sauvages, un fleuve bruissant, une vallée obs- 
cure, etc., comme l'indiquait sans doute le modèle que Païen 
suivait. Le poète ne s'occupe cependant que rarement de 
l'influence du paysage sur les sentiments : il dit quelques 
mots de la peur de Keu dans la forêt et de la répugnance de 
Gauvain devant les serpents. Païen se plaît davantage aux 
descriptions de l'intérieur, des richesses et vêtements ; la 
description de la chambre qu'habite la dame du château est 
un souvenir lointain de ces peintures auxquelles se com- 
plaisaient les auteurs des épopées celtiques. 

Chrétien, « le psychologue du xni c s. », excellait à carac- 
tériser les états d'âme ; on a d'ailleurs exagéré sa pénétration, 
en le comparant à Marivaux 1 . Païen, toutefois, est en ceci 
sensiblement inférieur à son maître. Quand la demoiselle 
apprend que Keus rentre les mains vides de la recherche du 
frein « lors ront leschevouset detire » (v. 298), exactement 
comme la dame de la fontaine qui après la mort de son 
mari se met 

« ses chevos a detirer ; 

« ses chevos tire et ront ses dras ». (Yvain, v. 1 158). 

Sur la vie quotidienne il donne des détails sommaires : il 
observe les seigneurs qui se préparent à prendre le repas, il 
remarque qu'ils se lavent les mains, il relate ce petit fait 
consciencieusement, plusieurs fois 2 . Les manifestations du 
sentiment amoureux ne l'intéressent pas, le dîner en tête à 
tête de Gauvain avec la dame lui offrait pourtant une ample 
matière dont il n'a pas assez su profiter. Il raconte que la 
dame est « moût haitiee », qu'elle parle à Gauvain en 
termes flatteurs « moût lo loe et moût lo prise » (v. 955), 



1. P. 56 de YHistoire delà littérature française, p. G. Lanson. Paris, 1903. 

2. C'était bien utile puisqu'on ne se servait pas de fourchettes à cette époque, 
v. Schultz, Das bôfische Leben. 



]2 LA DAMOISE] 1. A LA MULE 

qu'elle lé fait asseoir à ses cotés sur le même lit et manger, 
peu confortablement d'ailleurs, à la même « escuele ». Les 
caresses qui suivirent sont indiquées seulement par une 
allusion discrète : 

v. 956. « Desmès ne faz autre devise, 

« ne plus ore ne vos en cont ». 

On ne trouve nulle description de la beauté soit fémi- 
nine soit masculine, en ceci Païen ne se conforme pas à 
l'exemple des auteurs de son époque qui maintes fois nar- 
raient les charmes des dames et les attraits des chevaliers '. 

Son style prend une allure populaire par l'emploi fré- 
quent des adjurations : on jure non seulement « par De », 
(« se Dieus m'ait », « Damnedieu me confonde ») et par 
le pape (« par foi que doiz Saint Père 2 »), mais aussi plai- 
samment « par ma barbe » (v. 715). 

Deux passages dans le roman semblent être des traces 
d'un proverbe. « Por tôt avoir de Pavie » au v. 279 est une 
locution proverbiale du genre de celles que M. Tobler appelle 
« verblùmter Ausdruck » ; . Au début du roman, Païen parle 
d'un reproviere de vilain dont il explique assez mal le sens. 
Il est dit que l'âge donne de la valeur aux choses de l'esprit, 
principe conservateur qui fait craindre les « noveles voies ». 
Le précepte de technique poétique qu'il joint à cela, confor- 
mément au « saepe verte stvlum » d'Horace, ne s'ensuit 
pas logiquement, et la conclusion, qu'il faut préférer les 
sujets littéraires vieillis et connus, est aussi mal enchaînée. 
Un de ces lieux communs de morale sur la persévérance dans 
la tâche choisie (vv. 5-7), se retrouve dans un proverbe 



1. J. Loubier, Das IdcaJ der mànnlichen Schonheit bei àenaltfran\. Dichtern, Halle 
a S., 1890. cl. Schultz, 0. c, passim. Renier, // lipo estetico délia donna fiel 
mediœvo. Ancona, 1885. 

2. La même adjuration se trouve dans Lancelot, v. 3468. 

3. Tobler, Vermischte Beitrâge, II e série, p. 192 et suiv, 



LA LANGUE DU POEME 33 

recueilli parle ms. d'Oxford 1 . Dans « Li respit del curteis et 
Jcl vilain », publié par M. E, Stengel, nous trouvons les vers 
suivants : 

« Cil qui commence bien, 

« ne deit pur mile rien 

a a malveis point descendre ; 

« ki bien finist soun tait, 

« a los e a pris trait 

« ki reisoun set entendre, 
« Li beaus jours se proeve au seir. ce dit li curtois ». 

Je n'attache pas d'importance à ce rapprochement, non 
seulement à cause du dernier vers, mais aussi parce que des 
proverbes pareils répétés de bouche en bouche devaient 
être très fréquents, quoique le hasard les ait empêchés de 
figurer dans aucun recueil de proverbes connu. 

Une exhortation au travail littéraire assidu sert de préface 
à Erec et elle rappelle beaucoup par son tour celle de Païen. 

v . i . Li vilains dit an son respit 

que tel chose a l'an an despit, 

qui moût vaut miauz que l'an ne cuide. 

Por ce fet bien qui son estuide 

atome a bien quel que il Pet. 

Car qui son estuide entrelet. 

tost i puet tel chose teisir 

qui moût vaudrait puis a pleisir. 

Por ce dit Crestiiens de Troie s 

que reisons est que totes voies 

doit chascuns panser et antandre 

a bien dire et a bien anprandre 2 . 

Ce que nous avons dit prouve suffisamment déjà que 
Païen puisait à pleines mains pour le style dans les œuvres 



i. Zeitschrijtfïir fraii~6sische Sprache u. Lileratitr, t. XIV, p. 154, n° 1. 
2. Comparez le commencement de Gainai 11 et Himibaut : 

« De bien dire nus ne se paine 

car en bien dire gist gr.ins paine... » 

Ms. de Chantilly, fol. 22 r", b. 

3 



34 



LA DAMOISELE A LÀ MULE 



classiques de son temps. Voici encore quelques passages qui 
montrent combien il s'était pénétré de la lecture de Chrétien. 
Quand la demoiselle arrive à la cour d'Artus, le poète 
nous dit que Gauvain vient la saluer 



<( et des autres moût en corent 
« et moût la servent et anorent », 



vv. 67, 68, 



également dans Erec 



« ... trestuit li autre i acorent. 
« si les saluent et anorent ». 



Gauvain, après la nuit de repos passée au château, « se 
lieve et atorna », comparez le v. 5675 dans Erec « si se lieve 
tost et atome » '. Et les deux passages qui suivent se 
ressemblent d'une façon bien étrange : 



v. 765 

« mes conbatre o moit'estuet. » 
Dès qu'autrement estre ne puet, 
ja ce dit ne contredira. 



Erec, v. 5476. 

« Bien voi qu'aler nos i estuet, 

« dès qu'autremant estre ne puet » 



Dans la description du site du château, les deux auteurs 
donnent la même comparaison, surprenante dans sa fausseté, 
qui atteste le caractère artificiel de cette poésie. Le fleuve 
qu'il faut traverser pour pénétrer dans le château avait une: 



« ...cve noire 

« qui estoit plus bruianz que Loire. » v. 392. 



Perceval se trouve dans la même situation que Gauvain, 
quand il veut entrer dans un château au bord de la mer : 



: . Aussi J:rec, 70. 



LA LANGUE DU POEME 35 

v. 2504. « Vers la grant rivière qui bruit 

« s'en va toute une praerie ; 

« mais en l'ewe n'entra il mie, 

« qu'il le vit moût parfonde et noire 

« et asses plus courans que Loire». 

A ces passages on pourrait aisément en ajouter d'autres, 
mais ce relevé, fût-il même complet, ne pourrait aucune- 
ment convaincre Païen de plagiat. Des rapprochements 
pareils s'offrent souvent à qui lit les romans arthuriens, 
les chansons de geste ou les romans d'antiquité; il n'y a rien 
de plus hasardeux que d'en conclure à un emprunt direct. 
Ce sont là des procédés de style communs à tous, à une 
époque où la langue n'était pas assez riche et souple pour 
permettre aux auteurs de se former un style personnel. De 
l'identité de la source d'inspiration découlait par suite une 
étroite parenté dans la composition et dans le style. Qu'il 
s'agisse d'un texte français, allemand, anglais ou néerlan- 
dais, toujours on rencontre les mêmes conventions pour 
exprimer certains détails du récit ou du décor, pour caracté- 
riser les personnes et indiquer les péripéties de l'action : 
« Quel que soit le moule extérieur du roman, le métal dont il 
est fait, est toujours à peu près le même » I . C'est en cela que 
consiste le caractère épique de cette littérature. Il serait inté- 
ressant d'examiner les éléments que nous pourrions grouper 
sous la désignation de style arthurien dans le roman, style 
qui se distingue parfaitement du style exotique des romans 
courtois ou des romans byzantins et de celui des romans 
bourgeois ou des chansons de geste. Dans la stylistique du 
moyen-âge on a rarement procédé à une étude comparative 2 ; 



1. G. Paris, Les romans envers du cycle de la Table Ronde, p. 15. 

2. C'est M. Renner qui l'a fait d'une façon sommaire dans les Studien jur alt- 
fran^osischen Slilistik. Versuch einer historischen Stiïbetrachtung, Diss. Gottingen, 

1904. Bien que M. R. considère son exposé comme historique, les étapes d'évo- 
lution du style ne sont pas indiquées, aucun système de classification historique 
n est proposé dans ce livre qui constitue cependant une tentative digne de 
louange. 



36 



LA DAMOISELE A LA Mil ! 



quand on l'a fait on s'en est tenu toujours aux catégories 

classiques, on a dressé des statistiques de comparaisons, 
métonymies, synecdoches, litotes, etc. Les résultats auxquels 
on a abouti après des dépouillements consciencieux, sont 
assez insignifiants et ne font pas avancer ces études. Le pro- 
grès de la stylistique n'est pas dans cette voie-là. Nous avons 
tenu à écarter Soigneusement de nos remarques toute obser- 
vation sur les formes et les tropes; il nous semble beaucoup 
plus intéressant de préciser pour chaque genre littéraire les 
éléments du récit; description, caractéristique des person- 
nages, réflexions morales, allocutions, adjurations, bref tout 
ce qui a chance d'être original et particulier. Cette analyse, 
cette sorte d' « auscultation interne » aiderait certainement 
à définir le style de tel auteur moyenâgeux et de telle 
époque médiévale. 



CHAPITRE II 



Etude comparative des thèmes du conte 



LE CADRE DU RÉCIT 



LE THÈME DE LA SŒUR DÉSHÉRITÉE 

Quel est le canevas primitif ? Des rapports entre les récits de 
Henpi de Tùrlin, de Chrétien de Troyes et de Païen 
de Maisières. 

« La dameisele 
« qui sa seror a fors botee 
(( de sa terre et deseritee 
« par force et maie merci...» 

Yvain, v. 6384-7. 

Le peu d'étendue du roman que nous publions et surtout 
le développement que nous donnons à l'étude littéraire qui 
va suivre, semble nous dispenser de donner une analyse 
détaillée du poème 1 . Pour être claire, elle devrait être plus 
développée que le récit lui-même. Un grand nombre de 
thèmes merveilleux et d'épisodes racontés brièvement s'y 
enchevêtrent ; il faut éclaircir plus d'un passage trop som- 
maire et obscur. C'est ce que nous tâcherons de faire dans 
les pages suivantes, selon la disposition qui nous a semblé 
le mieux correspondre à la nature de la matière. 



1 . On trouvera du reste dans des ouvrages généraux des résumés à peu près 
satisfaisants. A. Duval dans l'Histoire littéraire de la France (t. XIX, p. 722-727) 
parle des éclats de rire qui accompagnent l'arrivée de la pucelle à la cour 
d'Artus. Il n'en n'est rien dans le texte. M. Grôber dans le Grnndriss (t. II, 1, 
p. 518) parle des chevaliers ressuscites au moment où Gauvain entre en posses- 
sion du frein. C'est peut-être un souvenir de la « Joie de la cour » dans Erec. 
Aux vers 1001, 102 1 et ss., Païen raconte seulement la joie de la population du 
bourg délivrée de l'oppression des bêtes sauvages qui lui défendaient de sortir de 
sa demeure. M. Voretzsch (Einfuhrung in dos Studium der altfran^ôsischen Lite- 
ratur. Halle a S., 1905, p. 383) donne un résumé court, mais précis,. 



.{O LA DAMOISELE A LA MULE 

Il s'agit d'abord de démêler le sujet principal sur lequel 
l'auteur a appliqué les inventions fabuleuses prises dans le 
vaste magasin des romans arthuriens. 

Voici, en ses grandes lignes, « l'aventure » que nous 
raconte Païen de Maisières. Une et damoisele » fait route 
sur une mule qui n'a plus de frein. Elle arrive à la cour 
du roi Artus et demande un chevalier qui consente à aller 
chercher le frein perdu. Son amour doit être la récom- 
pense du preux. L'animal lui-même doit servir de guide à 
qui osera entreprendre la recherche. Le sénéchal Keu s'offre, 
mais avant de se mettre en route, il demande un bai- 
ser qui lui est refusé. Il part pour la « quête » et recule 
devant un obstacle. Gauvain se présente après lui. La demoi- 
selle, comme si elle prévoyait qu'il réussira, lui accorde 
volontiers le baiser. En effet, il réussit à pénétrer dans le 
château, où on détient le frein en question. Après une nuit 
de repos \ il lui faut affronter une série de combats et d'en- 
chantements dont il sort vainqueur. Il est reçu par la maî- 
tresse du château fié, résiste à son charme et repousse la 
proposition d'un mariage qui le rendrait seigneur de cette 
terre merveilleuse. Il rentre à Cardueil portant l'objet tant 
désiré par la demoiselle. On ne sait pas si Gauvain a reçu un 
autre remerciement que les « cent baisers » (v. 1081), cette 
« autre chose » dont la demoiselle parle au v. 107... Il paraît 
qu'on n'aboutit pas à un mariage. La demoiselle part seule 
de la cour. Rentre-t-elle dans le château de sa sœur qui est 
désormais aussi le sien ? 

Il faut remarquer que le thème lui-même est assez obscur et 
surtout que le développement donné par l'auteur est bien in- 
complet. Q.ue veulent dire les larmes que la pucelle verse abon- 
damment à la cour du roi breton ? Pourquoi cette impor- 
tance attachée à un simple frein qu'on pouvait facilement 
remplacer par un autre ? Était-ce simplement une façon 
d'entamer le récit, inventée pour attirer l'attention des lec- 



1. Trait conventionnel dans ces récits. 



ÉTUDE COMPARATIVE DES THEMES DU CONTE 41 

teurs du xm e siècle, pour charmer leur imagination avide de 
merveilles, ou bien le sujet essentiel intéressait-il l'auteur? 
Nous en reparlerons. 

Telle qu'elle est, l'histoire peut bien paraître inexplicable, 
non seulement à Keu qui ne veut pas risquer sa vie « por 
tel noient, por tel oiseuse » (v. 253). On ne nous apprend 
que vers la fin une chose pourtant très importante : c'est que 
la dame du château est la sœur de l'étrangère, due faut-il donc 
supposer ? La qutte du frein est-elle un moyen d'éprouver le 
courage d'un adorateur ? Ceci serait possible sans le départ 
immédiat de la demoiselle dès qu'elle est entrée en posses- 
sion de son frein. Ou bien y a-t-il eu discorde entre les deux 
sœurs ? Quel en est l'objet ? C'est ce que nous apprendra 
l'examen de deux autres versions du sujet qui se trouvent 
dans la littérature du temps. Dût cette étude ne pas aboutir 
à des résultats significatifs pour l'histoire littéraire, elle nous 
dévoilera du moins la forme primitive du récit dont le cane- 
vas se dégagera des traits secondaires que l'un ou l'autre des 
auteurs y ajouta. 

L'opinion courante, émise pour la première fois on ne 
sait plus par qui, répétée par Gervinus \ Holland 2 , et qui, 
des ouvrages généraux et des manuels, a passé dans des 
dissertations, prétend que « La Demoiselle à la Mule » se 
retrouve dans le vaste poème d'un poète autrichien, la 
« Krône » de Heinrich von dem Tùrlin 5 . 

En effet, parmi d'autres exploits de Gauvain dont la Krône 
est l'épopée la plus étendue et la plus glorieuse, on trouve 
une histoire qui a beaucoup de points de contact avec la 
nôtre. Comme nous le verrons dans l'analyse de l'épisode du 
château (vers 7647-9128 et 1260-13924), l'élément merveil- 
leux y joue un rôle important. Cependant l'histoire des 



1. Gcschichte der poetischen XationaUiteratur der Deutschen, t. I, p. 491. 

2. Cvestien v. Troyes. Tùbingen, 1854. 

3. Ed. Scholl. Bibliothck des Liftera rischen Vereins in Stuttgart, t. XXVII. 
1852. 



.|2 LA DAMOISELE A LA MULE 

deux sœurs a un caractère beaucoup moins mystérieux que 
sous la plume de Païen de Maisières. 

Le poète allemand aime à expliquer, il s'efforce de donner 
plus de couleur réelle au récit en peignant des détails avec 
précision et il enrichit le sujet primitif d'inventions spiri- 
tuelles. Il donne volontiers des descriptions de la beauté 
féminine, des vêtements, des traits de mœurs de la vie quo- 
tidienne, et se plaît à peindre les richesses. 

Le récit tel que nous l'avons dans la Krône mérite beaucoup 
plus le nom de roman que celui de Païen. On y trouve des 
réflexions sur l'état d'âme des acteurs, des maximes sur la 
force de l'amour (Vrou Minné), des scènes d'amour rendues 
d'une façon piquante. Il donne parfois trop de développe- 
ment et pêche par un excès de préciosité. En somme c'est 
un disciple de Chrétien de Troyes qui s'applique à dévelop- 
per les qualités du maître et qui ne sait pas se garder de 
ses défauts. 

Avant d'aborder l'analyse de l'épisode en question dans la 
Krône, il nous faut dire quelques mots du caractère du poème 
lui-même, lequel est assez mal connu. La longueur un peu 
fatigante de son récit est la cause principale du dédain qu'ont 
pour lui depuis trop longtemps les critiques. L'importance 
du poème de Heinrich pour l'explication du GraaJ n'est pas 
assez appréciée. C'est évidemment une version postérieure 
que Heinrich nous présente, mais elle a le mérite d'offrir une 
conception cohérente. Du reste, chronologiquement, elle 
n'est pas très éloignée des poèmes sur Perceval, par consé- 
quent sa valeur explicative pour l'ensemble du, cycle n'est pas 
à négliger. 

Le lien qui unit l'épisode des deux sœurs à la con- 
ception harmonieuse du poète allemand est très étroit. Ce 
serait mal comprendre le poème que d'en détacher cette 
partie sans expliquer la place qu'elle occupe dans l'édifice 
mystique de Heinrich. 

Pour quelqu'un qui a lu la « Krône » et considéré les 
divers épisodes dans leur rapport, le jugement de Gervinus 



ÉTUDE COMPARATIVE DES THEMES DU CONTE 43 

conserve peu de valeur. Il l'exprime ainsi : « Un amas indo- 
lemment composé de situations et aventures qui arrivent 
aux fous, des détails absurdes et grossiers, le tout sans plan 
et but ' ». C'est dur et on sent combien le critique était 
étranger à l'esprit de l'époque qu'il étudiait. 

La valeur artistique du poème reste l'affaire du goût per- 
sonnel du critique. Il faut cependant rendre justice au mérite 
de Heinrich qui s'efforce d'enjoliver, de décrire avec une cou- 
leur parfois vive et de faire comprendre les légendes qu'il 
combine de différentes sources. Il n'y a pas lieu d'entrer ici 
dans un examen détaillé de la genèse de son œuvre que je 
réserve pour une autre occasion. Mais je puis soutenir que 
c'était un trouvère très bien informé et très intelligent, tou- 
jours soucieux de trouver une forme précise et claire. Son 
œuvre est par conséquent devenue très personnelle et les 
mythes de source celtique se sont mêlées aux croyances 
de la mythologie germanique et aux réminiscences clas.- 
siques 2 . Elle a perdu un peu de son sens primitif, mais 
elle a gagné en unité : beaucoup mieux qu'une autre 
œuvre qui se serait piquée de fidélité à la tradition, elle 
nous montre comment concevait les légendes un homme 
du xm e siècle. 

La physionomie poétique de Heinrich est surtout celle 
d'un moraliste. Dans un long prologue de 160 vers il formule 
beaucoup de conseils de morale pratique. Il considère son 
métier comme une vocation. Il se propose d'abord d'écrire 
une histoire d'Artus, dès sa jeunesse. Dans sa conception 
Artusest un modèle de souverain, modèle de vertus pour les 
contemporains, de largesse et de courtoisie surtout. C'est ce 



1. « Das ganze ist ein kaum durchdringlicher Schwall von Abentheuern, ein 

elend zusammengestoppelter Haufen von ordinàren Situationen und Begeben- 
heiten der Irrenden, von Absurditàten und Gemeinheiten... Aile Plan- und 
Zwecklosigkeit dièses Zweiges der Romanliteratur, aile seine Absurditàten und 
Gemeinheiten, aile seine Uebertreibungen und Extravaganzen kehren hier 
wieder... » Gervinus, Gesch. der poet. Natianalliteratur, I, p. 493. 

2. Le iil du Labyrinthe p. e. 



} | LA DAMOISELE A LA MULE 

que louent aussi en la personne du roi breton les trouvères 
français, sachant bien qu'il y a plus de profit à tirer des 
princes qui aiment les distractions courtoises et qui ne sont 
pas avares. 

Plus tard Henri change complètement son plan; Artus ne 
lui fournissait plus de matière épique. 11 a trouvé un 
autre héros plus actif que ce bon roi qui s'occupe surtout de 
fêtes et de festins qu'il donne à Noël et à la Pentecôte. Cet 
autre héros, c'est Gauvain. Autour de sa personne il groupe 
les thèmes qu'il a trouvés dans sa longue carrière de littéra- 
teur ' un peu partout. Aux informations de source bretonne 
il ajoute une bonne connaissance de la mythologie clas- 
sique et des croyances populaires de son pays. Les trois 
Parques tissent pour Arthur une longue vie, Clotho lui 
accorde les dons de l'esprit : 

daz er wertlîchen Pris 

vor aller Werlde truege (v. 288). 

Un fil d'or comme celui d'Ariane conduira Gauvain dans 
le château du Graal. La déesse germanique du bonheur 
l : rtiu SaeJik est ici pour Gauvain une protectrice pendant 
toute la durée de sa carrière héroïque. La déesse du mai, 
Enfeidas, les Kobolde, ÎVasserliute, e. a., donnent au poème 
une couleur ethnique. 

Gauvain est seul sans faute : l'épreuve de vertu, celle du 
gant 2 lui réussit, on parle plusieurs fois de sa perfection 
morale. C'est pour cela qu'il est choisi pour accomplir 
l'aventure du Graal. Son rôle est celui d'un sauveur. Cette 
longue quête du Graal a chez Henri le caractère d'un 
voyage bienfaisant du héros. En effet il ne s'agit pas ici 



1. Elle était longue, il achevait son livre dans un âge probablement déjà 
avancé, il dit dans l'épilogue que sa femme a déjà 80 ans (V. 30033 ss.). 

2. V. 22989-24692. Comme d'autres objets de ce genre il fait ressortir les 
défauts des chevaliers et des dames. Celui qui est sans faute devient invisible à la 
partie droite de son corps, le pécheur restera visible et la partie du corps par 
laquelle il a péché sera nue. 



ETUDE COMPARATIVE DES THEMES DU CONTE 45 

d'initier le héros aux mystères, la réponse qu'on lui donne 
est bien insuffisante et obscure sur ce point. L'auteur lui- 
même est probablement embarrassé quand il arrive dans 
son roman au point où il devrait donner au lecteur une 
solution du problème. La signification primordiale est atta- 
chée au mérite de Gauvain, à son action bienfaisante pour 
les habitants de cette terre. C'est ce qui explique la réponse 
du roi (qui n'est pas pêcheur dans cette légende et n'a aucune 
histoire personnelle). On lui dit qu'il a sauvé de nom- 
breux morts et des vivants. Ceux qu'il voit devant lui, la 
« gent » du Graal et le roi aussi, sont tous des morts. 

Ich bin tôt, swie ich niht tôt schin 
unde das Gesinde mîn, 
daz ist ouch tôt mit mir. 

Mais quel est le rôle du Graal ? On en dit peu de chose, 
l'explication suffit cependant pour comprendre la compo- 
sition de ce poème symbolique, telle que nous l'avons. Il sert 
au roi de réconfort une fois par an, tout à fait comme chez 
Wolfram von Eschenbach. L'influence des pratiques de 
l'Eglise catholique est très visible : on offre pendant le repas 
mystérieux du pain consacré et c'est probablement ce pain 
divin qui est pour Henri le « Graal », cette chose mystique, 
et non pas le récipient qui le contient, comme on le voit dans 
d'autres versions de la légende. Pour expliquer la procession 
mystique on dit que le Graal est gardé chez des femmes 
vierges; l'invention fort belle est de Chrétien. 

L'arrivée de Gauvain est un moment critique aussi pour 
le Graal : désormais il ne doit plus être visible. En effet il 
disparaît à ce moment même. Pourquoi ? Il se peut que la 
population après cette rédemption de Gauvain n'ait plus 
besoin du pain angélique. Mais alors que devient la popu- 
lation ? Ce sont là des obscurités qu'il n'y a pas lieu 
d'examiner ici. Ce que nous venons de dire doit servir à 
expliquer le caractère de la « quête » qu'entreprend Gauvain 
dans notre roman. 



}0 LA DAMOISELE A LA MULE 

De cette quête du Graal dépend, comme dit le poète, toute 
aventure qui est arrivée à cette époque de la vie de Gauvain. 

Par conséquent celle des sœurs von der Serren chez Henri 
est aussi un symbole précurseur du Graal. Les recherches des 
objets fées qui confèrent un pouvoir, doivent le préparer à la 
grande tache mystérieuse. Nous retiendrons donc qu'à 
T « aventure » qui nous occupe dans ce livre le caractère d'une 
mission morale est attribué par un des auteurs. 

Voici l'analyse de la version de la Demoiselle à la Mule 
telle que nous la présente le poète allemand \ 

Le seigneur von der Serren meurt sans laisser de 
fils. Il confie ses terres à ses deux filles en leur recomman- 
dant de garder soigneusement un objet auquel il attache une 
grande importance: c'est un frein qui doit leur assurer 
la possession tranquille des biens paternels. Amourfina, la 
sœur aînée, s'empare du frein et du patrimoine. Sgoidamour, 
la cadette, part pour la Bretagne, afin de porter sa plainte à 
Artus ; Amourfina cependant imagine de s'attacher Gauvain, 
sachant que son courage pourrait la protéger contre tout le 
monde. Une messagère de la reine réussit à l'emmener, elle 
le conduit par une montagne sauvage, puis par une large 
rivière. Dans le château un nain le reçoit, on le conduit 
après une longue attente dans une pièce magnifiquement 



i. L'aventure de Sgoidamour est intercalée dans le récit d'une discorde dans la 
famille d'Artus, dont la donnée rappelle le Voyage Chavlemagne. C'est la 
recherche du rival d'Artus Gasozein. prétendu premier amant de Guenièvrc. Un 
jour, Guenièvre dit à son mari qu'elle connaît un chevalier plus preux que lui, 
qui pendant l'hiver chevauche à travers la forêt en chemise seulement. Arthur 
part avec trois compagnons pour le saisir ; ils ne réussissent pas dans le 
combat. Gasozeio doit venir dans un an à la cour bretonne pour disputer à 
Arthur sa femme dans un combat avec ses chevaliers (3273-5093). 

Dans la deuxième paitie du récit Gasozein arrive à Karidol. Le combat entre le 
roi et Gasozein reste indécis. Guenièvre doit choisir à qui elle veut appartenir. 
(Cf. le libre choix laissé à la femme dans la Vengeance Raguidel et dans le Cheva- 
lier a l'espee). Elle choisit Arthur. Le frère de la reine Gotegrin veut la 
punir pour ce manque de fidélité en la tuant, mais Gasozein la sauve et l'em- 
mène (101 1 3- 1 1607). Quand Gasozein veut faire sa volonté de Guenièvre, Gau- 
vain apparaît. Vaincu, Gasozein demande pardon à Arthur, qui triomphe par la 
force de son neveu. Le même Gasozein épouse Sgoidamour, comme on verra 
plus loin. 



ÉTUDE COMPARATIVE DES THEMES DU CONTE 47 

éclairée, où repose sur un lit la plus séduisante des femmes. 
Elle est richement vêtue et parée de bijoux d'or et de 
pierres précieuses dont chacune lui donne sa force merveil- 
leuse. Gauvain reçu de la façon la plus aimable par la dame, 
ne peut pas résister à ses charmes. On s'embrasse, on se 
caresse... Mais quand notre héros galant veut satisfaire ses 
désirs, «derMinne Reht leisten », uneépée qui est suspendue 
au-dessus du lit l'en empêche '. S'il veut être délivré de cet 



1. L'épée gardienne de chasteté est un sujet bien connu dans la littérature 
médiévale et très répandu dans le folklore. Elle est rattachée au vœu du mariage 
blanc ou bien à une abstention temporaire à laquelle les époux s'obligent. Les 
fiancés plantent une épée entre eux si les circonstances les font coucher l'un à 
côté de l'autre, pour se rappeler au moment nécessaire l'interdiction qu'ils se sont 
imposée. C'est le sujet qui se rencontre dans « Ami et Atnile » vers 1160, dans 
Tristan et Iseut de Thomas (éd. Bédier, I, 243, II, 256-7) et ce côté du sujet seule- 
ment a été étudié par M. Heller dans son article « L'épée symbole et gardienne 
de chasteté », Remania, XXXVI ( 1907), p. 36 à 49 et t. XXXVII, p. 162-3. Mais 
dans ce récit nous avons une autre forme du sujet, puisque l'épée rend un autre 
service. Elle est suspendue sur le lit de la dame comme une sorte d'épée de 
Damoclès qui est terrible à qui veut s'approcher de la femme. Dans une forme 
plus simple nous trouvons ce sujet dans le Chevalier a Vespee. C'est « l'hôte incom- 
mode » qui a imaginé cette ruse parmi d'autres pour perdre les chevaliers qui lui 
rendent visite. Il les invite à partager le lit de sa fille. La tentation est trop forte et 
de plus il n'v a pas de la part du père de défense formelle. Le chevalier veut donc 
satisfaire ses désirs. Alors l'épée que le père a suspendue sort du fourreau et 
blesse mortellement l'imprudent. Gauvain dans le « Chevalier a Vespee » est 
épargné par l'épée. Ce récit se comprend mieux quand on se souvient que dans le 
moven âge français le lit n'est pas un objet aussi individuel qu'il l'est pour nous. 
Coucher à deux dans un lit était une habitude normale. Tristan partage sa couche 
avec son dénonciateur Mariadoc. 

On voit donc qu'une force magique est attribuée à l'arme qui agit d'elle-même 
(par ordre d'un personnage magique aussi ; dans des circonstances prévues. 

C'est à peu près le cas dans la « Krône ». Mais le rôle de l'épée est encore 
plus difficile. Elle doit forcer le héros à prêter le serment conjugal et elle doit 
s'arrêter au moment où celui-ci sera prêté. C'est un outil conscient et extrême- 
ment docile. Voici son action décrite par Heinrich v. d. Tûrlin : 
8574. Daz Swert sînen Willen brach : 

als er die Vrouwen ane greif, 

ze Tal ez ûz der Scheiden sleif 

und gurte in mitten als ein Reif : 

sînen Lip ez sô sère twanc, 

daz er des Lebens wàrt so kranc... 
Alors Gauvain fait la promesse d'épouser Amourfina : 
8617. Swie balde Gâwein bevant, 

daz sîn Kumber dô verswant 

und im den Lip daz Swert verliez, 

Vrou Minne in vrô Wesen hiez. 



48 LA DAMOISELE A I.A Ml 1 I 

enchantement, il tant qu'il épouse Amonrfma. Il prête le 
serment et devient son mari. Pour s'attacher Gauvain à 
jamais, comme si le serment ne suffisait pas, la dame lui 
offre un philtre qui le rend oublieux du passé et fait qu'il se 
croit marié depuis trente ans 1 . Mais pendant la fête de 
noces on fait circuler un plat sur lequel est figurée la vic- 
toire que Gauvain a remportée sur le père de son épouse 
actuelle. Le souvenir du passé revient au neveu d'Artus, il 
se rappelle une promesse de combat et il quitte Amourfina 
en l'assurant qu'il reviendra le plus vite possible. 

Après un intermède de combats, l'auteur revient à Sgoi- 
damour. Elle apparaît à la cour bretonne à la Pentecôte et 
promet son amour à qui lui rendra le trône et le frein dont 
Amourfina s est saisie. Keu (Kei) accepte et se met en route 
sur la mule blanche de la demoiselle. Mais bientôt il revient, 
ne pouvant pas franchir un pont d'acier large comme la 
main. Gauvain tente l'aventure après lui, il passe le pont, 
s'arrête devant le château qui tourne sans cesse, il y entre 
malgré tout. Mais des obstacles s'accumulent. Un géant lui 
propose « le coup de la hache 2 », puis lui prépare une série 
de combats, dans lesquels notre chevalier réussit à mer- 
veille. Reconnu comme seigneur (pourquoi seulement 
maintenant ?) il donne l'ordre à Amourfina et à sa cour de 
se rendre à Karidol. A son arrivée, Sgoidamour à laquelle il 
a rendu le frein précieux, est prête à remplir sa promesse. 
Comme Gauvain est déjà marié à sa sœur, Sgoidamour 
consent facilement à épouser un autre chevalier. On célèbre 
les noces avec éclat. 

Les malheurs d'une sœur dépossédée du patrimoine par 
sa s(iur avaient déjà été racontés une fois dans un millier 



1. Ln accident analogue est arrivé à Lancelot qui sous l'influence d'un anneau 
magique perd la mémoire et devient marmiton, l'erceval, v. 21376 ss. 

2. Nous reviendrons sur les détails indiqués ici d'une façon sommaire. 



ÉTUDE COMPARATIVE DES THEMES DU CONTE 49 

de vers du Chevalier au lion (vers 4703-5106 et 5810- 

6459 env.). 

Après la mort du seigneur de la Noire Epine, l'aînée des 
deux filles a pris possession de toute la terre en refusant de 
la partager avec la cadette. Celle-ci s'en va à la cour du roi 
Artus pour chercher un protecteur parmi les chevaliers 
toujours prêts aux services galants. L'aînée cependant a 
réussi à la devancer et à s'assurer la protection de Gauvain 
qui lui demande seulement de garder le secret là dessus (le 
poète en a besoin pour son intrigue). C'est à Gauvain, bien 
connu par sa courtoisie envers les dames, à ce « chevalier 
aux demoiselles », comme l'appelle Raoul de Houdenc que 
s'adresse la pucelle qui vient un peu plus tard à la cour. Il 
est forcé de refuser étant déjà lié par une autre promesse. 
Artus dont la mission est d'établir la justice et de protéger les 
faibles, juge les soeurs selon un code particulier et c'est l'ac- 
cusée plutôt qui est favorisée par ce jugement. Comme la 
sœur aînée, confiante dans l'appui de Gauvain, refuse de céder 
à la cadette sa part des biens paternels, Artus se contente 
de reconnaître à celle-ci le droit de chercher un champion. 
Un combat va trancher la question. La sœur cadette se met 
à la recherche d'Ivain, le noble chevalier 

qui met sa painne à conseillier 
celés qui d'aïe ont mestier. 

Fatiguée par une « quête» sans résultat, elle tombe malade 
et est obligée de se soigner chez sa cousine. Une autre 
pucelle entreprend le voyage pour elle, sur un cheval elle 
erre <r grarit anbleûre » par nuit et par pluie en cherchant le 
chevalier au lion. Elle rejoint enfin Ivain qui consent volon- 
tiers à la suivre chez la demoiselle déshéritée. 

Ils arrivent à la cour d Artus où se trouvait l'autre sœur 
qui s'apprêtait à partir pour ses terres. Dans l'intervalle, 
Gauvain s'est éloigné de la cour pour un jour. Quand il 
revient il a changé d'armes et il est méconnaissable. Avant 

4 



50 LA DAMOISELE A LA MULE 

le combat la cadette propose encore une fois une réconci 
liation, mais en vain : 



eincois asanbleront les rives 
de Sainne... 



lui répond l'implacable sœur. Le combat commence donc 
entre les deux preux, mais il reste indécis. Les champions 
finissent par se reconnaître et chacun d'eux se dit vaincu 
par l'autre. Enfin le bon roi Artus arrange les. choses, en 
forçant la mauvaise sœur à céder à sa puînée la moitié de 
l'héritage '. 



On saisit déjà plusieurs différences entre les trois 2 récits 
que nous venons de reproduire; mais un examen plus 
méthodique s'impose pour notre recherche. Nous allons 
considérer les concordances et les divergences dans la dispo- 
sition du récit, mettant de côté pour le moment les nom- 
breux détails significatifs. 



1. M. Brovvn a remarqué quelques autres parallèles entre la Mule et Yvain, 
mais le point d'envisagement de M. B. étant différent du mien, je ne peux pas 
étudier ici ces analogies. Voyez The Knight oj Lien, p. 693 et dans ce travail, 
plus loin le chapitre Château féè. 

2. Un épisode de la Sœur déshéritée se retrouve dans le Tristan en prose (voyez 
p. e. le ms. de la Bibliothèque Nationale f. fr. 772, fol. 236 v° ss. (I rtJ partie) et 
fol. 251 ss. (II e partie). M. Lôseth (Le Roman en prose de Tristan etc.) a remar- 
qué qu'il est emprunté à Chrétien. Il y a pourtant une différence de personnes, 
aussi le motif de la fausse accusation est mêlé au récit. La sœur cadette qui 
cherche justice est accusée par Paillée, qui la menace de mort, d'avoir empoi- 
sonné son père. Tristan se fait champion de l'outragée ; le combat entre lui et 
Palamède, défenseur de l'ainée, reste indécis et le roi Galeholt (ou Galehoudin) 
se charge d'arranger l'affaire. Le combat a lieu dans un château : « et estoit cil 
chastiaus très bien assis et près de bois et de rivières et estoit ou plus biau leu et 
ou plus jolif que nus homs veïst onques a jor de sa vie, et estoit cil chastiaus 
apelez chastiaus de joie et de soulaz... » (fol. 251 v° a). 



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52 



LA DAMOISELE A LA MULE 



Ce tableau met en évidence les points de contact qui 
existent entre nos trois versions. Voici ce qu'il nous 
apprend : 

i° Le sujet-canevas est le même pour C, H, P, aussi le 
personnage du héros principal est identique ; 

2° C présente une invention piquante d'un combat entre 
amis qui ne se reconnaissent que lorsqu'ils sont à bout de 
forces ; 

3° H et C ont le récit complet par opposition à P qui le 
présente dans une forme qui est mutilée, puisqu'elle est 
obscure. 

4° Les ressemblances entre C et P ne sont pas très pro- 
noncées, notons cependant que P introduit comme C des 
personnages qui sont indifférents entre eux, par opposition 
à H qui présente, sans le développer du reste et sans en tirer 
tout ce qu'il pouvait, le conflit entre les devoirs du mari et 
du champion d'une autre dame, qui est l'ennemie de sa 
femme ; 

5° Ce qui unit surtout H et P c'est la satire de Keu et les 
sujets accessoires, non sans importance et qu'il faut 
examiner de plus près. 

Il nous semble indispensable de passer encore une fois 
en revue les concordances de //et P en regard des diver- 
gences des textes. 



DIVERGENCES 



H. 

Gauvain est devenu dans 
la première partie du récit le 
mari d'Amourfina, avant 
d'être champion de Sgoida- 
mour. 



P. 



Gauvain n'a aucune pa- 
renté avec la sœur aînée, elle 
tache en vain de le séduire. 



ETUDE COMPARATIVE DES THHMES DU CONTE 



53 



Le poète explique le but 
du voyage de Sgoidamour 
(v. 12613-623) : 

Sgoidamûr diu schoene Meit, 

die Amourfina diu schône 
des Landes und der Krône 
verstozen hât durch ir Gewalt, 
diu reit um Velt unde Walt, 
und het den herten Wiriter gar 
gestrichen durch diu Lande dar 
mit Arbeit und mit Yràge, 
und hat ir Lîp ze Wâge 
gesetzt ûf sol h en Trôst, 
daz ir Art us ir Lant erlôst. 

La mule est blanche 

v. 12657... ir Zelter was ein 

[M û 1 blanc. 

Le roi reste avec ses barons 
dans une salle au milieu d'un 
bosquet, « gein der gau- 
dine auf einem Sal ». 

La demoiselle raconte 
qu'elle vient réclamer le se- 
cours contre sa sœur aînée. 

Keu profondément affligé 
par le refus du baiser. 

Keu soigne la mule. 



Les barons sont allés « s'es- 
banoier », tandis que le roi 
et la reine restent dans le 
château. On les appelle 
quand la demoiselle apparaît. 

Elle parle du frein seule- 
ment, rien d'une discorde 
de famille. 



v. 13848. Ein Stec smaler denne 

[ein Hant, 
der was gar stahelin, 
daz was an den Ecken schîn, 
die sniten beidenhalben sin. 



Le pont 

v. 240. une planche negaires lee 
... de fer trestote. 



La mule veut sauter par la 
planche, Keu l'empêche. 



54 



LA DAMOISELE A LA MULE 



A Cardeuil (Karidol). 



Dans le récit beaucoup plus 
abrégé que P, on annonce à 
la demoiselle que Keus laere 
ivider ha m (v. 1287 1). Aus- 
sitôt elle demande à Artus 
un autre champion ; elle re- 
fuse Lancelot et demande 
Gauvain qui consent quand 
on lui parle de ses pleurs. 



Gauvain tue le chevalier 
blessé. 

v. 13384. Den Helm er imabe bant, 
den Koipfen und das Isengewant 
und sluoe im ab daz Houbet. 
Als er in des beroubet, 
er gap ez dem Zolnaere : 
da stuont ein Zinne laere, 
dâ stacte ez Gansguoter an. 



On aperçoit Keu et an- 
nonce à la demoiselle, qu'il 
rentre avec le frein. Elle de- 
vine qu'il ne l'apporte pas. La 
douleur de la pucelle et ses 
exclamations sont racontées 
avec détails. Gauvain console 
la pucelle et s'offre lui-même. 

Keu tombe en disgrâce. 
La demoiselle demande le 
congé pour Gauvain. 

Il lui pardonne. 



Combat avec les dragons. 



un des dragons a un cor à la 
tête (v. 13455), Vautre est 
vert. 

Amourfina est parée de 
pierres qui lui donnent cha- 
cune sa force merveilleuse. 

Philtre amoureux '. 



ces détails n'ont aucun 
correspondant dans P. 



1. Ce n'est peut-être pas précisément un « boire » d'amour dans le genre de 
celui qui attache Tristan à Yseut. Sa vertu est seulement d'opérer certains change- 
ments dans la mémoire du héros (voir plus haut, p. 48). 



ETUDE COMPARATIVE DES THEMES DU CONTE 



)) 



Glaive gardien de chasteté 
Le lit est une œuvre ma- 



gique. 



Il ne faudrait pas exagérer l'importance des différences qui 
existent entre les deux récits, d'autant plus que, comme nous 
allons le voir, dans de nombreux passages les textes sont pa- 
rallèles. Mais justement il sera instructif d'examiner ces 
concordances pour savoir si leur nature permet d'admettre 
que Heinrich ait traduit le roman français. 



CONCORDANCES 



H. 

13684. Obe ich hie inné vinde, 
der mir ze solcher Swaere 
ein getriuwer Kempfe waere. 
Dem wolt ich mich erbieten 
und sîn Arbeit ermieten 
mit mines Lîbes Minne, 
ob er mir wider gewinne 
min Zoum, de 11 ich han verlorn, 
darumbe ichYroude h an ver- 

[ k o r n . 

Ez ist im aber ein s \v aérer 

[Haft. 
12744. Dar nâch begann sie mêren 
ir Weinen unde ir Klagen, 
und begann ez offentlîchen sagen, 
daz sie daz vil wol weste, 
daz diu Arbeit ze veste 
dem Truchsaetzen waere 
und er wider kaeme laere. 



83. se çaienz avoit chevalier 
qui de ce s'osast afichier, 
qui vousist ceste voie enprendre ; 
et se il lo me voloit rendre, 
que trestote soie seroie 
si tost con je mon frain ravroie, 
sanz chalonge et sanz contredit. 
78. ... jamès jor joie n'avrai, 
tant que mes frains me soit renduz, 
qui mauvaisement m'est toluz, 
don perdu ai tote ma joie, 
v. 95. mes il ne l'avra mie en 

[pes 
v. 117. Quant il voient que il s'en 

[va 
toz seus, que conpaignon n'i a, 
ne il n'i a arme portée, 
fors que tant seulement s'espee... 
La pucele remest plorant, 
por ce que bien voit a créant 
que de son frainc ne ravra mie. 



;6 



LA DAMOISELE A LA MULE 



Ici et dans le passage suivant qui parle de la peur de Keu, 
les deux textes se séparent tout en donnant la description 
de mêmes faits : 



793. Da von Keu sô wê geschàch, 
daz er vil nâhe tôt was. 
Dô er vor derVreise gênas, 
dô wart im aber alsô heiz, 
daz ime diu Hitze und der Sweiz 
vil nâch hete an getân den Tôt. 
Als er nu ûberwant die starc Not, 
do began in aber vriesen, 
daz er dâ von verliesen 
wande den vûr war. 
In dûht diu klein Zit ein Jâr, 
daz er darinne waere gewes'en. 
1 29 1 1 . Sgoidamour « tet im nâch 
vil manegen Segen ». 



176. Tôt adès covient qu'il i past, 
voille non, entrer li estuet ; 
il i entre, quant il miaus ne puet. 
A quelque poinne i est entrez, 
mes moût i est espoèntez 

189. et bien se va qu'il n'est chaûz, 
a po qu'il n'est do sen issuz ; 
212. ja ne quida veoir lo jor. 



352. La jeune fille embrasse 
Gauvain et 

« plus de trente beneïçons 
« li a la damoisele oré. 



Le moyen le plus sûr de se rendre compte des rapports 
entre les deux textes est de confronter les dialogues et les 
récits de combat qui, pour les faits essentiels, ne présen- 
tent pas beaucoup de divergences. Mais justement cela fera 
ressortir les procédés de mise en scène des deux auteurs. 



H 



13 187. Gâwein zu Gansguoter 

[sprach : 
« Sit du mich hast lâzen leben, 
(.< wer sol mir aber den Zoum ge- 

fben, 
« darumbe ich bin komen lier ? 
'■' Gâwein, lieber Vriunt, sprach er, 
« des bringe ich dich wol inné, 
« wie man den Zoum gewinne. 
« E uns bekume der Mittetac, 



P. 



634-673. 

Et Gauvains li a demandé 
conment lou frainc porra avoir, 
« Bien lou porras » fet il « savoir, 
« mais ainz que midis soit passez, 
« avras tu de bataille assez, 
« que de gaber ne te tendra, 
« que conbatre te convendra 
« as deus lions enchaenez. 
« N'est mie trop abandonez 



ETUDE COMPARATIVE DES THEMES DU CONTE 



57 



« da muost noch vor tuon manegen 

[Slac 
« ze Ors und ûf der Erde, 
« ê dir derZoum werde. 
« Du soit dich wol gerehten 
« du muost gar balde vehten 
« mit zweien Lewen wilden : 
« ob sie mit zehen Schilden 
« zehen Ritter solden bestên 
« in mohte wol missegên ; 
« du soit aber vor ezzen. » 
Sprach Gawein der vermezzen : 
« Ich wil vehten ze Hant ; 

A 

« nu bestelle mir Isengwant, 
« des bedarf ich, daz weistu wol. » 
Er sprach : « Des ist daz Hûs vol, 
« dasgewinne ich vil unde «muoc. » 
Gar balde er dâ vûr in truoc 
wol zehen rîcher Sarwât, 
daz ûz er in weln bat, 
swaz ime dar under behagt, 
wan er sach in unverzaget. 



« li frains, ainz i a maie garde ; 
« mau feus et maie name m'arde ! 
« S'il i avoit dis chevaliers, 
« tant sai les deus lions à fiers, 
« que ja nus n'en eschaperoit 
« qui conbatre les lesseroit. 
« Mes que ge t'i avré mestier. 
« Si t'estuet ainz un poi mengier, 
« que tu voises a la bataille, 
« por ce que li cuers ne te faille, 
« ne que ne soies plus pesanz. » 
« De mengier seroit il noianz » 
fet Gauvains, « en mile manière. 
« Mes porchace une arme chiere 
« dont je me puisse aparellier. » 
« Çaienz a » fet il, « bon destrier 
« que nus ne chevaucha des mois, 
« si a assez autre harnois 
« que volentiers te presterai. 
v Mes tôt ançois te mostrerai 
« les bestes, que tu armez soies, 
« savoir se tu te recreroies 
« de combatre avec les lions » 
« Si m'ait sainz Pantelions » 
fet Gauvains, « ja ne les verrai 
« jusque a aus me conbatrai ; 
« mes armez moi délivreraient. » 
Et cil l'arme tôt erranment 
d'armes bones de chief en chief, 
qui bien en sot venir a chief, etc. 



Voici la scène du combat avec les lions 



13237. Der Lewe solhe Tobeheit 
und solich Hôchvart begie 
dô er in ûz der Hant lie, 
und er den Ritter ersach. 
Die Erde er kratzte unde brach 
und begann sich sêre ruihen, 
Gawein volt sîn niht schuihen 
und began ze ime treten. 



680. Et li lions tel orgoil mainne, 
si grantforsen et si grantrage, 
que o ses piez la terre arrache 
et la chaenne runge as denz, 
quant il par fu fors de laienz, 
et il choisi lo chevalier, 
lors se conmence a hericier, 
et de sa queue se débat. 



s 



LA DAMOISELK A LA MULE 



[$302. DerRitter stach zem Her- 

[zen in, 
daz er viel tôter hin. 

13304. Alserdie Lewen hâte ers- 

[lagen 
er bat Gansguotern ime sagen, 
wer ime erebe den Zoum. 



738. Parmi la grève de la teste 

lo fiert del espee tranchant, 

que jusqu'as denz tôt lo porfant 

et li lions chiet a la terre. 

742. « De cestui est fine la guerre », 

fet Gau vains, « et fête la pes, 

a Or me rent, fet-il, desormès 

« lou frainc,foi que tu doizton père » . 



Les derniers passages montrent assez bien le style per- 
sonnel des deux auteurs. Ecoutons encore l'épilogue du 
récit. La joie des habitants est ainsi décrite par Henri : 

135 17. Dar obe hôrte er gar grôzen Schal, 
anders denne daz er nieman sach : 
des wundert in, daz er sprach 
ze Gansguotern, waz daz waere? 
Er sprach : du soit diu Maere 
gar volleclîchen wizzen, 
ê dû noch sihest enbîzen : 
Ditz sint al die Meide, 
die du von ir grôzem Leide 
al Zit unz Her hast erlôst. 
Und haben zuo dir grôzen Trôst, 
w a n n dû i r aller H e r r e b i s t 



Et ici Gauvain apprend qu'il est chez sa femme, son « amie » 
Amourfina. Chez P on parle des « quaroles », des «borjois » 
qui se réjouissent d'être délivrés de l'oppression des bêtes 
sauvages (cf. v. 1005-103 7), tandis que H raconte la joie 
des demoiselles, dont on ne saisit pas la raison. Plus 
loin seulement est donnée la description de la foule, 
v. 1 361 5-624 et aussi 13643: 

Grôz vroude in dem Hûse wart, 
den vor der Wec was verspart 
von den zwei Eiterdracken, 
die in ir Kinnebacken 



ETUDE COMPARATIVE DES THEMES DU CONTE 59 

die Liute aile verslunden, 

die sie ùf den Strâzen vunden. 

Des lâgen sie vor in verstoln, 

under der Erde in den Holn 

und getorsten niergend uz kommen. 

Als sie nû daz heten vernommen, 

das sie Gâwein het erslagen, 

des begunden sie Gote Gnâde sagen. 

Ce passage est à peu près parallèle aux w. 1020-103 5 de P. 

Les récits se séparent brusquement. Gansguoter raconte 
à Gauvain qu'il s'est fait tort à lui-même en tuant les bêtes 
et en entreprenant la conquête du frein pour Sgoidamour. 
Ensuite il lui donne un « sarwat » (armure) et une épée 
d'une force magique. 

Sur l'ordre de Gauvain on se rend à la cour du roi Artus. 
On y arrive en trois jours. Une grande joie règne à Cardoil, 
on donne naturellement un repas. Gauvain rend ensuite le 
frein à Sgoidamour qui s'offre à lui : 

Herre, und wellent ir 

mich minnen, daz lobe ich, 

des b i n ich v r 6 und g i b e m i c h . 

La demoiselle française est plus retenue \ nous l'avons 
vu. Comme Gauvain est déjà marié 2 , on trouve une autre 
solution. On donne Sgoidamour à Gasozein de Dragôz, le 
premier amant de Guenièvre ; on met ainsi la fin à cette 
longue discorde entre Artus et Gasozein. Ainsi tout est 
arrangé et Sgoidamour s'empresse de répondre : 

Herre, sin Minne ich gerne wil 

Et le poète ajoute cette phrase épique : 

Und wârt da Hôchzît grôz 

von den zwein Brutlouften (861-2). 



1. Cf. v. 1081-1084 de la Demoiselle à la Mule. 

2. Contrairement à la tradition. 



60 LA DAMOISELE A LA MULE 



C'est une question fort délicate que celle des emprunts et 
des influences chez les auteurs des romans arthuriens. On 
avait à cetfe époque une toute autre notion de la propriété lit- 
téraire que de nos jours, on était loin de reconnaître le mérite 
de l'invention personnelle; au contraire, on s'efforçait tou- 
jours d'invoquer une source fictive ou réelle. En cherchant 
à plaire, on choisissait des sujets renommés qui avaient déjà 
un succès assuré. C'est un fait tellement connu qu'il n'est pas 
nécessaire de présenter des textes à l'appui. Surtout pour la 
matière de Bretagne la propagation est devenue immense, il est 
impossible de démêler ce que l'auteur prenait d'une source 
orale de ce qu'il empruntait aux livres. Cette « matière » 
devient propriété littéraire de quiconque entreprend de la 
communiquer aux lecteurs de son pays. La littérature de cette 
époque devait être forcément régionale et celui qui faisait 
pénétrer d'une cour princière quelconque un récit dans un 
autre milieu, était considéré comme son auteur. Exactement 
comme un traducteur de Boèce pouvait passer pour l'auteur 
d'un opuscule moral. Il serait très intéressant de savoir quels 
étaient les centres de diffusion des grands mouvements litté- 
raires du moyen âge l . 

Au premier abord, les différences entre les diverses 
branches de la matière peuvent apparaître superficielles, 
justement à cause de la « fluidité » de cette littérature 2 qui 
a été remarquée par M. Grober 3 . On manque complètement 
de principes dans les recherches comparatives des sujets 
arthuriens qui ont été cependant faites déjà plusieurs fois. 

Selon M. Grober, on ne peut parler de l'emprunt et de 



i . Nous nous proposons do travailler en ce sens et d'étudier l'influence de 
Wace sur la littérature française. 

2. « Flùssigkeit ». 

3. Grundriss, II, p. 511. 



ÉTUDE COMPARATIVE DES THEMES DU CONTE 6l 

l'influence d'un auteur sur un autre que lorsqu'on est en 
présence d'une composition moins logique par rapport à 
une autre où il y a plus d'unité *. 

Ce principe n'a pour nous qu'une valeur théorique. 
Il faut d'abord le préciser. Une faute dans l'explication de 
tel détail de la source commise par l'auteur indique sa 
dépendance. Ce procédé bien connu dans d'autres recherches, 
ne suffit que rarement ici, puisque ces cas sont beaucoup 
moins fréquents dans les récits des romans que dans le 
travail des copistes. Resterait encore à appliquer le prin- 
cipe de la concordance des traits accidentels, principe 
introduit par G. Paris dans l'étude des fables orientales. 
Mais l'occasion de faire ces deux expériences se présente 
rarement dans notre domaine. Les cas de ce genre sont 
plutôt des exceptions anormales. Il y a bien des différences 
de conception de telle légende, de tel personnage, mais 
elles sont pour la plupart voulues et résultent d'une 
évolution du sujet toute naturelle. Toute tentative d'appli- 
quer une méthode infaillible serait vaine dans ce travail. Il 
ne nous reste qu'à procéder par l'analyse détaillée et à 
avouer que la plupart du temps nous n'émettons que des 
opinions, probables ou non, mais rarement des faits acquis. 

On sait bien que Heinrich von dem Tùrlin était plutôt 
un traducteur habile qu'un « trouveur » original, — natu- 
rellement il faut entendre ce mot dans le sens du moyen- 
âge. Il traduisait librement en ajoutant de nombreux 
détails, des traits de mœurs, des descriptions, il surchargeait 
d'explications, d'inventions, mais toujours il suivait fidèle- 
ment son texte, au moins dans ses grandes lignes. C'est le 
représentant du roman baroque de cette époque. On sait que 
Henri possédait assez bien la langue française. Il se vantait 
lui-même d'avoir lu beaucoup de livres français « an fran- 
zosischen Buochen las ». Il devait avoir connu l'histoire 



i. « Wo ein weniger logischer Zusammenhang der Einzelheiten gegenûber 

bessererer Fùgung anerkannt werden muss. » Gr., II, p. 511. 



bl LA DAMOISÈLË A LA MULE 

d'Àrtus par de nombreux poèmes cycliques \ C'était son 
mérite et c'est en cela que consiste son rôle dans la littérature 
allemande de son époque. 

M. Warnatsch qui a examiné sous ce rapport son 
«. M an / cl » en comparaison avec le fabliau du « Man tel 
nnut taillé » est même d'avis qu'il était « dans les moyens 
d'expression et dans la façon de présenter un plagiaire 2 ». 
Les auteurs allemands étaient aussi des modèles pour lui. 
Dans un passage de la « Krône » (vers 2435 et suivants), il 
parle lui-même de Hartmann von der Aue, Reinmar der 
Al te, Dietmar von Eist, Heinrich von Rùcke, Friederîch von 
Hûsen, Uolrich von Guotenburc et de Hug von Salzâ (« der 
Reine »). Sa dépendance de Wolfram d'Eschenbach a été 
prouvée par M. Zingerle 3 , et M. Warnatsch relève aussi 
celle de Ulrich von Zatzikhoven et de Wirnt von Graven- 
berge. 

Comment donc expliquer les divergences entre la Krône 
et la Mule, la présence de la première partie du récit, les 
divergences notables dans la description du château, les 
dilTérences dans le récit du jeu parti relatif au coup de hache 4 ? 
Est-ce une invention indépendante de Henri, ou a-t-il eu 
un autre modèle sous les yeux? Ceci me semble plus pro- 
bable. Oh pourrait supposer qu'il lui suffisait pour complé- 
ter le récit contenu dans P d'avoir lu Yvain ? Et alors sa 
source serait C-hP. On se rappelle que Henri mentionne 
comme source Chrétien de Troyes ; il a été remarqué cepen- 
dant que ceci pouvait être de sa part un moyen de faire 
valoir ses propres récits en les présentant sous l'autorité du 
célèbre trouvère champenois. En outre, cette hypothèse que 
j'ai admise pour un moment ne me semble pas probable, 
car il n'y a pas assez de points de contact entre C et H. 



1 . Et c'est de là que lui est venue l'idée de faire du magicien Gansguoter un 
parent d'Artus et de Gauvain. 

2. Warnatsch, Der Mantel, p. 125. 

3. Gertnania, V, p. 468 fi'., cf. aussi Geriiutniit, III, 82. 
]. Cf. plus loin, p. 99. 



ÉTUDE COMPARATIVE DES THEMES DU CONTE 6$ 

Est-on autorisé à supposer que le poète autrichien a 
inventé de sa propre cervelle tous ces détails ? Une partie se 
retrouve chez Païen de Maisières, les autres remontent à 
une source française, peut-être commune à Païen et Henri. 
Henri le compilateur n'était pas l'inventeur de ce récit. Il n'est 
pas impossible qu'il ait lu ou plutôt entendu nombre de 
récits semblables à ceux que l'on trouve dans la Mule et 
chez Chrétien ; des récits analogues à Cmdrïllon qui racon- 
taient les malheurs d'une sœur outragée ne pouvaient pas 
manquer à cette époque. Et c'est un de ces récits qui lui a 
servi comme source. Ce modèle ne devait pas être en tous 
cas très éloigné de notre texte français. Païen est aussi 
un remanieur, il ne se piquait guère d'avoir des inventions 
personnelles, ce n'était pas de « son sens » r qu'il prenait 
l'histoire. Il était au contraire soucieux de suivre les « viez 
voies ». Il remaniait fidèlement une tranche de ce récit qu'il 
n'a pas assez comprise et qu'il a répétée avec moins de 
talent. Mais tous les deux, Païen et Henri, avaient un roman 
analogue sous leurs yeux ; l'un le remanie plus librement 
peut-être, l'autre, tout en comprenant moins l'original, est 
soucieux de raconter fidèlement les détails. Les grandes 
lignes lui échappent ; si l'allure du récit l'emporte, il se corrige 
d'une façon assez maladroite « trespassé vos dui avoir... 
v. 769 ». 

En résumé, nous croyons à une source com- 
mune non seulement pour P et H, mais aussi 
pour C. Chrétien est beaucoup plus éloigné du 
modèle que Païen et Henri; c'est ce dernier qui 
en est le plus près. Quand on le compare avec P, 
on voit qu'il comprenait mieux le récit, qu'il lui donne un 
développement plus ample et plus logique. Notre trouvère 
se contentait de rapporter des récits vagues et fragmentaires 
qu'on ne comprenait plus, car ils étaient vieillis en France, 
comme il le dit lui-même dans le passage déjà trop souvent 

1 . Méraugis, v. ;8. 



04 LA DAMOISELE A LA MULE 

cité. En Allemagne cependant, c'était de la matière neuve, 
fraîche et passionnante. 

C'est a notre avis tout ce qu'on peut dire sur la source 
d'inspiration du poème. On voit l'impossibilité d'une solu- 
tion décisive pour les problèmes de cet ordre. Il faudrait 
mieux connaître la technique du travail de ces auteurs, 
avoir la connaissance sûre du procédé de formation d'un 
poème du moins qui indiquerait une source connue. Sans 
cela, on ne peut qu'émettre des hypothèses plus ou moins 
probables dont le lecteur devra être juge. 

Si nous n'aboutissons pas à un autre résultat plus solide, 
nous croyons savoir du moins (et nous le saurons encore 
avec plus de précision) ce que signifie dans le roman la 
recherche du frein. Nous savons maintenant pourquoi la 
gente pucelle s'écrie : 

ja mes jor joie n'avrai, 

tant que mes frains me soit renduz, 

qui mauvaisement m'est toluz 

et on sait pourquoi elle en a perdu « tote sa joie » ; aux yeux 
du lecteur cette excursion de Gauvain n'est plus oiseuse. 
On comprend aussi pourquoi la demoiselle part de la 
cour si rapidement, malgré le conseil de la reine Guenièvre 
qui l'invite à rester et à aimer quelque chevalier de la 
« maisnie » du roi : elle a hâte de reprendre la possession 
de ses biens. 

11 est possible, dira-t-on, que l'auteur ait cherché le mysté- 
rieux et ait voilé délibérément le fond du récit. Je crois plutôt 
que seule l'obscurité de la pensée l'a empêché de mettre en 
relief le sujet principal : il comprenait mal lui-même sa 
source. Si on allait jusqu'à faire l'honneur à Païen de le 
considérer comme un poète symboliste, il faudrait convenir 
qu'il s'y prenait mal. 



CHAPITRE III 



Suite de l'Etude comparative 



AUTRES THÈMES ET MOTIFS COMPRIS 
DANS LE CONTE 



Il est facile de reconnaître au premier abord que la 
Demoiselle à la Mule, un roman d'époque tardive, se compose 
de thèmes empruntés à d'autres romans du cycle. Il ne servi- 
rait à rien de faire un dépouillement complet de ces centaines 
de milliers de vers, auquel il faudrait ajouter celui des romans 
en prose. Même après ce travail, il serait impossible d'indiquer 
la source de nos récits. L'auteur, à coup sûr, ne faisait pas 
d'extraits sur fiches pour les compiler. Ce n'était point par 
un travail de cabinet qu'un trouvère se préparait à débiter 
aux auditeurs le récit d'une « aventure ». Cette littérature est 
essentiellement sociale par son inspiration et par sa destina- 
tion. Si tous les ménestrels ne composaient pas comme ceux 
dont se plaint Gaucher de Dourdans (Percevah vers 28373 
et ss.), qui enfilaient des récits appris par hasard « la nuit en 
l'ostel », on peut croire néanmoins que peu d'entre eux 
recouraient aux livres ou aux dictionnaires de mvthologie. 
Des récits appris de ci de là, dans les « viez voies » dont il 
était sans doute amateur, servaient de point de départ à notre 
auteur; il les renouvelait, ajoutant et enjolivant selon son 
goût. S'il invoque une source écrite, personne ne sera dupe 
de son affirmation. 

De ces considérations résulte le caractère de l'étude qui 
suit. Nous ne nous appliquerons pas à la recherche des 



68 LA DAMOISELE A LA MULE 

sources particulières de tous les sujets que Païen enchevêtre 
les uns dans les autres. On l'a fait pour le récit principal. 
Pour le reste, on tachera d'apporter quelque lumière au lec- 
teur désireux de mieux s'expliquer les bizarres inventions 
qui manquent trop souvent chez notre auteur de dévelop- 
pement susceptible de les éclaircir. On le fera en rappro- 
chant tel motif de la « Mule » des conceptions analogues 
d'un autre auteur. 

L'importance de ces recherches de l'histoire des motifs 
littéraires étant désormais bien établie, nous saisirons l'occa- 
sion d'esquisser un petit répertoire des sujets merveilleux 
caractéristiques pour ce roman et pour l'épopée courtoise en 
général. Aussi croyons-nous devoir donner à cette étude un 
développement plus ample que ne le demanderait une 
simple introduction. 



PAYSAGE 



La forêt merveilleuse, la fontaine, la vallée 
de la « pute vermine » 



En quête du frein mystérieux, les deux champions de la 
demoiselle traversent des pays d'un caractère peu banal. 
Païen ne nous donne pas une description de cette forêt, nous 
ne savons même pas de quels arbres elle est composée. Mais 
on nous dit qu'elle est habitée par toute sorte de bêtes sau- 
vages (tigres, ours, lions) qui « s'humilient » devant le 
vovageur. Il y a là encore une vallée pleine de serpents ; 

— tôt la mauvestié de l'iver 
... laiens... est assise — ; 

on nous dit aussi que les vents sont retenus dans cet 
endroit \ nous y trouvons encore un accessoire auquel se 
plaisent les trouvères bretons : une fontaine. Il est assez 
étonnant qu'elle n'ait pas fourni l'occasion de récits merveil- 
leux. Païen dit simplement qu'elle était « moût clere et 
sainne » (v. 218) et qu'elle s'offrait très à propos au 
voyageur qui y passait. Mais il ne lui prête pas de caractère 
merveilleux comme en avait la fontaine de Berenton 2 , « dont 



1. Il est possible que ce soit une réminiscence classique de Virgile, par ex. 

2. Cette légende de Berenton a eu cette fortune particulière d'être consacrée 
par l'église. Une chapelle dans laquelle on priait pour avoir de la pluie, y était 
construite. Consulter (avec précaution) là-dessus le livre de Béllamv, La Forêt de 
Brechelient, t. II, p. 247 à 336 et 674 à 697. 



70 LA DAMOISELE A LA MULE 

breton vont sovent tablant » fWace, Brut., 6395 ss.), ou la 
fontaine « soz le pin » à'Yvain, ou celle que cherche Méria- 
deuc ', ou celle encore qui rend la force au terrible Gorleman, 
adversaire de Gauvain, chaque fois qu'il s'en approche pen- 
dant le combat \ Nulle allusion à la vertu de provoquer la 
pluie si on versait sur le terrain quelques gouttes d'eau, vertu 
dont parlent des écrivains ecclésiastiques : Jacques de Vitrv, 
Thomas de Cantimpré. Evidemment notre auteur se considé- 
rait comme trop raisonnable pour raconter ces fables et pour 
faire entreprendre à son héros une nouvelle quête de la fon- 
taine merveilleuse après l'expérience de Wace. Il a lu pro- 
bablement que cette visite d'exploration a eu un résultat 

négatif : 

Merveilles quis, mais nés trovai 
fol m'en revinc, fol i alai, 
fol i alai, fol m'en revinc >. 

Ce goupe de récits est évidemment inspiré par la forêt de 
Erechélient qui renfermait tant de mystères pour les gens 
du moven âge. Chrétien de Troyes l'a célébrée dans Yvain. 
Huon de Méry 4 y est allé aussi (en 1232-4) 5 et il explique 
l'objet de cette exploration : 

la verte voloie aprendre 
de la périlleuse fonteine. 

Comme d'autres il traversa aussi 

... un sentier 
qui parmi une gaste lande 



1. Chevalier as deux espees, éd. Foerster, vers 9198 à 9317, 10248 et ss., 
10425 et ss. L'aventure n'est pas cependant racontée par le poète auquel la 
matière trop abondante a fait oublier le dessein primitif. 

2. Gauvain et Keu néerlandais (Lancelot III v. 20786-21067). 

3. Brut. v. 641 5 et et ss. 

4. Le Tournoiement Antecrit, par Huon de Méry, éd. Wimrner, Marburg, 1888, 

5. Grôber, Gr., II 2 , p. 695. 



SUITE DE L ETUDE COMPARATIVE 71 

... mena en Brouceliande, 
qui moût est espesse et oscure 
La fontaine n'iert pas oscure, 
ains ert clere com tins argent. 
Le bacin, le perron de marbre 
et le vert pin et la chaiere 
trovai en itele manière 
comme l'a descrit Crestiens. 



Ainsi, plusieurs curieux attirés par la renommée des 
merveilles de la forêt ont dû se rendre à Brechélient. En 
route, ils apprenaient des récits anciens accrus par des inven- 
tions nouvelles qui se répandaient de bouche en bouche. 
Qu'il se trouvât parmi ces voyageurs un rimeur, il en com- 
posait un récit en prenant comme canevas quelques histoires 
de héros de préférence connu, fabuleux aussi et d'une 
société courtoise : Gauvain. C'est ainsi que s'explique la 
genèse de tels récits. 

Païen compare le vilain à un « mor de Moretaigne ». Il est 
curieux que Huon de Méry, dans sa description de Breché- 
lient, parle aussi d'un « mor de Mortaigne ». Il s'appelle 
chez Huon de Méry Bras de Fer et il est « chamberlains » 
de l'Antéchrist. Voilà qui montre que Païen, ici comme 
ailleurs, puise dans une tradition locale persistante aux 
environs de 1232 ; mais qu'il est peu resté de tout cela ! 

Entre les récits dont nous avons fait mention et celui de 
la Mule, il n'existe que des ressemblances de cadres qui 
font deviner l'origine commune du récit à qui est averti, 
mais dans la peinture des détails, beaucoup de traits ont 
disparu. Il existe, certes, aussi des rapprochements stylis- 
tiques ; on en a parlé déjà. 

Ajoutons ici encore « le flun au deable » et nous aurons 
un de ces décors fabuleux qu'on rencontre ailleurs dans les 
romans arthuriens '. Le merveilleux et l'horrible étaient 



1 . Dans le « Chevalier aux deux épées » on trouve une demoiselle qui sur une 
mule traverse sans encombre une forêt pleine d'ours et de lions pendant un orage 
et dans la nuit. 



72 LA DAMOISELE A LA MULE 

bien dans le goût du temps. Ces descriptions n'ont ni cou- 
leur ni vérité chez notre auteur. En général, le sentiment 
descriptif n'est pas très développé au moyen âge, mais tout 
de même il existe. On se délectait au chant des oiseaux en y 
éprouvant un vrai plaisir des sens, comme par ex. Perceval 
à qui 

... li cuers cl ventre 

por le doue tens se resjooit 

et por les cans que il ooit 

des oisiaus qui joie faisoient. 

Toutes ces coses li plaisoient. (éd. Potvin, v. 1300SS.) 

La thèse de M. Wilmotte qui en analysant les descriptions 
chez Chrétien, les compare à un inventaire de propriété 
dressé par un notaire, me paraît trop sévère \ C'est juste- 
ment dans les romans de chevalerie que l'homme se plaît à 
ce qui est beau et élevé (comme il le comprend) et non pas 
seulement à « ce qui intéresse son orgueil, ses appétits et 
son métier 2 ». 



1. Wilmotte, Etudes critiques sur la tradition littéraire en France. Paris, 1909. 
Le Sentiment descriptif. 

2. Ibid., p. 129. 



LE CHÂTEAU FÉÉ ET TOURNANT 



Nous avons vu que la Demoiselle à la Mule et la Krône se 
rapprochaient surtout par la présence d'un château merveil- 
leux dans les deux récits. Examinons de plus près cet édifice 
féé et son site. 

On nous apprend d'abord (vers 429 ss.)que le château est 
bien situé, beau et surtout si bien construit, qu'il ne redoute 
aucune attaque. Il est en effet défendu par une eau large et 
profonde qui paraît avoir des propriétés terribles puisqu'elle 
est appelée ailleurs « îîuns au deable ». Il n'y a d'autre 
passage qu'un mince ponceau. L'enceinte se compose de 
pieux gros et aigus. Toute cette description du château 
jusqu'ici reflète les usages du temps qui sont attestés par 
d'autres textes. On choisissait un endroit protégé par la 
nature. On l'entourait de palissades et de murs. Le pont 
était d'ordinaire levis « ponz torneiz. » (Lanc. 989. Cligès 
1220). Même une porte tombante ne devrait pas nous 
étonner selon le dire de M. Schuh mâcher r qui a examiné 
les textes. Le château de Brandigant dans « Erec » est décrit 
d'une façon analogue, 

Erec. 5371. un chastel fort et riche et bel, 
clos tôt antor de mur novel ; 
et par dessoz a la reonde 
coroit une eve moût parfonde, 
lee et bruianz corne tanpeste. 

Mais ces moyens de défense habituels ne suffisent pas 
aux habitants. Aux veux de qui arrive un spectacle macabre 



1. Das Befestigungswesen in der aîtfran~osiscbeu Literatur. Gottingen, 1906. 
(Diss ). 



74 LA DAMOISELE A LA MULE 

se présente, celui de têtes humaines fichées sur des pieux ; 
menace pour qui voudrait entrer. De plus, on a eu recours à 
la « nigromancie » pour se protéger contre les étrangers. Tout 
ce bâtiment tourne avec une vitesse formidable : « con la 
trompe que Ton suet a la corgiee démener » )vers 442). Par 
conséquent, la porte passe rapidement avant qu'on puisse y 
entrer. Quand Gauvain s'est risqué à sauter malgré l'immi- 
nence du danger, un accident qui n'est pas tout à fait clair 
arrive à son coursier. Païen dit de la mule : 

ele s'est si conseiïe 

par derriers, si que de la queue 

plus de la moitié li desneue (v. 468). 

La porte est-elle donc battante pour avoir tranché la queue 
de l'animal ? Rien ne le prouve. On pourrait l'expliquer en 
admettant que le mur tourne, tandis que l'intérieur reste 
immobile. Or, au moment où la mule ayant passé par 
l'ouverture de ce mur tournant, franchit la porte de l'édifice, 
sa queue reste engagée entre la première ouverture (qui en 
ce moment s'est déplacée) et un des côtés de la porte fixe, 
et c'est ainsi qu'elle est arrachée \ 

Voyons d'abord comment l'explique Heinrich qui semblait 
comprendre mieux que Païen le mécanisme de cette forte- 
resse. Gauvain passa si bien qu'il n'a point touché à la 

porte. 

Wan daz diu Porte zevuorte 

dem Mul hinten den Zagel, 

daz kam von einem Tu m âge 1, 

d e r h a 1 b e r û z dem SI o z z e h i e n c 

(Krône 12980). 

Voilà une explication bien dans le goût de Henri qui aime 
à donner des raisons précises et compréhensibles. Le cheval 



1. Cette explication m'a été suggérée par M. Roques. Elle se trouve parfaite- 
ment appuyée par l'existence d'une barrière tournante dans un texte gallois dont 
nous reparlerons. 



SUITE DE L ETUDE COMPARATIVE 75 

d'Y vain subit un tout autre dommage quand son maître fran- 
chit la porte tombante. Il est coupé en deux : 

944. Aussi con deablcs d'anfer 

desçant la porte contre val, 

s'ataint la sele et le cheval 

deriere et tranche tôt par mi; 

mes ne tocha, la Deu merci, 

mon signor Yvain, mes que tant 
950. qu'au res del dos li vint réant, 

si qu'anbedeus les espérons 

li trencha au res des talons. 



Une description intéressante d'une défense par enchante- 
ment (le mot signifie comme on verra dans le texte « méca- 
nisme ingénieux ») est donnée par le Chevalier au Papegaut, 
récit tardif des exploits d'Arthur dans sa jeunesse. Le roi 
porte secours à la demoiselle Flordemont qui est assiégée 
par son maréchal. Pour entrer dans ce château périlleux, il 
doit passer par un pont aussi difficile. Ce pont est secoué 
tout le temps par un mécanisme secret, aussi Arthur est 
obligé de marcher en s'aidant des mains \ Une roue tour- 
nante l'empêche d'entrer, le héros étudie sa construction et il 
coupe « ung fil de métal qui soustenoit tout Y enchantement ». 
« Si tost que le chevalier du papegaut ot taillé le fil de métal 
la roe ne se meut point, ne le pont ne crolla plus 2 ». 

Ce moven de défense est un enchantement ou bien une 



1. « Le pont crolloit si fort qu'il ne s*i pooit tenir en estant, ains ala a paume- 
tons encontre bien bellement por la paour qu'il avoit de cheoir et s'est traînés aux 
mieulx qu'il pot tant qu'il est venu près de la roe. Si en ot moût grant paour por 
ce qu'elle tornoit si fort et menoit tel vent que petit s'en failly qu'il ne s'abatist 
sus du pont en l'eaue qui ne sembloit autre chose fors que ung enfer. » (Ms. de la 
Bibliothèque Nationale, f. fr. n° 2154, fol. 60 v".) L'auteur de ce roman a 
puisé à la même source que Wirnt von Gravenberge pour son ÎVigalois, v. 
6714 ss. (éd. Benecke). Ceci a été déjà remarqué par l'éditeur du « Papegau » 
M. Heuckenkamp (Introd., p. lii-liii). Ajoutons que Wirnt n'a pas trouvé cette 
description dans son modèle : Guinglain de Renaud de Beaujeu. 

2. M. Schumacher, dans sa dissertation déjà mentionnée, a rapporté ce passage 
avec une foi naïve, comme si c'était un moyen de défense réellement employé. 



7 6 LA DAMOISELE A I-A MULE 

ruse imaginée par les habitants du château. Ils en sont 
maîtres et peuventle faire cesser puisque la dame du château, 
au moment du départ de Gauvain, commande à son vail- 
lant portier de le tenir « tôt coi » (vers 996 ss.) Il faut peut- 
être employer pour cela une formule d'incantation magique 
puisqu'on nous dit : 

li vilains conmande au chastel 

qu'il fust toz coiz, et il s'esta (v. 1000). 

Henri deTùrlin parlant de la construction du château et 
de sa nature, l'attribue à Gansguoter, l'oncle des deux sœurs 
qui est pour lui le gardien du château et qui en architecte 
habile l'a muni d'artifices; entre autres choses le mur était 
comme du verre luisant et poli \ fort dangereux pour qui 
aurait voulu l'escalader. 

Autre propriété particulière au château : il est désert. 
L'auteur répète deux fois aux vers 545 et 949 qu'il n'y a 
plus de « maisnie ». Les personnes qui l'habitent sont sa 
propriétaire, le géant mystérieux, le nain, un chevalier 
blessé dans des combats; c'est tout. Le bourg et la ville sont 
aussi déserts et Gauvain n'y trouve « ne home ne enfant » 
(Vers 477). Ce n'est qu'après les combats victorieux du baron 
que cet état de choses cesse. Seulement au moment de quit- 
ter le château, Gauvain aperçoit la population qui manifeste 
une grande joie. Quelle en est la raison ? Le portier 
l'explique en disant que c'est le chevalier qui en tuant les 
bêtes sauvages qui dévastaient le pays a délivré les habitants : 

Dieus les a par vos délivrez 
et de toz biens enluminez 



1 . « Die Mûre was als ein Glas 

« berhtel, hôch unde glat. » 

Comparez le mur de verre avec Y île de verre (V. 12949) (« Glastonia ») et la tour 
de verre avec des habitants muets. Isle de Voirre, Erec, v. 1945-50. M. F. Lot 
identifie cette île avec Avalon (Ceîtica, p. 329). 



SUITE DE L ETUDE COMPARATIVE 77 

C'est probablement un reflet de la lecture d'une passion 
qui racontait la délivrance des âmes du purgatoire. 

Mais cette explication est peu convaincante puisque nous 
avons vu que les bêtes sont enfermées et gardées par le 
géant lui-même qui a sur elles un pouvoir spécial et qui les 
tient en « chartre » jusqu'au moment du combat. Ce détail 
reste mystérieux et on ne peut l'expliquer que comme une 
réminiscence que fauteur a eu d'un récit quelconque, proba- 
blement de la joie de la cour dans Erec ou peut-être d'un 
récit qui servait de modèle à Chrétien, puisque celui-ci nous 
donne aussi peu de raisons satisfaisantes de cette liesse 
bruyante. 

On pourrait penser à une explication assez vraisemblable. 
Les habitants se réjouissent parce que leur maîtresse (la sœur 
cadette) entrera désormais en possession du château et que 
les propriétaires qui les opprimaient par leurs ruses magiques, 
lui céderont la place. 

Cette interprétation du texte par le raisonnement serait 
peut-être plus acceptable que la précédente, mais j'aime 
mieux ne pas lui accorder trop d'importance puisqu'elle n'a 
pas son fondement dans le texte même. Je préfère donc ratta- 
cher cet épisode à de nombreuses variantes de la joie de la 
cour r , du « château des Caroles » dans Méraugis en avouant 
qu'il est aussi obscur que ceux-là. Ces passages se compren- 
nent mieux si on se souvient que l'histoire de Gauvain parle 
de lui souvent comme d'un sauveur. Henri de Tùrlin nous 
rapporte deux faits pareils. 

Une population dont parle Henri était condamnée par 
Dieu à subir pour ses péchés la domination d'un chevalier 
noir jusqu'à ce qu'un preux vint la délivrer. Il était prédit 
que Gauvain libérerait la population de cette oppression 2 . 
Avant lui de nombreux chevaliers avaient tenté cette aventure 



i. Voyez Philipot, Remania, t. XXV, p. 267-274-283. X. 2. Lot, Remania, 
t. XIV, p. 325 ss. 
. 2. Vers 19000 et ss. Krône, 



78 LA DAMOISELE A LA MULE 

sans v réussir. Les passages analogues ne sont pas rares dans 
le Perceval. 

Une autre fois Gauvain séjourne dans un château qui 
est menacé par un géant. Un cor magique annonce automa- 
tiquement l'arrivée d'un chevalier dans le château. Gauvain 
refuse de paver le tribut au géant et délivre la population de 
la sujétion tyrannique dans laquelle le géant la tenait. 

Toutes les particularités de ce château sont d'ailleurs très 
fréquentes dans le cycle arthurien. ' Souvent un château 
entouré d'eau est l'œuvre d'un magicien « sages clers d'as- 
tronomie » ou d'un « pfafTe », si le roman est allemand 
(Paryval, Krôtié). C'est vraiment un lieu commun des 
romans arthuriens. Les châteaux tournoyants et en mouve- 
ment n'y sont pas rares et nous donnerons ici seulement un 
court relevé des formes connues 2 . 

On sait qu'Arthur naquit au château de Tintagel qui 
deux fois l'an disparaît. Voici sa description dans la « Folie 
Tristan » (ms. Douce, v. 12 129 ss., éd. J. Bédier): 

Li lius ert beus et delitables, 

li pais bons et profitables, 

et si fu jadis apelez 

Tintagel, li chastel faez. 

Chastel faé fu dit a dreit, 

kar dous faiz l'an tuz se perdeit. 

Li païsant dïent pur veif 

ke dous faiz l'an nel pot l'en veir, 

ne ho m del païs ne nul hom, 

ja si grant guarde en prenge l'on, , 

une en ivern, autre en esté. 

Tel est aussi le château inaccessible du magicien irlandais 
Cùroi (JFled Bricrend, § 80.) Cuchulinn est chargé de défendre 



1. Meraugis, vers 3662 ss., 4334 ss., château ,des Caroles. 

2. Je n'ai pas pu profiter pour cette étude de l'article de M. Huet Le Château 
tournant dans la suite du Merlin, ce numéro de la Roniauia (d'avril 191 1) ayant 
paru au moment où l'impression du livre était trop avancée. M. Huet y ajoute 
deux versions que je n'ai pas mentionnées : celle de Perlesvaus (éd. Potvin, 
p. 194-7) et du Livre d'Art ur ( P. Paris, Romans de la Table Ronde, t. II, p. 199). 



SUITE DE L ETUDE COMPARATIVE 79 

ce château contre les puissances démoniaques et voici ce 
qu'il en est dit : 

« Dans quelque endroit du monde qu'il se trouvât, si loin 
fût-il de son château, le magicien faisait chaque soir une 
incantation sur lui. Alors le château tournait plus 
rapide que la meule du moulin qui meut, de 
façon qu'on ne put pas trouver sa porte après le coucher du 
soleil \ » 

Un autre château celtique est celui du Voyage de Malduin \ 
texte du xi e siècle. Le héros et ses compagnons arrivent dans 
une petite île autour de laquelle un rempart a été construit 
« destiné à tourner autour de l'île ». Une porte était dans un 
endroit du rempart, Quand elle arrivait en face des voya- 
geurs, ils apercevaient toute l'île avec tout ce qui se trouvait 
à l'intérieur; ses habitants qui ressemblaient à des êtres 
humains étaient beaux, portaient des vêtements parés et 
banquetaient, des coupes d'or à la main 5 (« caroles » des 
buveurs). 

Le poème XXX du livre de Taliessin \ datant du 
xiv c siècle >, célèbre la gloire d'Artus qui a étendu sa domi- 
nation au delà des limites du monde. Il livre une bataille 
à Hadès et emporte de sa terre un vase sacré. 

Dans un château à quatre angles (Caer-Pedryvan) sur 
Vile de la Porte tournante 6 (Ynys Pybvrdor), dont les habi- 



1. La traduction de d'Arbois de Jubainville dans le « Cours » est embrouillée. 
Je me suis servi de celle de M. Rhvs (Arthurian Legend, p. 392, note) et de la 
notice de la Revue Celtique, 1901, p. 133. Comme le passage prête à des discus- 
sions, je le donne pour les celtistes, d'après Winàisch Irische Texte, t. I, p. 295 : 

Cipé aird do airdib in domain tra i m-beth Curui, dochâineth for a chatraig 
cach n-aidchi, co m-bo demithir brôin mulind, conna fogbaithe addorus do grés iar 
fuiniud n-grene. 

2. Signalé par J. L. Weston, Mélanges Wihnotte, p. 888. 

3. D'après la traduction de M. Withley Stokes. Revue Celtique, X, p. 81. 

4. Traduit dans \Y. Skene : The four aucient hooks of Wàles. Edinburgh, 1868, 
t. I, p. 264. 

5. D'Arbois de Jubainville, Introduction, p. 66. 

6. Skene traduit : a In Caer Pedryvan in the Isle of the strong door ? » 
M. Rhvs explique : « the isle of the active door ». Arthurian Legend, p. 300. 



80 LA DAMCHSELE A LA MULE 

tants, dit-on, boivent du vin mousseux au crépuscule, on 
trouve ce récipient dans lequel M. Rhys voit le prototype du 
Graal. 

Dans un autre poème du même manuscrit, un barde 
parle de sa résidence Caer Sidi dont il vante les charmes. Ni 
les catastrophes ni l'âge ne prévaudront contre elle : les 
vagues de l'Océan l'entourent et des sources abondantes s'y 
trouvent, d'où s'épanche un liquide plus agréable que le vin 
blanc '. M. Rhys explique que dans ce texte le mot « Sidi » 
s'applique à un bâtiment tournoyant 2 . 

Ces textes nous font voir: i° un château sur une île, 2° un 
rempart qui tourne ou bien une porte qui se déplace. Ces 
obstacles sont d'ailleurs analogues ; car si le poète dit : « le 
château tourne », ou bien la porte se déplace, ou le rem- 
part, le fait énoncé aura pratiquement le même effet : 
impossibilité d'accès, venant de la mobilité même du bâti- 
ment dans lequel on veut entrer. De loin, le mur tournant 
donnait l'impression que tout le château tournait. Mais 
si l'on s'approchait et si l'on voulait pénétrer à l'intérieur, 
le déplacement de la porte devenait le fait le plus impor- 
tant. 

Ces descriptions concordent parfaitement dans tous leurs 
traits avec celle de Païen. Il ne parle pas de l'île, mais l'eau 
difficile à franchir ne saurait indiquer autre chose 3 . Païen 
de Maisières dit que le château 

... si fort tornoioit, 

con muele de molin qui muet (v. 440). 

H. de Tùrlin a saisi la même comparaison du modèle 
sans avoir pu rendre l'onomatopée : 



1. Traduit dans Skene, op. cil., p. 275 ss. 

2. Op. cit., p. 301, sidyll signifie « rouet à filer ». 

3. Notre château est situé sur une île. « Le sens du mot île était chez les Bre- 
tons très étendu et pouvait même s'appliquer à un monticule continental entouré 
de cours d'eau ou de marais ». F. Lot, Cellica, p. 331, note 5, Romani a, XXIV. 



suite de l'étude comparative 8i 

Sic lief alsô sncllc % 

umb und umbe, als eine welle 

sic trcip, dar sic nie entwelt, 

reht alscin mi'il, diu dâ melt, 

alsô diu âventiurc zelt (v. 962. Krône). 

Ce passage du Festin de Bricriu nous donne la même com- 
paraison. Nous n'allons pas conclure que le poème du cycle 
irlandais d'Ulster est la source du nôtre. Sans doute, la chro- 
nologie ne s'y opposerait pas: le manuscrit irlandais est de la 
fin du xi e ou du commencement du xn e siècle. Mais l'in- 
fluence proprement littéraire des œuvres en langue celtique 
semble difficile à admettre. Il s'agit ici d'une figure de style 
tellement en vogue qu'elle courait le monde avec les des- 
criptions du château merveilleux jusqu'à être fixée par écrit 
dans une langue étrangère. La persistance des traits stylis- 
tiques dans ce cycle épique n'est pas rare ; elle sera relevée 
plusieurs fois au cours de cette étude. 

On rencontre fréquemment ce château merveilleux dans la 
légende irlandaise. Il représentait dans cette mythologie le 
Royaume de la Mort, situé dans des terres difficilement acces- 
sibles dans lesquelles des héros (Cuchulinn, Arthur) sont 
allés souvent guerroyer 1 . La plaine agréable Mag-Mell \ le 
pays des félicités n'est qu'un autre aspect de cette terre des 
dieux et des morts. Un sujet pareil avait évidemment une 
vitalité assurée. Il a persisté dans les contes modernes sur 
l'autre monde, MM. Curtin et Brown en donnent quatre 
exemples 3 . Il y a en particulier des récits modernes sur 
Cuchulinn et ses voyages dans l'autre monde. 

Sous l'influence de la théorie du mythe solaire, on croyait 
qu'il fallait expliquer les mouvements du château par les 
croyances à la rotation du soleil 4 . D'autre part, l'idée du 



1. D'Arbois de Jubainville, Littérature Celtique, II, p. 351-354. 

2. Cuchulinn malade et alité, d'Arbois, Cours Y, p. 170. 

5. Curtin, Myths and Foïk-Lore of Ireland, pp. 304-326. Idem., Hero-Tales of 
Ireland, pp. 58-92. Brown, Yvaiu, p. 81, ss. X. 

4. Voyez par exemple J. L. Weston dans les Mélanges Wilmotte, p. 883. 

6 



S: LA ÎDAMOISELE A LA MULE 

château tournant.se rattache au symbolisme de la roue. 
M. Gaidoz dans son étude sur les dieux solaires ' en a 
démontré de curieuses survivances. Il ne parle pas spé- 
cialement du sujet qui nous intéresse, mais nous deman- 
dons la permission de nous référer à quelques passages 
de son travail qui touchent à notre sujet. Une prédiction 
relative aux événements qui doivent se passer vers la fin 
du monde imaginait une roue à rame (Roth Ramhach) ; 
« cette « roue à rame » doit être un navire contenant mille 
lits et chaque lit mille hommes. Ce navire va également 
sur terre et sur mer et il ne doit pas ferler ses voiles 
jusqu'à ce qu'il échoue 2 . » Une déformation laïque de ce 
mythe a suivi dans une légende qui racontait que cette 
roue « aurait été fabriquée en Italie par Simon le Mage pour 
un druide d'Irlande, son élève 3 . » 

On reconnaît dans ceci une représentation bien celtique 
de l'autre monde qu'on ne se figurait pas comme une terre 
de repos éternel, mais au contraire, comme un monde d'une 
activité perpétuelle. Les combats et les aventures héroïques 
y devaient continuer et donner toujours une gloire nouvelle 
aux héros celtiques 4 . 

Dans la littérature française de source bretonne, le sujet 
du château féé est très fréquent. Les voyages d'un héros 
dans un château sont pour Chrétien de Troyes l'occasion 
préférée d'intercaler des épisodes dans son récit. La liste où 
l'on entreprendrait de les relever serait longue, et difficilement 
complète. Chez ces conteurs, on distingue deux types de 
châteaux et deux sortes d'enchantements qu'ils subissent. 
C'est souvent un pays de félicité où l'on danse et mène une 
vie joyeuse. Tel le « Chastel des Caroles » du Méraugis (v. 



i. Le dieu gallois du soleil et le symbolisme de la roue, Revue archéologique, 1884 
et 1885. 

2. Revue archéologique, 1885, p. 179. 

3. Ibidem, p. 179. 

4. D'Arbois de Jubainville, Le cycle mythologique irlandais. 



suite de l'étude comparative 83 

3662 ss. et 4334 ss.) pour lequel on a prouvé des sources 
celtiques '. M. Lot l'a rapproché de « l'Ile des pleureurs 
noirs » et de « l'Ile des rieurs » de la « Navigation de Mael- 
Duin 2 ». La parenté avec la « joie de la cour » dans Erec de 
Chrétien de Troves n'est pas éloignée \ De l'autre côté, nous 
avons ces bourgs déserts à aspects tristes et inquiétants, les 
« gaste cite » et les « castel gaste » 4 de la légende graa- 
lienne. 

Les deux traits caractéristiques se trouvent réunis dans 
la conception de Païen de Maisiéres et dans celle de Henri 
de Tùrlin. Le château est désert. Gauvain après y être 
entré 

...de ce est auques dolanz, 
que il n'en a trové laienz 
feme, ne home, ne enfant. 

Mais quand il part en sauveur 

si a lors parmi les rues 

si granz conpaignies veûes 

de genz qui laienz qu are 1 oient, 

et si grant joie demenoient, 
que se Dieus l'eûst conmandé, 
n'eussent il pas plus joé. 

On trouve bien des descriptions des châteaux fées, voire 
tournants, en dehors du cycle breton. Charlemagne et ses 
compagnons dans leur voyage à Constantinople sont reçus 
d'une façon hospitalière dans le palais du roi Hugues. C'est 
aussi un pays de félicité : « Onques n'en out larron tant com 
la terre duret ». Le palais est de toute beauté et richesse, il 
est construit sur un pivot et tellement léger que le vent de 



1. Lot, Roman ia, XXIV, p. 325 ss. 

2. Cours de littérature celtique, V, p. 473 et 492. 

3. Philipot, Rotuania, XXV, p. 267, 279, 283, note 2. 

4. Percerai, v. 2963, voyez Birch-Hirschfeld, Die Sage vont Graal. 



$4 1 A DA.MOISELE A LA MULE 

la mer le fait « torneiier et frémir » (v. 385), en même 

temps une musique se fait entendre. Voici sa description : 

(v. 354 ss.j éd. Koschwitz). 
Se eralerne ist de nier, bise ne altre venz 
qui lièrent al palais dedevers occident, 
il le font torneiier et menut et sovent 
corne roe de char qui a terre descent. 
Cal corn sonent et boulent et tonent ensement, 
coin tabors o toneires o granz cloche qui peut. 
Li uns esguardet l'altre ensement en riant 
que ço vos fust viaire que tuit fussent vivant. 
350. Cent colombes i at tôt de marbre en estant ; 
chascune est a fin or neielee devant... 
de cuivre et de métal tresjetet dons enfanz. 

Avec le calme qui se rétablit, le spectacle qui met en 
effroi les nobles barons, cesse. M. Webster dans son article 
« Arthur and Charlemagne » l a rapproché ce palais des 
sujets bretons. Il pense que c'est un monde féerique que 
l'on plaçait vers Constantinople et ceci concorde selon 
M. W. avec la légende celtique qui supposait l'autre monde 
ordinairement en Grèce 2 . Et ce cas, d'ailleurs insuffisam- 
ment prouvé, permet à M. Webster de conclure que « les 
mêmes histoires ont été racontées sur Charlemagne en 
France, sur Airem en Irlande et sur Arthur en Bretagne » 3 . 
Il conclut en exprimant l'idée que de ce fait l'influence cel- 
tique sur la formation des sujets fabuleux est beaucoup plus 
considérable que l'on ne l'admet maintenant et qu'elle a eu 
une importance toute primordiale. 

Cette idée serait parfaitement juste, s'il y avait entre les 
récits de la chanson de geste et ceux des romans bretons des 
ressemblances importantes. La seule présence d'un château 
féerique dans les deux récits ne saurait suffire. Le château 



1. Englische Studien, 1906, p. 337 à 369. 

2. Op. cit., p. 356. 

3. Op. cit., p. 367. 






suite de l'étude comparative 85 

de Hugues tourne sous le souffle du vent, donc surtout 
pendant l'orage, et il tourne tout entier. Dans la légende 
celtique il s'agit de bâtiments dont la défense est un rem- 
part tournant perpétuellement en action. Les détails de 
la description du château de Constantinople ne s'appa- 
rentent nullement à ceux des châteaux typiques dans la 
légende celtique et dans la littérature bretonne française. 
Où parle-t-on dans ces descriptions des instruments qui, 
semblables à des harpes éoliennes, résonnent par la force 
du vent ? 

Le ton joyeux, plaisant et coloré du récit, complètement 
différent de celui des conceptions bardiques, et plus d'un trait 
de détail trahissent la différence essentielle entre les types 
de la légende que nous étudions et cette fable de fantaisie 
orientale. C'est un autre esprit qui a produit ces deux récits 
et on ne peut pas prétendre trouver la source d'inspiration 
pour le passage de l'épopée Carolingienne dans les romans 
bretons. Elle est plutôt orientale; G. Paris a cité une fable 
analogue, celle de Haroum Alraschid ', qui contient le 
même sujet du roi blessé dans son orgueil et se mettant en 
quête de son rival. Ce sujet existe aussi dans la légende 
arthurienne. Arthur combat les amants de sa femme qui lui 
sont préférés par Guenièvre à cause de leur vaillance, mais 
le dernier des deux sujets qui comporte la légende du Voyage 
de Charlemagne ne contient aucun trait spécial pouvant dé- 
celer une origine ethnique, et il peut aussi bien être né sous le 
ciel brumeux de la Bretagne que sur les sables échauffes de 
l'Orient. Quant au sujet principal qui nous occupe, il est 
clair que « c'est bien ainsi que l'imagination des Occidentaux, 
excitée par les récits des pèlerins qui avaient traversé Cons- 
tantinople en allant en terre sainte, se représentait la ville 
des merveilles» 2 . 

On trouve d'ailleurs plus d'une fois, en dehors de la 



1. Romania, IX, p. 8. 

2. G. Paris, Romania, IX, p. 11. 



86 LA DAMOISELE A LA MULE 

matière bretonne, des exemples d'édifices magiques, cons- 
truits par « nigromance ». Dans le tombeau de Blancheflor 

par exemple apparaissent à travers le cristal les images de 
Floire et son amie. Le vent est aussi dans ce cas la force 
motrice du mécanisme. 

Quant li vens les enfans toucoit 

l'uns baisoit l'autre et acoloit. 

Si disoient par nigremance 

trestout lor bon et lor enfance. 

Ce dist Flores a Blanceflor 

« baisiés moi, bêle, par amor- » 

Blanceflor respont en baisant 

« Je vous aime plus que riens vivant '. » 

La différence d'imagination étant établie, nous sommes 
donc dispensés d'examiner l'hypothèse qui attribuerait une 
origine orientale à notre sujet. 

On remarquera cependant que nous ne sommes pas dans 
la Demoiselle à la Mule en présence d'une légende qui ait 
conservé intact son caractère celtique. Nous ne sommes 



i. Scion M. Huet, la source du récit du tombeau fictif est arabe (Mille et une 
nuits) ci. Romania, 1899, p. 353 et Romania, 1906, p. 95, selon M. Pizzi (Memorie 
délia R. Academia délie science de Torino, s. II, t. XLII (1892), Science morali, etc., 
p. 265-6, cap. 17) elle est persane. M. Reinhold (Floire et Blancheflor, Paris, 
1906, p. 162-163) s'est efforcé d'en indiquer la source dans le roman d'Apollonius 
de Tvr. L'histoire était en effet connue au xm e s. (voy. Klebs, Die Er^ahlungen 
von Apollonius ans Tvr, Berlin, 1899, p. 414 ss.). 

M. Huet a déjà remarqué la différence des récits : il ne s'agit pas ici d'une 
ruse emplovée par les parents pour tromper leur fils amoureux ; j'insisterai 
plutôt sur la différence de l'image : Tharsia, fille d'Apollonius, est vendue par sa 
tutrice, qui fait édifier un tombeau fictif et annonce au père rentré que sa fille est 
morte. Le texte instruit suffisamment quelle est la nature de ce tombeau qui 
n'était aucunement un artifice : « Tum pergunt cives ubi figuratum fuit sepul- 
crum a Dvonisiade et pro meritis ac beneficiis Apollonii patris Tharsiae fabri- 
cantes rogum ex aère col lato inscripserunt taliter... D. M. CIVES THARSI 
THARSLE VIRGIN] REGIS FILLE OB BENEFICIUM EIVS PIETATIS 
CAVSA EX AERE CONLATO FECERVNT. (Apollonius de Tyr, publ. Riese, 
2 e éd., p. 63 ss., 75 ss.). L'hypothèse de M. Reinhold n'est donc pas assez 
fondée. 



suite de l'étude comparative 8.7 

aucunement autorisés à supposer qu'il s'agisse ici d'une île 
de félicité ou d'un pays de la mort et que par la porte qui 
coupe la moitié de la queue à son destrier, le héros entre 
dans le Hadès celtique. Le récit de Païen représente une 
étape très postérieure dans l'évolution de la légende : elle 
est adaptée à l'usage des lecteurs français, qui n'ont plus la 
noble foi des premiers auditeurs auxquels les druides révé- 
laient les destinées futures de l'humanité. Il faut com- 
prendre l'« aventure » de Gauvain, comme tant d'autres 
vovages dans un pays merveilleux dont abonde la littérature 
contemporaine, voyages où le héros triomphe de tous les 
enchantements. Les lecteurs ne leur accordaient guère plus 
de foi qu'à ce récit dans lequel Gauvain cherche des fleurs 
d'éternelle jeunesse pour la demoiselle Mancipicelle. On 
apprend avec plaisir qu'il est allé dans un pré duquel nul 
n'est revenu vivant ; qu'en se blessant au pied il domine 
la somnolence qui s'empare de lui sous l'influence perni- 
cieuse des plantes venimeuses et qu'il rapporte deux cou- 
ronnes de fleurs avec lesquelles il fera le bonheur d'une 
vieille dame '. 

De même, on aime à écouter les récits qui content com- 
ment le héros breton est allé au pays de la déesse Frau 
Saelde, une Fortuna germanique \ Mais nulle part on n'y 
attache la foi religieuse sans laquelle il ne saurait y avoir de 
mythe. Nous avons beaucoup de récits analogues qui pré- 
sentent des exemples curieux de composition littéraire ayant 
pour base des mythes déformés. Ainsi la conception d'un 
château bâti par l'enchanteur Clincbor dans le Parzival de 
Wolfram d'Eschenbach et qui y est combinée avec le motif 
du lit périlleux 3 (XI 566) : le même sujet se trouve chez 
Henri de Tùrlin dans le château de Salie bâti par le magi- 
cien de la Krône Gansguoter pour Iger, la mère d'Artus 4 . 



1. Krône, v. 21094 ss. 

2. Ibid., 14927 à 15218. 

3. Voyez pour ce thème Armstrong, Li Chevalier a ï'Espe'e. 

4. Krône, vers 20267 à 21094. 



^ LA DAMOISELE A LA MULE 

Henri nous parle encore d'un pays d'enchantements, celui 
de Gabari ; Gauvain y est vainqueur par la vertu des 
objets fées qui lui ont été donnés par Gansguoter. Pour 
arriver à ce château il faut traverser une eau qui grossit et 
devient rapide quand un étranger approche. La ballade 
anglaise The Turk and Gowin parle d'un château habité par 
une cohue de géants. 

On voit combien tous ces récits sont éloignés du type 
primitif. Il ne serait pas aisé d'établir une classification 
rigoureuse, et ce n'est pas dans cette intention que nous 
axons mentionné les variantes. Nous avons voulu montrer 
que la Demoiselle à la Mule représente un état bien altéré : 
intermédiaire entre le récit devenu complètement littéraire 
et le mythe lui-même. Néanmoins, ce sont surtout les 
détails (château désert et tournant, passage par une eau) 
qui lui donnent le caractère archaïque. L'esprit en est com- 
plètement moderne. Entre Païen de Maisières et 
un Charles Perrault, il y a un abîme quant à la 
perfection de l'art, mais les deux oeuvres sont inspirées 
par le même goût et par la même intention littéraire. La 
curiosité du féerique et d'un monde imaginaire a fait naître 
les contes de fées et La mule sans frein ne se distingue de 
ce genre littéraire que par quelques éléments accessoires et 
assez superficiels de nature épique. 

Les reconstructions qu'on a tentées (surtout du côté de 
M. Brown '), pour préciser dans les romans arthuriens 
(Yvain par exemple) la part des survivances des mythes de 
l'autre monde sont très intéressantes au point de vue 
mythologique. Mais elles déterminent plutôt ce qui ne 
subsiste plus dans la conception des auteurs français des 
XII e et xm c siècles. Sans doute, le décor extérieur, le paysage 
est le même : toujours ce passage difficile à forcer, soit à 
cause de l'eau qui pour Païen court comme un « fleuve de 



i. Yvain, a study in the Origin of Arthurian Romance; The knight of the 
Lion. 



suite de letude comparative 89 

diable», ou du pont trop étroit, ou des combats nombreux 
qu'il faut livrer exactement comme dans les récits celti- 
ques. Mais ce sont seulement les détails extérieurs qui sont 
identiques. Les poètes français comme leur public n'enten- 
daient probablement rien aux mythes solaires ou aux 
voyages dans un autre monde heureux. Ils recueillaient les 
échos affaiblis de ces croyances païennes qui n'étaient plus 
que des récits fantastiques ; ils les recueillaient avec plaisir 
parce que c'était là une inépuisable matière qui se prêtait à 
tous les rajeunissements et à tous les remaniements. Les 
conteurs bretons dans leurs lais racontaient des légendes 
féeriques. Les uns tâchaient de les rendre plus intelligibles 
aux lecteurs ; tel Chrétien, imaginant une porte tombante 
qui coupe en deux le destrier d'Yvain, tel Wolfram ou 
Heinrich faisant intervenir l'élément « magique », qui bien 
entendu possédait une valeur explicative pour ces auteurs ; 
d'autres relataient les faits sans les bien comprendre, tel 
notre humble conteur. 

Mais il n'y a point de trace de l'esprit rêveur qui caracté- 
risait la poésie celtique, aucun élément religieux non plus. 
Ce sont des récits plaisants et s'il y a une idée au fond des 
romans de chevalerie, elle est toute moderne comme la 
société précieuse des xn e et xm e siècles la pouvait créer; c'est 
celle des services galants. Cuchulinn en héros bienfaisant 
cherche le pays de l'éternelle jeunesse, mais Gauvain 
emploie ses forces à protéger une demoiselle contre un 
ennemi réel ou fictif ou bien s'il se met en quête de fleurs 
qui assurent la jeunesse aux vieilles dames, il le fait pour 
plaire à une demoiselle. En dehors de cela, ce ne sont que 
des aventures chevaleresques dont le seul objet est d'exercer 
ses forces. Cette partie de l'élément merveilleux qui se 
trouve dans les romans arthuriens est toujours un emprunt 
fait à l'étranger mal compris et mal assimilé. 



LA DÉFENSE DU CHATEAU ET LE DÉCOR 

GROTESQUE 

i° Pont sur un « flun au deable ». 



Nous avons dit que le château était très bien défendu par 
sa position, il était entouré d'une 

eve noire 
qui estoit plus bruianz que Loire (v. 391-2). 

Dans la Krônc c'est une rivière remplie de pierres ce qui cou- 
lent », par conséquent impossible à traverser à la nage, ce 
qui peut se faire facilement dans la Demoiselle à la Mule. 

On traverse souvent des rivières sans pont dans les 
romans arthuriens. Rappelons seulement quelques exem- 
ples : Gauvain pour gagner le pays de Baudemagus traverse 
à la nage le fleuve (Charetie) ; dans Perceval, on parle aussi 
d'un « gué amourous » (vers 2426 ss.), dans Guinglain, 
nous avons un gué gardé par Blioblieris. Dans le Lancelot 
néerlandais l Keu ne peut pas traverser un cours d'eau tandis 
que le chien qui l'accompagne passe à la nage. 

Les habitants du château disposent pourtant d'un autre 
moyen pour traverser la rivière. Il y a un pont très étroit 
« d'un dor lé » que les étrangers peuvent traverser, s'ils ont 
du courage et une monture merveilleuse. Mais pour ceux 
qui ne possèdent pas le secret, c'est un passage par trop 



1. Jonckbloet, Geschiedenis, t. I, p. 332. Hist. littèr., t. XXX, p. 84. 



MITE DE L ETUDE COMPARATIVE 91 

périlleux ; aussi Keu recule devant lui. Dans la Krôtie, 
c'est un pont tranchant '. 

Notre trouvère, ici comme ailleurs, puise au trésor des fic- 
tions connues. Déjà Chrétien de Troyes parlait d'un pont 
assez semblable que Perceval devait passer quand il voulait 
entrer après son adoubement dans un château entouré d'eau 

Mais un pont passer li covint 

si foible, ains c'a la porte viegne, 

c'a paine quic qu'il k sostiegne. 

Li chevaliers sor le pont monte, 

si le passe ke mal ne honte 

ne encombriers ne li avint (Parceval, 2904). 

Dans la partie du Perceval qui est de Gaucher de Dour- 
dans, on trouve aussi un pont extraordinaire difficile à fran- 
chir puisqu'il est mince et monte vers le milieu : 

Y. 28827. De fust estoit fais et bastis, 
par tel manière ert establis 
que, puis c'on montoit sor le pont, 
en aloit on toustans amont 
jusqu'en miliu, adont faloit, 
que nule rien avant n'avoit ; 
pour çou n'i pooit on passer. 
Une estache de kuevre cler 
qui moult estoit de grant vallance 
le soustenoit a la fallance ; 
Ions estoit bien d'une traitie. 
Et l'euwe ki desous burie 
ert moult lee, grande et parfonde 
et li plus rade de cest monde. 

Xous trouvons une chose analogue en Irlande dans le 
récit de la vision chrétienne à'Adamnân qui dut être com- 



« Ein Stec smaler derme ein Hant, 

« der was gar stahelîn, 

m das was an den Ecken schîn ; 

« die Sniten beidenthalben sin. » (Y. 12848). 



2 LA DAMOISELE A LA MULE 

posé entre les ix c et \r siècles. Pour entrer dans l'en fer infé- 
rieur, il faut franchir un pont qui « est élevé en son milieu, 
tandis que ses deux extrémités sont plus basses». Pour les 
uns le pont est large d'un bout à l'autre, pour d'autres il 
est étroit au commencement, large à la fin; pour d'autres 
encore, large à l'entrée, il devient tellement étroit que les 
âmes tombent « dans la gueule des huit bêtes ardentes qui 
font séjour dans la vallée » '. 

On se rappelle que Lancelot en allant chercher Gue- 
niévre dans le pays mystérieux, épisode qui a fait couler 
déjà tant d'encre, doit choisir entre un « ponz evages » 
(Charette v. 656) et un « ponz de l'espee » (668 ibid). Voici 
comment Fauteur plus tardif du roman en prose compre- 
nait la structure de ce pont : 

« Baudemagus... avait fait dépecer les ponts et les avait 
remplacés par deux autres plus merveilleux, dont la garde 
était confiée à deux chevaliers de prouesse éprouvée. L'un de 
ces nouveaux ponts était de bois et n'avait qu'un pied et 
demi de large. Il était construit entre deux réseaux de cordes, 
à demi profondeur de la rivière. On comprend la difficulté 
de passer à cheval sur un pont mouvant. L'autre, plus dan- 
gereux encore, était fait d'une longue planche d'acier effilée 
comme une épée. Le côté opposé au tranchant n'avait qu'un 
pied de largeur ; il était fixé sur chacune des rives, et recou- 
vert de façon à ce que la pluie ou la neige ne pût l'endom- 
mager 2 .» 

Dans le Wàlewein néerlandais, Gaston Paris 3 a vu une 

* • 

déformation chrétienne du même sujet. Il y a là une eau 

bouillante qu'on ne peut passer que sur un pont tranchant 

et aigu ; tout à fait analogue est le récit dans un autre poème 

néerlandais Gaavain et T échiquier. Nous trouvons dans 



1. Revue celtique, t. XXX, p. 91. 

2. Lancelot du Lac, LXIV, analyse de P. Paris. Romans de la Table Ronde, t. IV, 

p. 140. 

3. Iitudes sur les romans de la Table Ronde. Lancelot du Lac, Romania, XII, 

p. 510. 



SUITE DE L ETUDE COMPARATIVE 93 

Perceval le passage d'une rivière à l'aide d'une mule, qui 
représente pour nous un intérêt particulier. Quand Perceval, 
après son séjour chez l'ermite, se met en quête du « Graal », 
il lui faut passer une rivière. Une demoiselle survient sur 
une mule, 

estrangement fu viste et bêle, 

dit le poète (v. 22334). Elle le conduit jusqu'à une 
barque dans laquelle elle saute avec la mule « qui iert 
costumière », mais le destrier de Perceval se refuse à sauter 
dedans. Les marins qui l'ont aperçu l'avertissent en criant du 
caractère démoniaque de la demoiselle : 

Dans chevalier 
par foi, ele vos voet noier. 
Mors estes se laiens entrés. 
Ne vous seroit hui racontés 
li mestiers dont ele servoit, 
ne li grans maus c'as gens fesoit : 
les gens ravissoit se dit l'en 
a la court le roi Blandisen (Brandigan). 

Nous ne tirons d'ailleurs aucune conclusion de ce simple 
rapprochement. 

Si on cherche des analogies dans le folklore européen, 
on les trouve de nouveau parmi les récits irlandais de l'autre 
monde. Kôhler définit le caractère de ce pont dans le folk- 
lore ; il faut le traverser si on se rend dans le paradis ou dans 
le pays de félicité en général \ 

G. Paris 2 et après lui M. Brown 5 et Ehrismann 4 ont 
remarqué que ceci peut être une survivance d'un mythe 
celtique. En effet le passage périlleux est un des épisodes 
essentiels que la légende celtique mentionne toujours, quand 



1. Kleinere Scbrifteitj t. II, p. 411. 

2. Romania, t. XII, p. 510. 

3. Yvain, p. 75. 

4. Mârchen im hôfischen Epos, p. 20. 



94 I A DAMOISELE A LA MULE 

elle conte un voyage dans un autre monde \ Fréquemment 
dans les récits bretons, gallois, ou irlandais, il faut passer 
un cours d'eau dans une barque ou bien par un pont dan- 
gereux, idée qui fait d'ailleurs partie du patrimoine commun 
aux peuples indo-européens, où les Celtes l'ont prise. La 
légende de Charon en est le témoignage chez les Grecs. Il 
serait inutile d'insister sur les sources des analogies chez 
Dante et d'entrer dans une étude plus détaillée de ce vaste 
sujet. Il nous suffit seulement pour notre commentaire 
d'avoir indiqué quelques faits sur lesquels on trouvera 
facilement des renseignements dans des ouvrages de mytho- 
logie 2 . 



2° Palissade ornée de têtes humaines. 

Au vers 850, l'auteur nous dit que la palissade qui entou- 
rait le château était ornée de 400 têtes coupées. Evidem- 
ment, il ne faut pas prendre à la lettre le nombre 400 qui 
signifie simplement « beaucoup ». 

Ce détail macabre qui rappelle les récits des pays de can- 
nibales, paraît avoir particulièrement plu à Païen et aux lec- 
teurs de son temps puisqu'il en fait mention trois fois dans 
le récit. Il y a dans notre château féé un chevalier qui est 
spécialement chargé d'entretenir cette décoration singulière : 
il coupe la tête à chaque preux hardi qui se présente pour 
combattre avec lui. Gauvain a pitié de ce cruel bourreau et, 
l'avant vaincu, lui laisse la tête sur les épaules. Cela atteste 
chez notre auteur et dans son milieu un goût plus délicat 
que ne l'était celui de Henri de Tùrlin qui a raconté avec 
une exactitude scrupuleuse l'exécution. 

384. Den Hclm cr im abe bant, 

den Coipfcn und das Isengwant 



1. D'Arbois de Jubainville, Epopée celtique. Rhys, Arthurian Legcnd. 

2. Voyez surtout Nutt, Voyage of Bran. 



SUITE DE L ETUDE COMPARATIVE 95 

und sluoc im ab daz houbct. 
Al s er in des beroubet, 
er gap ez dem Zolnaere, 
dâ stuont ein Zinne laere, 
da stacte ez Gansguoter an. 

On retrouve une description pareille dans le Chevalier aux 
deux épées où Gauvain est loin d'être aussi généreux que 
chez Païen, peut-être aussi son adversaire mérite-il moins le 
pardon. Dans ce passage surtout apparaît cette manière bar- 
bare d'annoncer ses victoires. Voici le pourparler de Gauvain 
avec Gernemant après qu'il l'eût vaincu : 

4722. Par foi, et je vous couperai 
la tieste, et le métrai ou pel. 

Gerneman lui répond : 

... puis ke je sui 
vaincus, il ne m'en caut 
en avant conment de moi aut, 
faites en trestout vo talent. 

Gauvain s'empresse de le faire : 

... prent 

tantost la tieste, ke mise a 
ou pel, ke cil li devisa, 
ki devoit parfaire le conte 
de XLY ; et puis monte. 
S'a le cor a son col pendu, 
ne n'a plus iluec atendu, 
ains s'est au chastel adreciés 
arrière, moût joiaus et liés. 

Dans Eree on trouve une description analogue : 

5780 Erec. ... devant aus sor peus aguz 

avoit hiaumes luisanz et clers, 
et s'avoit dessoz les cerclers 
teste d'orne dessuz chascun. 



06 ! \ DAMOISELE A LA MULE 

On retrouve ce trait aussi dans Guinglain dans la descrip- 
tion du château de l'île d'or. 

* 

Couper les têtes après le combat était une habitude rela- 
tée volontiers par les conteurs irlandais. Cuchulinn le fait 
dans le Festin deBricriu l ; comme gardien du château magique 
il prend part à de nombreux combats. Il s'élance sur les enne- 
mis et les tue, « tous les neuf restent sur le carreau. Il apporte 
l'une après l'autre les têtes à son poste et s'asseoit auprès du 
tas. Neuf autres guerriers poussent le cri de guerre contre 
lui; il est une seconde fois vainqueur, et la lutte recom- 
mence une troisième fois avec le même résultat, en sorte 
qu'il fait un monceau de têtes et d'armes. » Plus tard, il 
coupe encore la tête à un monstre et « la met sur le tas avec 
les trois fois neuf autres têtes. » 

Un autre exemple se rencontre dans l'Exil des fils de Dvel 
Y oublie \ Les têtes ou les corps entiers empalés sur des 
pieux, les crânes suspendus à la ceinture des vainqueurs, 
sont autant de sujets très répandus dans les contes popu- 
laires. On nous dispensera d'une énumération de versions 
peu attrayantes. 



3° Le portier du château. 

Gauvain est reçu à l'entrée du château par un personnage 
peu sympathique d'aspect. C'est « un vilain trestot herupé » 
d'une taille énorme qui a l'air d'un fou (vers 507-8) : 

Bien deïst qui l'cùst veû, 
qu'il eûst son oirre perdu. 

Dans le Festin de Bricriu, la description d'un géant à la 
hache présente beaucoup d'analogies avec celle de la Demoi- 



1. D'Arbois de Jubainville, L'épopée celtique en Irlande, t. I, p. 81 ss. 

2. Ibidem, p. 149 et ss, 



SUITE DE L ETUDE COMPARATIVE ^)J 

selle à là Mule. Païen à la manière des auteurs du moyen âge 
le charge d epithètes peu flatteuses. Il dit de lui qu'il est 
« fel » et ce qui devait certainement être pour lui une indi- 
cation péjorative, qu'il est d'un teint brun ; dans ceci il suit 
l'exemple des jongleurs de l'époque qui exhalaient toute la 
haine qu'ils avaient pour le rude paysan. On se plaisait sur- 
tout à décrire sa laideur répugnante : il est d'ordinaire 
« grans et mervelles et lais et hideus I . » 

Cependant le portier du château féé n'est point de ces 
vilains pauvres attachés à la terre qu'on considérait comme 
des animaux serviles 2 . Chrétien de Troyes et ses confrères 
n'ont point assez de mépris et de railleries pour ces rustres 
misérables 3 . Ils emploient l'expression « vilain » par oppo- 
sition aux « cortois » pour désigner des gens sans distinc- 
tion, en particulier ceux qui ne se plient pas au « covent » 
d'amour 4 . Le mot vilain sert ici pour qualifier l'aspect hideux 
de ce géant, car c'est un géant : « plus granz que Saint Mar- 
cel » 5 , comme il convient à un portier. 

On est frappé surtout par le caractère équivoque et 
ambigu du « vilain » qui « moût vialt aïsier » Gauvain, qui 
est « loiaus » (vers 631) et qui va lui proposer un jeu parti 
si dangereux. On ne peut expliquer cette sympathie qu'il a 
pour Gauvain autrement qu'en admettant que Gauvain 
se soit nommé en arrivant. Mais ce qui reste étonnant, ce 
sont les sentiments que Gauvain de son côté manifeste pour 



1. Aucassin et Nicoleile, éd. Suchier, p. 28. 

2. Voyez Alcius Ledteu, Les vilains dans les œuvres des trouvères, Paris, 189O, 
p. 25 à 55. ■ 

3. HucnerhofT, Die komiseben « vilain » - Figuren der altfr^ Chansons de geste. 
Marburg, 1894. 

4. Ce qu'indique la préface â'Yvain, vers 33 surtout. 

5. L'hagiographie 11'euregistre pas à ma connaissance de saint Marcel qui se 
distinguerait par une taille gigantesque. Est-ce une confusion avec saint Chris- 
tophe, ou bien l'auteur pensait-il à une statue ; celle de Xotre-Dame de Paris 
(portail gauche) qui représente saint Marcel, évèque de Paris (350-405), vainqueur 
du dragon, n'est pas d'une grandeur extraordinaire, 



oS LA damoiseLe A la Mule 

lui : à l'issue des combats, il prend son bras cordialement. 
La fonction de ce portier du fameux château tournant est 
d'abord d'inviter les chevaliers à renoncer aux desseins aven- 
tureux qui les ont amenés, puis de leur opposer des 
obstacles. Nous parlerons encore du « jeu » surprenant qu'il 
prépare lui-même aux chevaliers. Mais un trait met surtout 
en relief le caractère du portier. C'est par lui que la châte- 
laine fait arrêter au vers iooo le bâtiment roulant qui en 
effet lui obéit comme un être vivant : 

... conmande au chastel 
qu'il fist toz coiz, et il s'esta. 

Il me semble résulter de ceci que c'est un enchanteur qui 
met sa « nigromance » à la disposition de la dame, nous 
disons « dame » puisque rien n'autorise à supposer que 
Païen considérait la châtelaine comme autre chose qu'une 
simple mortelle. Mais le géant serviteur d'une fée est une 
figure connue dans notre domaine ; rappelons seulement 
Mahon de la Joie de la cour \ Henri de Tùrlin nous a mieux 
expliqué son caractère. Je rappelle la métamorphose qu'opère 
Gansguoter, c'est le nom du portier dans la « Krône », à 
l'arrivée de Gauvain. Quant à sa généalogie, il est apparenté 
à Artus et oncle des deux châtelaines. 11 est considéré par 
Henri comme « Pfaffe wolgelêrt » puisqu'il sait changer de 
forme, « pfaffe » ne signifie autre chose que magicien. Je ne 
crois pas courir le risque d'être qualifié de celtomane, si je 
cite le fait que les magiciens existaient surtout dans la tradi- 
tion celtique où l'on attribuait aux druides un pouvoir 
magique 2 . 

Henri nous apprend aussi que le portier est l'architecte de 
ce bâtiment merveilleux. C'est lui qui a imaginé le méca- 



i. Philipot, Rotnania, XXV, p. 274 et ss. 

2. D'Arbois de Jubainville, Introduction à l'étude de la littérature celtique. Paris, 
1883, P- ! 35 ss - 



suite de letude comparative 99 

nisme, c'est lui qui a bâti le mur de verre. Sa fonction 
d'architecte explique son pouvoir sur le mouvement du 
rempart qu'il fait arrêter à la sortie de Gauvain. Il s'ac- 
corde aussi parfaitement avec les traditions celtiques, qui 
nous parlent des druides ingénieurs ' et leur attribuent 
toute sorte de pouvoirs magiques, entre autres celui de 
prendre les formes qui leur plaisaient (le Terrible dans le 
« Festin de Bricriu »). Néanmoins la croyance en des pra- 
tiques magiques étant universellement répandue, on ne sau- 
rait admettre que Henri ait puisé directement ce détail à une 
source celtique. 

4 Le nain. 

Le nain que Gauvain rencontre dans le château et qui l'in- 
troduit auprès de la dame, est aussi un accessoire coutumier 
du décor grotesque des romans arthuriens \ Il paraît même 
que les nains étaient un ornement de la cour comme les 
sots, farceurs, etc. C'est ce qui semble résulter d'un passage de 
la chronique de Jean d'Oxenèdes (1249) cité par M. Schultz 5 : 
ce Tempore sub eodem quidam homuncio aetatis habens 
xviij, staturae fuit tripedalis, nomine Johanni, quem 
quasi prodigium regina secum duxit. » Il paraît aussi que les 
dames tenaient des nains à leur service, à peu près comme de 
nos jours on a des grooms. Le nain de la mule n'est ni sor- 
cier ni méchant. Il est tout au plus insolent. 



5 Le jeu parti du coup de la hache. 

Parmi les obstacles qu'il faut vaincre avant d'entrer en 
possession du frein, il en est un qui paraîtra au lecteur un 



î. D'Arbois de Jubainville, ibid., 163. 

2. Wohlgemuth. Kiesen und Zwerge i. d. Altfran^ôsischen er\ahlenden Dichtung. 

3. Schultz, Dashôfische Leben, t. I, p. 307. Cf. aussi Langlois, La Société fran- 
çaise au xm e siècle , p. 109. 



100 LÀ damoiskll a la mule 

peu plus bizarre que les autres. Le géant qui a reçu Gauvain 
à l'entrée du château change assez brusquement d'attitude 
et se montre très hospitalier. Peut-être a-t-il appris le nom 
de Gauvain, le preuxdes preux (ce que l'auteur a « trespassé »), 
aussi c'est pourquoi il « moût lo vialt bien aïsier, cou a tel 
chevalier covient a (vers 556). Et il vient avec une bonho- 
mie aimable proposer à Gauvain un jeu, mais un jeu à faire 
frémir. Il lui donne à choisir : 

574, Anuit ... la teste m'oste 

a ceste jusarme trenchant ; 
si la m'oste par tel couvant, 
que la toe te trencherai 
lou matin, quant je revêtirai.. . 

Le passage est évidemment mutilé. Gaston Paris Ta déjà 
remarqué \ Il n'est pas difficile de combler la lacune 
dans le développement des idées, puisqu'il s'agit d'un jeu 
parti et d'un choix, il fallait que le géant eût aussi proposé à 
Gauvain l'inverse : « ou bien veux-tu que je te coupe mainte- 
nant la tête et tu pourras te venger à ton tour demain ? » Il 
paraît que l'auteur lui-même ne comprenait pas bien ce 
« jeu » étrange et c'est pour cela qu'il a omis l'exposé de la 
proposition inverse. Païen trouvait le récit plus obscur 
encore que nous ne le trouvons nous-mêmes. Comment 
donc Gauvain pourra-t-il couper la tête au géant une fois 
décapité. Possède-t-il une force merveilleuse ? Déjà la pre- 
mière partie de la proposition, ensuite l'issue de l'épisode, le 
géant ramassant sa tête coupée par Gauvain et se présentant 
le lendemain sain et sauf suffisent à nous convaincre qu'il 
y a là réellement une force surnaturelle, une « nigromance » : 
le vilain est doué d'un pouvoir magique. 

Voyons quel est le caractère du récit dans d'autres ver- 
sions assez nombreuses et quel éclaircissement on peut tirer 
des rapprochements. 



1. G. Paris, Hist. lit ter., t. XXX, p, 75. 




SUITE DE L ETUDE COMPARATIVE 10 1 

G. Paris qui a soumis cet épisode à une étude sommaire 
à propos d'un poème conservé seulement dans une version 
anglaise « Gauvain cl h vert chevalier » ', en a indiqué quatre 
versions françaises, une anglaise et une irlandaise ; il ny a 
pas en ceci de divergence bien accentuée entre la version 
allemande de la Krône et la Mule, Il ne sera pas inutile 
d'examiner encore une fois de près la question. 

Ce même récit nous est conté d'abord par le continuateur 
anonyme du Percerai (vers 12629 et ss.) 

Artus selon une habitude dont on parle souvent, ne veut 
pas dîner à la Pentecôte sans qu'une aventure ne se soit 
présentée. 

12629. Ne place Dieu que ja m'aviengne 
que a tel fieste ja court tiegne, 
tant que j'aie corone portée, 
k'aigue soit prise ne donee 2 , 
devant ce k'estrange novele 
u autre aventure moult bêle 
i soit voiant tous avenue. 
La costume ai ensi tenue 
tote ma vie jusques chi. 

Aussitôt, comme par enchantement, cette aventure arrive, 
qui doit le mettre en appétit. Un chevalier de taille énorme, 
bien vêtu, demande un « don » singulier : 

Le don est colee reçoivre 
por un autre colee prendre. 

Caradeul accepte l'engagement. Il lui assène un coup for- 
midable après lequel le géant ramasse sa tête et s'éloigne. 
Mais après un an, il revient pour rappeler la promesse à 



1. Histoire littéraire Je la France, tome XXX, p. 71 et ss. Voyez aussi Rornania, 
tome XII, p. 377. 

2. L'eau à laver les mains. 



102 LA DAMOISELE A LA MULE 

Caradeul qui est présent. Le roi demande grâce pour Cara- 
deul et offre vainement à l'inconnu une rançon. Le chevalier 
ne veut pas de ces richesses. Alors le grand Artus se pâme 
(vers 12807) ; ' a reine pleure aussi sur le bon chevalier et 
offre à l'étranger une autre rançon non moins tentante : une 
amie qu'il pourra choisir, dame ou pucelle, ou même si 
cela ne lui suffit pas « trestoutes [dames de la cour] s'il le 
plaist » (vers 128 19). Il repousse brutalement ces offres 
et lève l'épée sur le cou de Caradeul. Plusieurs assistants 
à leur tour « en sont keù en pasmison ». Caradeul se 
montre vaillant, mais ce n'était qu'une menace, l'étranger 
est le père de Caradeul, et il ne peut pas exécuter son 
propre fils. 

Ce géant est évidemment un être doué d'un pouvoir 
magique, un « enchanteor» l . Ceci résulte aussi du récit de 
la susbtitution de la femme au roi (vers 12855 ss -) 

Dans ce récit, nous avons affaire à une ruse imaginée par 
un homme doué d'un pouvoir extraordinaire qui se moque 
des invincibles chevaliers de la Table Ronde. 

La disposition du jeu est semblable dans le Chevalier vert 2 . 
Aussi a-t-on dit que cet épisode est emprunté du Percevalde 
Gaucher de Dourdan. Un chevalier étranger vêtu de vert 
invite les chevaliers de la Table Ronde à lui couper la tête 
d'un coup d'épée. Après un an il rendra la pareille à qui vou- 
dra subir la même épreuve. Gauvain a cette audace. Après 
un an, Gauvain se présente au château d"e la dame du Che- 
valier vert. Il subit l'épreuve, mais sa tête ne tombe pas : 
c'est la récompense de sa vertu, car il n'a pas succombé aux 
tentations de la dame. Il s'en va seulement avec une légère 
blessure, humilié et irrité. On est ici, évidemment, en 
présence d'un récit moral; la légende arthurienne en 
abonde \ 



1. C'est ainsi qu'il est appelé dans la version en prose. 

2. Sir Gawayn and the Green Knight, éd. Rich. Morris. Laisse VIII. 

3. Les épreuves du lit, du gant, du manteau, e. a, 



sU. TE DE L ETUDE COMPARATIVE IO3 

Plus obscure est la version du Perctval en prose*. Même 

aventure arrive à Lancelot dans la « gaste cité » d'un aspect 
très « romantique » : « Cité toute vuide de genz et... les 
granz paies decheûz et gastez et... granz iglises toutes 
degastées... » Un chevalier richement vêtu lui fait la pro- 
position dans ces termes : 

« Sire, il convient que vos me copez la teste de ceste 
hache ; car de ceste arme est ma mort jugiee, ou je vos an 
trancherai la vostre ». 

On croirait à un suicide prémédité qui réussit puisque le 
chevalier en meurt après s'être confessé. Il est mystérieux 
également que la tête et le corps du chevalier qui semble 
tué disparaissent. Sans doute il est mort, puisque des 
chevaliers et des dames en deuil et en larmes demandent 
vengeance (p. 104). Lancelot a juré de revenir dans un 
an exposer sa tête au même péril. Il rencontre alors le 
frère du chevalier mort, et à notre grand étonnement, il 
ne se comporte point comme un preux. Il « cuide mou- 
rir... si se couche a terre en croiz et crie a Dieu merci » 
(p. 232). Il pleure « ne onques puis qu'il fu chevalier, ce 
dit li contes, ne larmoia por riens qui li avenist, ni por 
pesence que celé foiz et une autre ». Il ne peut tenir sa tête 
tranquille sur le billot, tellement il est énervé. Enfin une 
demoiselle dont Lancelot était le bienfaiteur s'interpose et 
réclame sa grâce qui lui est accordée. Ensuite, nous apprenons 
la joie de la population qui peut désormais rentrer dans la 
cité. Lancelot tout tremblant encore dans son pauvre cœur est 
considéré comme libérateur, tout à fait comme Gauvain,dans 
la Demoiselle à Ici Mule. On s'efforce en vain de trouver un 
sens à ce conte. 

Une autre version beaucoup plus logique est offerte par le 
roman inédit et fragmentaire Gauvain et Humbaut. Les 
héros arrivent à la porte d'un château dont il n'y a « ne plus 



1. Éd. Potvin, p. 102-4. 



1 04 LA DAM01SËLE A LA MULE 

rice ne mius séant » l . Là ils trouvent un vilain assis qui 
i bien sanble home de maie part : (irans ert et noirs, lais et 
hideis », un garçon lui apporte une hache et ce gardien 
semble leur offrir le combat. 

Humbaut, trouvant la proposition déplacée, le prie de 
différer jusqu'à ce qu'il revienne du château, mais le vilain 
veut exercer son droit et réclame un jeu parti sur le champ. 
Le manuscrit assez obscurci par de nombreuses fautes de 
copiste permet cependant de voir qu'ils discutent comme 
dans d'autres versions sur la primauté du coup. Le vilain 
l'assure qu'il ne frappera qu'un seul coup, ce qui est une 
condition bien raisonnable, trait qui ne se retrouve dans 
aucune autre version 2 . Gauvain demande un moment de 
réflexion, puis il dit : 

Baillés moi celé hace avant, 
jà n'en ferai nule aramie. 
Quant à l'assise met ma vie, 
dist Gauvain, je ferai premier. 

Le vilain étend son cou et plein de confiance dans son 
pouvoir, magique comme on le verra, 

cuide bien estre seùr, 

ne n'i cuide avoir nule garde. 

Gauvain tout étonné par le « biel confort » du vilain lui 
assène un coup qui fait voler la tête'à dix pas. Le vilain 
cherche à employer sa force magique, mais Gauvain a prévu 
que le vilain va en faire usage 3 , il le prend par ses vête- 
ments, le secoue et empêche les enchantements d'agir. 
L'adversaire tombe définitivement mort et le poète ajoute 
que Gauvain, vainqueur des enchantements, a mis fin à ce 
jeu parti : « onques puis n'i ot ju parti ». 



i. Nous citons d'après le manuscrit de Chantilly, fol. 127 r°, col. a. 

2. « Ne vos fera(i) ne plus ne mains, 

« que seulement un cop sans plus. » 

3. Gauvain qui « d'encantement ert apris. » 



SUITE DE L ETUDE COMPARATIVE 10) 

Les deux épopées irlandaises Festin de Bficriu ' et la Fête de 

la maison de Bricriu 2 nous présentent un tout autre sens du 
« coup ». Elles sont presque dépourvues de l'élément mer- 
veilleux. Le Terrible fait dans le deuxième roman une incan- 
tation sur le tranchant de sa hache (page 134). Cuchu- 
lainn à qui se présente cette aventure, lui coupe la tête et 
offre la sienne à son tour le lendemain. Il s'étend devant le 
Terrible sur la pierre. Celui-ci abaisse trois fois la hache sur 
le cou et le dos du brave: « lève-toi, Cuchulainn, dit-il, à toi 
la royauté des guerriers d'Irlande et le morceau de héros, 
personne ne peut te le contester ». Le Terrible est ici juge de 
la vaillance et choisit Cuchulainn parmi d'autres preux du 
récit irlandais qui se disputaient l'honneur delà suprématie. 

Dans le Festin de BricriiL nulle différence. Le magicien 
Cûroï Mac Dâiri joue ici le rôle du géant. 

Après cela, on ne peut guère contester la nature magique 
de cet épisode que nous constations dans le récit de la 
Demoiselle à la Mule. Gauvain subit ici une épreuve de vail- 
lance d'ordre magique comme Caradeul et Cuchulainn, 
d'une façon plus brillante que ne le fait Lancelotdans le 
Perlesvans. Dans un seul récit (Gauvain et Humbaitt) il s'agit 
d'un enchanteur méchant dont la ruse est vaincue par Gau- 
vain ; dans d'autres romans, c'est un magicien bienveillant. 
Gauvain et Hnmbaut et le Chevalier Vert (vers 287 ss.) sem- 
blent admettre encore une autre explication plus réaliste. Il 
s'agissait dans l'intention de l'inventeur de ce « morceau de 
héros », de prouver la résistance du cou et la force de la 
« collée ». Il n'est permis de frapper qu'une seule fois, ce 
qui rend l'épreuve plus humaine. Le héros croit sa nuque 
tellement résistante qu'il accepte la proposition. Il a foi 
aussi dans sa propre force qui lui permettra d'abattre la tête 
de l'adversaire et de rendre impossible l'exécution de l'autre 



1. Traduction d'Arbois de Jubainville, Epopée celtique. $ 84-86. 

2. Ibidem, p. 1 54. 



roé LA DAMOISELE A LA MULE 

partie du « jeu ». Ceci serait une épreuve de force comme il 
\ en a beaucoup dans le folklore européen '. 

Ces six versions présentent des variantes considérables 
qui ressorterit de l'analyse que nous venons d'en donner. Le 
sujet se prétait à diverses explications et nous ne voulons 
pas en ajouter d'autres, ce qui prolongerait cette étude. 
Remarquons seulement que la solution du jeu parti que 
l'auteur a choisie, est moins flatteuse pour Gauvain par 
exemple, que celle adoptée par l'auteur de Gauvain ci Hum- 
haut. 

Le motif de la tête coupée a eu une certaine vitalité, même 
en dehors du moyen-âge, on en a fait une ballade anglaise 
qui a été publiée sous le titre The Turk and Gawein par 
Madden 2 . Nous en avons parlé en étudiant le sujet du 
château féé. Il s'agissait aussi d'un « covent », le païen 
s'offrant à recevoir un coup de hache à son tour. Gauvain 
doit le suivre dans un château d'outre-mer. Parmi d'autres 
épreuves de courage et pour clore leur longue série, le 
païen prie Gauvain de lui couper la tête. Gauvain refuse 
d'abord, puis il le fait « avec l'aide de la Vierge » (with help 
of Mary). Quand le sang jaillit, surgit à la place du turc un 
chevalier armé de pied en cap (stalworthtknight)qui chante 
un Te Deiun de reconnaissance. Par ce coup de hache, Gau- 
vain a délivré encore une fois un chevalier et toute une 
population de l'oppression des forces malfaisantes. 

De tels enchantements n'appartiennent d'ailleurs pas 
exclusivement aux romans arthuriens. L'art de se faire cou- 
per la tête sans en éprouver de dommage était aussi l'attri- 
but de 1' « encanteor moût sage » dont parle le spirituel 
auteur du charmant roman de Floire et Blancheflor. Ses talents 
professionnels étaient nombreux. Il faisait voler les bœufs 
et enseignait la musique aux ânes ; pour le prix de douze 
deniers seulement, il consentait qu'on lui coupât la tête. Le 



i. Kôhler, Kleinere Schriften, t. I. 

2. Syr Gawayne, p. 243 ss. — Wepster, Englische S Indien, 1906, p. 357 ss. 



suite de l'étude comparative io 



curieux qui l'avait fait, retenait alors la tête dans ses mains, 
puis, au bout d'un moment il constatait qu'il n'avait plus en 
sa place qu'un lézard ou qu'un serpent. 

Tantost corn il l'avoit tencié 

et a home l'avoit baillié, 

demandoit lui : « Ai toi gabé : 

as tu ma teste ? » « Oïl par Dé », 

cou li respondoit li vilains, 

quant il regardoit en ses mains 

trovoit u laisarde u culuevre. 

Par nigromance faisoit l'oevre 

V. 810 ss. de l'édition de Bekker. 



Des hommes sans tête se promènent de nos jours aussi, 
disent les récits populaires. On raconte en Bretagne la 
légende teintée de christianisme d'un homme converti qui 
emporte sa tête tranchée par son propre père. L'ermite Saint- 
Herbot la lui recolle par un procédé bien peu miraculeux ', 
assez analogue à celui qu'emploie Pantagruel pour remettre 
en place la tête coupée d'Epistemon \ 



6° Les combats de Gauvain. 

Quoique les combats soient décrits d'une façon très som- 
maire, c'est ici justement que nous trouvons dans le style 



i. « Après avoir bien beurré le cou de Trémur avec son couteau, il lui replaça 
la tête entre les deux épaules ». Mais le miracle n'est pas complet, le cou reste tou- 
jours sensible aux rayons du soleil. E. du Laurens de la Barre, Fantômes bretons, 
contes, légendes et nouvelles. Paris, 1879, pp. 137-150. 

2. « Adonc nectoya très bien de beau vin blanc le col et puis la teste et v svna- 
pisa de pouldre de diamerdis, qu'il portoit tousjours en une de ses fasques ; après 
les oignit de je ne sçai quel oignement, et les afusta justement veine contre 
veine, nerf contre nerf, spondyle contre spondyle, affin qu'il ne fust tortycolly, car 
telles gens il haissoit de mort. Ce faict, lui feit à l'entour quinze ou seize poincts 
d'aigueille, affin qu'elle ne tumbast derechief : puis mist à l'entour un peu d'un 
unguent, qu'il appelloit ressuscitatif. » Pantagruel, livre II, chap. xxx. 



IoS LA DAMOISELE A LA MULE 

de Païen quelque vivacité et quelque couleur. Le combat en 
forme avec des lions qui hérissent leur crinière, se servent 
de la queue et des pattes comme d'armes offensives, montre 
que le poète se plaît à peindre la vie des animaux sur le 
modèle de celle des hommes : son imagination est anthro- 
pomorphique. Les combats avec des lions ne sont pas rares 
dans l'épopée chevaleresque. 

Lancelot, après avoir passé le pont tranchant dont nous 
avons parlé, se heurte aussi à deux lions. Ils l'attaquent. 
Lancelot se défend, l'épéc à la main, mais il lui est impos- 
sible de blesser les animaux. Il y a évidemment là un 
sortilège. Il suffit que Lancelot ôte son « manicle » et qu'il 
montre « l'anelet » que la bonne fée, la Dame du Lac, lui 
a donné pour que les lions disparaissent \ Voici la descrip- 
tion d'un autre combat : 

(Perceval, ms. Mons, v. 9225.) 

Uns vikins u un pel feri 
en un huis et li huis ouvri, 
et uns lions moût mervelleus, 
fors et fiers et moût famelleus, 
par Fuis fors d'une cambre saut, 
qui monseigneur Gauvain assaut 
par grant fierté et par grant ire, 
et tout ausi corne parmi cire, 
trestous ses ongles i embat 
en son escu, et si l'abat 
si qu'a genous venir le fait ; 
mais il saut sus tantost et trait 
fors del fuere la boine espee, 
et fiert si qu'il li a copee 
la tieste et ambesdeus les pies. 
Lors fu mesire Gauvains liés, 
car li pié remesent pendu 
par les ongles a son escu, 
si que li uns paru dedens 
et li autres remest pendans. 



1. Jonckbloet, op. cit., p. cvn. 



suite de l'étude comparative 109 

Le combat avec les dragons qui jettent du feu « de leu en 
leu » a une allure démoniaque. Le chevalier malade qui aux 
vers 759 ss. combat avec Gauvain a la même fonction que 
ce chevalier du Méraugis qui défendit le château de sa maî- 
tresse. Nous ignorons par qui il est blessé ; est-ce un enchan- 
tement qui lui permet de se dresser du lit au moment du 
combat ? 

Ce chevalier et ces bêtes semblent être au service de la 
Dame et toutes ces luttes sont parfaitement arrangées par le 
portier géant et ont l'air d'un combat concerté d'avance 
plutôt que d'une défense improvisée, mais c'est un trait qui 
n'est isolé ni dans le folklore européen ni dans les romans 
arthuriens. Nous avons déjà vu dans le paysage esquissé 
par l'auteur des traits surnaturels ; c'est surtout dans l'accu- 
mulation des objets merveilleux que se caractérise l'esprit 
enfantin de ces conteurs. C'est ici qu'on peut dire que « le 
miracle est en permanence dans l'incessant écoulement 
d'une fantasmagorique phénoménalité » \ 



1. G. Lanson, Histoire de la li lie rature française, p. 46. 



AUTRES MERVEILLES 
La Mule (féée?). 



Le seul fait que la demoiselle arrive à la cour sur une 
mule n'a rien d'étonnant. La mule était au moyen-âge la 
monture habituelle des dames. Un sceau de la comtesse de 
Ravenberg reproduit dans l'ouvrage de M. Schultz ' nous le 
représente. Aux textes cités par M. Schultz on pourrait en 
joindre d'autres. Amice dans Meraugis (vers 5087) vient à la 
cour du roi Arthus sur une mule, de même Idain dans la 
Vengeance Raguidel (vers 4734) et aussi la Demoiselle coura- 
geuse dans le Chevalier aux deux épées (vers 585), se servent 
d'un pareil coursier. 

Notre mule a une qualité exceptionnelle, elle connaît à 
merveille le chemin par lequel elle mène Keu et Gauvain 
et par lequel auparavant, elle a probablement mené maint 
chevalier dont la tête est restée fichée sur un pieu. Un 
animal sert souvent de guide dans les romans arthuriens. 
C'est parfois un chien, un brachet blanc qui conduit le 
héros à la place où il doit accomplir ses prouesses comme 
dans la version néerlandaise du Lancelot (Livre III, vers 
22271 à 23 126) 2 et dans le lai de Tyolet. Les héros sont dans 



1. Dos hufische Leben, 2 e éd., t. I, p. 494. 

2. M. Warnatsch, Der Mante! , p. 12b, prétendait que le récit de la Mule sans 
frein se retrouve dans cette partie du roman néerlandais. G. Paris a déjà dénoncé 
l'erreur. Il s'agit ici d'un cerf surveillé par sept lions dont Lancelot doit se pro- 
curer le pied blanc pour une reine. Un récit pareil est le sujet du « Tyolet ». 
Romania, t. VIII, p. 45, cp. aussi Komania, t. X, p. 493, t. XII, p. 377. 



SUITE DE L ETUDE COMPARATIVE I I I 

le premier cas Lancelot, dans le lai français Beducr, le com- 
pagnon de Keu, « botellier» de la Cour qui ne réussit pas, 
mais Tyolet mène l'aventure à bonne fin. Le chien de 
Tristan a aussi de pareilles fonctions '. Dans un mabinogi 
un cerf joue le rôle de guide \ 

Dans la légende du Graal, une demoiselle à la mule 
joue le rôle d'une messagère mystérieuse ; dans la forêt 
apparaît à Perceval 

une mule qui plus est b lance 

que n'est nois negié sor brance 

en ievrier, quant est en gelée ; 

frain ot a or... (v. 27735 ss.), 

Elle va toute seule et s'arrête devant le chevalier. Un instant 
après arrive sa propriétaire, les pieds ensanglantés par les 
aspérités de la route sur laquelle elle cherche la mule. Per- 
ceval en chevalier galant veut accompagner la dame, mais 
celle-ci lui conseille de n'en rien faire, elle le conjure 
même, « foi que doit sainte Marie », de la quitter s'il veut 
éviter un malheur. Perceval la suit néanmoins, elle le con- 
duit dans l'obscurité de la forêt jusqu'à une lumière éblouis- 
sante et disparaît. Nous apprenons plus tard que c'est là le 
nvmbe du Graal, car le roi Anfortas est dans la forêt. La 
pucelle qui est probablement une des servantes du Graal 
donne ensuite à Perceval la mule pour qu'elle le conduise 
au château de l'échiquier. Une bague féée doit aider le héros 
à la rendre docile. L'animal obéit seulement à Perceval ; un 
autre chevalier qui veut la monter, ne parvient pas à la 
faire bouger. 

La mule est donc ici comme dans le conte de Païen, un 
guide doué d'un savoir surnaturel. 

Si on veut rattacher ceci à une catégorie de faits du folk- 
lore européen, on se trouve fatalement ramené de nouveau 



1. Bédier Tristan, volume II, p. 156. 

2. Traduction Loth, vol. I, p. 262-263 



I 12 LA DAMÛISB1 i: A LA MULE 

vers les régions celtiques. On trouve bien des « animaux 
reconnaissants» partout ailleurs, des poissons, des oiseaux, 
des chevaux, des fourmis, des renards, des loups, des 
chiens '. Mais tout ceci n'a guère de rapports avec le cas que 
nous examinons. Ce n'est pas exactement de la reconnais- 
sance qu'il s'agit, mais plutôt de la docilité et d'un talent 
spécial. Ici encore les récits celtiques sont pleins d'éclaircis- 
sements. L'animal qui conduit le héros dans le voyage 
épique vers l'autre monde est bien connu des conteurs 
irlandais. Ajoutons encore un détail : dans la forêt dont 
nous avons parlé les animaux sauvages témoignent à la 
mule un respect particulier. Tout cela nous incite naturel- 
lement à penser aux animaux bienfaisants et protecteurs de 
la mythologie celtique où abondent des taureaux divins 2 , 
des loups-dieux, porcs divins, chiens sauvages, ours et ser- 
pents, vénérés comme divinités 5 . On peut ou non les consi- 
dérer avec M. Reinach comme des totems ; en tout cas, il 
faut voir en eux une puissance surnaturelle, bienfaisante. Et 
c'est justement le caractère de notre mule blanche (puis- 
qu'elle est blanche pour Henri de Tùrlin ; elle doit l'être 
aussi dans le modèle primitif du récit), néanmoins, 
hâtons-nous d'ajouter que Païen de Maisières ne pensait 
guère à attribuer à la mule un caractère divin ; sans cela 
oserait-il raconter plaisamment que l'animal perdit la moitié 
de sa queue en entrant par la porte ? Ici comme ailleurs, il est 
un simple écho des récits bretons qui ont perdu leur caractère 
religieux et ne servaient que pour l'enseignement et l'amuse- 
ment des « mab », de la jeunesse. 



i. Voyez R. Kôhler, KJeinere Schrijten, t. II. Zur er^ahknden Diçhtung des Mit- 
telalters. Berlin. 1900. 

2. Tâin bô Cuanlge, trad. d'Arbois de Jubainville, Revue Celtique, t. XX-XXI. 

3. Voyez d'Arbois de Jubainville, Les dieux celtiques à forme d'animaux. 
Revue Celtique, XXVI, p. 193 ss. Reinach, Cultes, Mythes et Religions, I, 30-78, 
217-232, 271^298. 

Reinach, Les survivances du totémisme chez les anciens Celtes, Revue Celtique, 
XXI. 



SUITE DE L ETUDE COMPARATIVE 1 1 



La docilité des bêtes sauvages. 

En rencontrant au vers 516 l'allusion au « vilain de 
Champaigne » le lecteur pense déjà à Yvain et à ce géant 
hideux qui garde les bétes dans la forêt de Brechelient qui 
n'est pas close. Il fait la « justice », la police aux bêtes 
(vers 341 « je gart et je justis »). Chrétien de Troyes déjà 
s'était efforcé de lui ôter le caractère surnaturel païen. 
Calogrenant pendant son voyage le rencontre et étonné de 
son aspect hideux lui demande : 

« Va, car me di 

se tu ies buene chose ou non. » 



Il répond pour le rassurer 



« Je suis un hon. » 

« Queus hon ies tu » ? « Teus con tu voiz 

je ne sui autre nulle foiz.» 



On décrit l'hommage des bêtes dans la version galloise 
d' Yvain, le mabinogi Oiceu et Liuiet \ comme suit : « 11 jeta 
les yeux sur eux et leur ordonna d'aller paître. Ils bais- 
sèrent la tête et lui témoignèrent le même respect que les 
hommes soumis à leur seigneur ». Il s'agit aussi des 
signes de respect tout à fait humains dans l'hommage 
que les bêtes rendent à notre mule. 

Le portier de la mule et Gansguoter de la version allemande 

* sont les gardiens des lions et des dragons qu'ils amènent à 

la bataille. On ne dit rien sur leur pouvoir envers les bêtes 

sauvages de la forêt. Le vilain est chez Païen simplement un 

gardien au service des deux demoiselles. C'est à elles que les 



1. Page 9 de la traduction de M. J. Loth. 



î 1 4 LA DAMOISELE A LA MULE 

bêtes obéissent en témoignant le respect à la mule, destrier 
des demoiselles. 

Ce sont d'abord les bêtes sauvages qui apportent leur 
hommage à la mule en s'agenouillant (vers 132 et ss. 152 
et SS. 562 ss.) ; en saluant Gauvain victorieux, elles lui 
témoignent des signes d'amitié et de respect tout à fait 
humains (« les piez et les jambes -li baisent» vers 1052 ss.). 

Les serpents et autres monstres se comportent autrement 
dans la vallée delà « pute vermine », ils s'abstiennent de faire 
aucun mal, mais sont évidemment d'espèce trop « vilaine » 
pour oser s'approcher du chevalier en lui apportant des 
hommages courtois. 

Ce pouvoir sur les bêtes est attribué d'ordinaire dans la 
tradition celtique à un géant. M. Brown ' considère ce trait 
comme appartenant à des mythes d'un voyage dans l'autre 
monde. Une légende sur le géant de la forêt de Bréchélient 
s'est conservée jusqu'à nos jours en Bretagne; on en 
fait des historiettes morales pour les enfants \ Mais aussi, 
faut-il constater que ce trait appartient au folklore général; 
on en a des exemples nombreux, surtout pour le folklore 
germanique 3 . Ce sont là des esprits de la forêt (Wald- 
geister), les faunes du monde gréco-latin qui surveillent 
les bêtes. 

Que signifie le frein ? 

Nous avons réservé pour la fin la difficulté la plus 
sérieuse que nous ayons rencontrée dans notre enquête. 
Malgré nos efforts, nous n'avons pas pu la résoudre de façon 
bien précise. Un hasard nous amènera peut-être un jour, 
nous ou quelque autre chercheur plus heureux, à découvrir 
un motif analogue qui jettera de la lumière sur ce sujet. 



1 . Vrai 11, p. 70. 

2. Voyez La Semaine des Enfants, 1875, n° 3 1 382-1 383. 

3. Voyez pour les exemples \Y. Henschkel, Wald-und Féldkuîte, Berlin, 1904, 

t. I, p. 141 ss. 



SUITE DE L ÉTUDE COMPARATIVE I I 5 

Actuellement, nous ne pouvons qu'apporter quelques obser- 
vations dont nous laissons le lecteur apprécier la valeur. 

\otre attention est sans cesse sollicitée pendant le récit, 
comme cela arrive souvent chez les trouvères, par cet 
objet sans aucun doute symbolique. Il n'est pas très pré- 
cieux ; il est en argent et suspendu à un clou d'argent 
(vers 987) ; rien ne nous explique l'énigme de sa valeur et 
pourquoi il faut s'exposer à tant de périls et livrer tant de 
combats pour s'emparer d'un frein. Mais il semble avoir 
possédé à l'origine une signification quelconque qui per- 
mettrait de le ranger parmi les bagues, gants, brides (« pas- 
tures »), cors et autres objets du catalogue féerique breton. 
Nulle part on ne trouve de récit analogue à celui-ci. Faut-il, 
faute d'un autre éclaircissement, en croire Henri de Tùrlin, 
d'après lequel le père mourant l'aurait laissé à ses deux filles 
pour leur assurer la possession du patrimoine : 

Und liez in zu Huote 
einen Zoum und seite in, daz 
heten sic aller Werlte Haz, 
die wîl sie den behielten, 
daz sie des Landes wielten. 

Le motif du frein ne se trouvant pas ailleurs, peut-on 
considérer Païen de Maisières comme son inventeur ? Ceci 
ne me paraît pas probable. D'abord, le sujet est mal déve' 
loppé, le lecteur ne s'explique pas la raison d'être du frein. 
Or, l'auteur aurait certainement été plus explicite sur la 
signification de cet objet, s'il en avait été l'inventeur. La ver- 
sion H nous éclaire beaucoup mieux. Ce qui fortifie aussi 
ma conviction, c'est que notre trouvère, tel qu'il nous 
apparaît dans la seule oeuvre qu'il a laissée, n'a nullement 
le caractère d'un novateur. Il aime suivre le sillon. 

Si on considère le rôle que Païen lui attribue dans son 
roman, il est évident que le frein est une sorte de talisman 
de famille qui assure le pouvoir sur les terres. Il resterait 
seulement à savoir pourquoi on a choisi un frein et non 
pas un autre objet. 



Il6 LA DAMOISELE A LA MULE 

Le talisman existe aussi dans la mythologie irlandaise : 
les ceintures, les gants, les pierres comme amulettes ne sont 
pas rares l . D'ordinaire il est conservé dans des châteaux mer- 
veilleux dont l'accès est difficile. Le frein était sans doute un 
de ces talismans, 

Un autre exemple de talisman de famille se trouve dans 
le roman néerlandais de Torec 2 , de Jacob Van Maer- 
lant, une des gloires de sa patrie au xm e siècle, écrit entre 
1223 et 1265. La grand'mère du héros possède une cou- 
ronne d'or qui lui est enlevée par le roi Bruant de la Mon- 
tagne. La douleur que ce rapt cause à sa fille Tristouse, est 
longuement racontée. Le petit-fils Torec consacre toute sa vie 
à la recherche de cet objet précieux. Il est vainqueur de 
Bruant dans un château gardé par deux géants et deux 
lions, mais pour conquérir la couronne et avec elle la main 
de la belle Mirande (qui est une fée), il lui faut vaincre tous 
les compagnons de la Table Ronde. Il réussit, car les plus 
preux par courtoisie font couper les sangles à leurs che- 
vaux. Torec épouse donc Mirande et le talisman revient en 
possession de la famille. 

Mais on peut interpréter autrement la signification de ce 
frein, en se référant à de nombreuses quêtes analogues dans 
la légende graalienne. En ce cas, l'objet n'a point par lui- 
même beaucoup d'importance ; il s'agit surtout d'une 
épreuve difficile par laquelle le héros doit prouver sa vail- 
lance. Cette quête perpétuelle « d'aventures » (il ne faut 
pas oublier que le mot a un sens plus élevé au moyen-âge 
que de nos jours) qu'entreprend Gauvain, le chevalier idéal, 
c'est seulement une préparation qui doit le rendre expéri- 
menté contre tous les enchantements et dédaigneux de 
tous les périls. Hlle doit le fortifier pour « l'aventure » 
suprême, cette quête mystérieuse du Graal, dans laquelle il 



1. Par exemple dans le récit du roi Cormac, c(. Arthur C. L. Brown, 'Ihe 
Bleeding Lance, p. 58. (Public, of Modem Lattgu. Association of America, XXV). 

2. Publié par Jan de Winkel, 1875, Jacob van Maerlant. Roman van Torec. 






SUITE DE L ETUDE COMPARATIVE Iiy 

conquerra la gloire d'un sauveur envoyé par Dieu '. C'est 
d'un poème cyclique peut-être que proviennent ces trois 
vers mis mal à propos par notre trouvère : 

Dieus les a par vos délivrez 

et de toz biens enluminez, 

la gent qui en ténèbre estoient (v. 103 1-3). 



I. L'article déjà mentionné (p. 78) de M. Huet vient à l'appui de cette hypo- 
thèse en démontrant la présence du château tournant dans le cycle. 



LA SIGNIFICATION DE L'ÉLÉMENT FÉERIQUE 

DU CONTE 
LA VALEUR DES SOURCES CELTIQUES 



Païen de Maisières résume lui-même à la fin de son roman 
le sujet de son récit et il n'est que juste, après avoir présenté 
une interprétation, probante ou non, mais personnelle et en 
tout cas plus chargée d'érudition que le récit de l'auteur, 
de contrôler nos hypothèses en étudiant son intention 
avouée. 

V. 1 09 1 - 1 1 1 2 . Lors li a Gauvains recontees 
les aventures qu'ot trovees : 
de la grantvalee et do bois, 
et de la fontairine a espois, 
et de l'eve qui noire estoit, 
et do chastel qui tornoioit, 
et des lions que il ocist, 
et do chevalier qu'il conquist, 
et del vilain lo covenent, 
et la bataille do sarpent, 
et del nain qui lo salua, 
et cornent après li revint 
et plus dire ne li daigna, 
et conment mengier lo covint 
en la chambre a la demoisele 
qui suer estoit a la pucele, 
et cornent li frains fu renduz, 
et quant do chastel fu issuz, 
et conment il avoit veùes, 
les quaroles parmi les rues, 
et conment issuz s'en estoit 
sanz enconbrier et sanz destroit. 



SUITE DE L ETUDE COMPARATIVE II9 

C'est un catalogue simple et concis des sujets sur lesquels 
Païen comptait pour émouvoir ses lecteurs et auditeurs. 
Car c'était plutôt à des auditeurs que notre trouvère s'adres- 
sait, le public auquel un tel récit était destiné n'étant sans 
doute pas lettré. On voit que le caractère littéraire essentiel 
du poème est le merveilleux et le fabuleux. Cet élément 
joue un rôle important, le grotesque et le terrible y ont une 
part considérable. Nous nous sommes attachés à expliquer 
la nature de chacun des éléments du récit et si nous n'avons 
pas réussi à les éclairer pleinement, nous avons au moins 
tiré d'une lecture comparative des romans de l'époque 
toutes les données qui nous semblaient intéresser notre 
petit texte. 

Un point reste à éclaircir. Cet élément merveilleux que 
Païen n'a pas su accuser avec assez de vigueur, d'où pro- 
vient-il ? 

Après des critiques justifiées, on semble devoir adhérer à 
la théorie qui a été pour les études de cette époque for- 
mulée avec beaucoup de précision par un érudit allemand. 
M. Ehrismann dans son esquisse sur l'élément fabuleux 
dans l'épopée courtoise ' distingue dans le roman la « partie 
héroïque » et la « partie courtoise ». Le décor des fêtes, 
des tournois, les traits de mœurs représentent tout un côté 
de l'esprit de l'époque, et la source de l'élément héroïque est, 
selon M. Ehrismann, irlandaise 2 : 

Il y a, et il y aura toujours beaucoup de façons d'envisager 
cette théorie et jamais on ne pourra se servir d'une doctrine 
pour expliquer des faits particuliers, sans la préciser, sans en 
retrancher ou sans y ajouter quelque chose. Quant à nous, 
il nous faut examiner le détail, comme nous l'avons fait 
jusqu'ici, sans aucune idée préconçue. 

Je crois que dans l'étude comparative des sujets nous 



1. Marchai im hôfischen Epos., Halle, 1905. 

2. « Die heroischen Partien der Artusepen sind Umbildungen von Mârchen, 
und dièse Mârchen sind vielfach Niederschlâge der irischen Heldensage, d. i. in 
der Hauptsaçhe der Sage vom irischen Xationalhelden Cuchuliun ». 



[20 LA DAMOISELE A LA MULE 

avons procède avec les précautions nécessaires ; en entrepre- 
nant celte étude, nous étions plutôt celtophobe et nous 
avons décidé de considérer les versions celtiques comme des 
versions parallèles pouvant tout au plus éclaircir notre texte, 
sans jamais lui servir de source. Voici ce que l'enquête 
détaillée nous a révélé. 

Le sujet principal (la sœur chassée du patrimoine) peut avoir 
été imaginé par n'importe quelle race, mais le fond essentiel 
dans la mise en scène: le voyage dans une contrée merveil- 
leuse, un certain nombre d'épisodes, des accessoires pitto- 
resques révèlent la survivance altérée d'une croyance en 
un pays surnaturel. Ce mythe fait partie du trésor aryen, 
peut appartenir à tous les peuples, mais c'est la fantaisie des 
Celtes surtout qui s'est représenté cet autre monde sous la 
forme d'un château merveilleux. Le culte des phénomènes natu- 
rels transparaît aussi dans ces légendes et décèle un état de 
civilisation primitif. S'il n'y a pas trace du culte des sources, 
des forêts, des rivières dans ces récits, il y a certainement 
une peur, un respect provenant de la croyance qu'elles 
peuvent nuire ou être bienfaisantes à l'homme dans ses 
entreprises ; ainsi les rivières dangereuses, les « fluns au 
deable », qui grossissent et s'élargissent. C'est ici le natu- 
ralisme celtique qui est en même temps propre à tous les 
peuples primitifs. 

Encore une question se pose : peut-on distinguer ce 
qui a pénétré dans la littérature française par l'influence 
purement littéraire de ce que les superstitions populaires 
ont conservé des anciennes croyances de la Gaule ? Il fau- 
drait connaître beaucoup mieux le milieu dans lequel vivait 
ce trouvère, notamment les sujets des récits qu'on racontait 
en famille pendant les longues soirées d'hiver. Peut-être 
verrions-nous que l'influence littéraire a ressuscité et mis 
en valeur ce qui était littérature vulgaire, orale des 
aïeux. 

Souvent on a proposé une explication plus aventureuse 
des éléments fabuleux dans les romans arthuriens, et l'on a 



SUITE DE L ETUDE COMPARATIVE 121 

voulu y voir trop d'éléments mystiques. C'est ainsi que 
M. Brown a cru découvrir dans la Mule sans frein tous les 
éléments essentiels d'un pays d'outre-tombe (marvellous 
landscap of the otherworld) qu'il a précisés dans le Chevalier 
au Lion : à savoir i° la fontaine entourée d'arbres, 2° le 
château à accès difficile r . D'abord, une difficulté : tout ce 
qui s'est dit sur Yvain ne peut pas être appliqué à notre 
roman. Cette fontaine ne peut être, comme nous l'avons 
montré, qu'une réminiscence très lointaine de la fontaine de 
Beranton. Il lui manque des traits typiques qui, d'après 
M. Brown lui-même, caractérisent la fontaine d'outre- 
tombe 2 . Elle n'est pas à la fois agitée et froide comme 
marbre, son eau versée sur le perron ne provoque pas 
d'orage. Les arbres qui l'entourent n'ont point de dimen- 
sions colossales, il y manque des oiseaux chanteurs, elle 
n'a pas de gardien. 

Quant au château, il est vrai qu'il a tous les traits d'un 
château féé, mais rien ne prouve que l'auteur ait eu l'inten- 
tion de représenter sous cette forme l'autre monde des Celtes. 
Au contraire il ajoute une explication dans une certaine 
mesure rationaliste. Il le fait arrêter dans son mouvement 
tournant par le vilain qui semble être un enchanteur comme 
il y en a beaucoup dans les récits du moyen-âge, même en 
dehors des légendes bretonnes. C'est de la « nigromance », 
comme dirait Chrétien de Troyes. C'est de la magie pour les 
gens des xn e et xm e siècles, un pouvoir inexplicable, mais qui 
n'a aucun caractère religieux et surnaturel. Il ne fait aucune 
mention d'un séjour prolongé qui devrait être imposé au 
héros qui a franchi les portes de la terre merveilleuse, trait 
typique cependant dans ces récits mythologiques. Au con- 
traire, il ne rencontre aucune difficulté quand il veut en 
sortir. Tethra, le chef des Fomôré, ne tient plus le sceptre 
du royaume des morts. Cette littérature est loin d'avoir 



i. Brown Knight of Lion, p. 677, note 7 et passim. 
2. Idem, Yvain, p. 85. 



122 LA DAMOISELE A LA MULE 

conservé à la mythologie le sens religieux qui caractérise la 
littérature celtique. 

Les découvertes de M. Brown, Ehrismann et autres sont 
une étape glorieuse dans les recherches sur l'origine des 
légendes arthuriennes. Elles devaient être faites, seulement, 
il faut les appliquer en tenant compte de la façon dont l'esprit 
français des xn c et xin e siècles les a interprétées, et non pas de 
l'état d'esprit des Druides celtiques. 11 ne faut pas prêter à 
ces auteurs l'idée des fées quand ils ne l'ont pas eue. Les 
origines lointaines étaient bien prises d'une antique religion, 
mais dans cette forme étrangère s'épanouit la fantaisie fran- 
çaise des romanciers de l'époque de Louis VII, Philippe- 
Auguste et Louis VIII avec toutes leurs qualités de bon sens 
et leur tendance à l'ironie. 

En effet, si on compare les épopées irlandaises à ces ro- 
mans français, la différence des couleurs locales et des civili- 
sations ne peut manquer de nous surprendre. Dans l'épopée 
irlandaise, les chevaliers se disputent souvent les honneurs, 
des querelles entre leurs femmes et des luttes cruelles 
éclatent sans cesse à ce sujet tandis qu'ici tout est ordonné, 
policé autour de la Table Ronde, près de laquelle tous sont 
égaux et respectent la personne de leur voisin. Les héros 
irlandais montent des chars comme ceux de l'ancienne 
Héllade tandis qu'en France, à cette époque rien n'était plus 
humiliant pour un chevalier, que ce moyen de transport. 
L'épithète « chevalier à la charrette'» demeure longtemps 
appliquée à un chevalier qui l'a fait, il est répété dédai- 
gneusement par les femmes. Les guerriers irlandais sont 
des jongleurs habiles. Cuchulainn pour amuser les femmes 
fait le tour « de neuf pommes, de neuf javelots et de neuf 
poignards '. » Les chants de combats celtiques sont incon- 
nus à l'épopée arthurienne. Ces hommes primitifs sont 
évidemment loin d'avoir pour les femmes le respect qui 
caractérise la noblesse courtoise des xn e et xni c siècles .-quand 



|. Festin de Bricriti, p. 109, traduction de M. Loth. 



SUITE DE L ETUDE COMPARATIVE 123 

ils viennent dans un château, pour apaiser la rage des con- 
quérants, on leur prépare un tribut de femmes r -. 

QuV a-t-il d'essentiellement celtique dans ce roman que 
nous étudions et dans d'autres? Des institutions ? Le mythe 
solaire peut-être ? Chez Païen de Maisières, il n'y a même 
pas de fées, elles sont en général rares dans les romans 
arthuriens de langue française. Au reste, fussent-elles plus 
nombreuses, il faudrait y voir, non des anciennes « sîde », 
mais les mêmes êtres semi-divins qui font partie du folklore 
de tous les peuples aryens, sinon de toute l'humanité. Rien 
que des échos des récits merveilleux, des fables adaptées à 
l'usage des enfants. Cette tendance apparaît parfaitement 
dans le titre qu'on donna au recueil des récits gallois 
« mabinogion ». C'était bien l'état d'esprit de la société de 
l'époque. 

Païen de Maisières n'avait pas d'autre intention en com- 
posant son récit que Wieland en écrivant sur le même sujet 
son Sommermârçhen. Il existe une époque intermédiaire dans 
laquelle on raconte naïvement ces récits traditionnels sans 
remarquer qu'il y a là quelque chose d'extraordinaire, de 
surnaturel, c'est à peu près l'époque de Païen de Maisières ; 
mais bientôt la notion du magique s'introduit, mot qui n'a 
ici d'autre équivalent que « inexplicable », « occulte » ; et 
c'est déjà chez un auteur une tendance vers une explication 
positive s'il recourt à l'idée de « nigromancie », d'un 
« conjur », d'un « encantement » 2 , autant d'idées bien 
savantes pour l'époque. Et si on attribue dans ces romans 
une origine féerique à quelque château, c'est plutôt pour 
dire qu'il est exceptionnellement beau, beau comme les châ- 
teaux de la fable ; ainsi on disait des beautés féminines 
qu'elles ressemblaient à des fées K 



1. Bricriu, p. 117. 

2. FJoire et Blanchejîor, vers 599, 629 et a. 

3. C'est ainsi qu'il faut comprendre les passages de Gaucher de Dourdan, cités 
par M. Schofïeld. The Lay of Guingamor, Stialies am] Notes, t. V, p. 242, Boston, 
1895, 



124 LA DAMOISELE A LA MULE 

On a vu combien peu nombreux sont les traits de fantai- 
sie celtique et comment ils ont été défigurés, mal compris, 
mutilés, jusqu'à perdre complètement leur caractère de mys- 
ticité primitive et sublime. Raconter un voyage dans un 
pays merveilleux pour ces trouvères, c'est tout au plus 
refaire des récits amusants qui les ont frappés : 

Li conte de Bretaigne sont si vain et si plaisant, 

dit Jean de Bodel (Chanson de Saisnes, v. 9). 

Il fallait un Dante pour rendre la vie à ces allégories du 
monde bienheureux ou infernal qui ont d'ailleurs perdu 
chez lui leur caractère païen en revêtant la forme chrétienne. 

Pour expliquer les œuvres des xn e et xm e siècles, il n'est 
aucunement nécessaire de recourir à l'explication par le 
paganisme celtique, puisqu'une comparaison hâtive ren- 
seigne déjà sur la valeur des rapports que les mythes cel- 
tiques entretiennent avec ces romans. On remarque que 
Pélément merveilleux est beaucoup plus considérable dans 
les romans postérieurs que chez Chrétien de Troyes. Il a 
atteint l'apogée de son absurdité dans les productions les 
plus récentes. C'est alors en grande partie d'une invention 
française purement littéraire qu'il s'agit, beaucoup plus que 
de croyances celtiques survivantes. 

Il faudrait bien plutôt étudier comment les différents 
auteurs de l'époque comprenaient les sujets merveilleux. Cet 
élément est un des caractères essentiels et dominants du 
roman breton, mais il n'est pas aisé à déterminer et à définir, 
avant que n'aient été établis des répertoires complets, pour 
le cycle breton, des thèmes et objets qui le manifestent. Ces 
travaux nous manquent à peu près complètement \ En tout 
cas, on ne saurait parler d'une intention rationaliste chez 



1. La dissertation de M. Schroder, Glaube und Aberglaube i. ci. Altfrantç. 
Dichtnng, traite surtout de Dieu et de la Vierge. De même A study of the magie 
éléments, p. B. Easter de la Warr n'est qu'une introduction à un livre qui n'a pas 
encore paru. 



suite de l'étude comparative 125 

nos auteurs. Il nous semble que ces gens, loin d'analyser 
leurs croyances, n'attachaient pas moins de foi à ces récits 
que nos enfants, qui croient en même temps à Dieu tout- 
puissant et aux fées et démons dont leurs nourrices leur 
content les merveilleuses légendes. Les mythes ont perdu 
pour eux leur valeur dogmatique essentielle ; le roman 
arthurien est une littérature d'amateurs de fables, qui 
seraient en même temps des psychologues et des observa- 
teurs. Le féerique sert de décor ; il est là pour plus de pitto- 
resque. S'il est donc très utile pour le folklore et pour la 
science des religions de reconstruire les anciennes croyances 
qui sont à la base des récits qui nous sont conservés, il faut 
reconnaître d'abord que l'histoire littéraire n'y gagnera pas 
beaucoup. 

Chrétien de Troyes, Raoul de Houdanc et surtout notre 
modeste Païen seraient bien étonnés si l'on prétendait leur 
faire retrouver par eux-mêmes les pensées et les conceptions 
profondes que leur prêtent les doctes exégèses américaines 
et anglaises. Ces trouvères prenaient leur sujet dans les 
récits courants, les lais ou les poèmes antérieurs sans y goû- 
ter autre chose que le côté pittoresque et fantastique qui les 
amusait parce qu'il était extraordinaire. Les uns les interca- 
laient dans leurs romans de mœurs contemporaines (Chré- 
tien) ; d'autres se contentaient de relater les anecdotes 
comme ils les entendaient et c'est justement le cas de notre 
auteur. Les poètes allemands fournissaient ultérieurement 
des explications plus ou moins rationalistes ou mystiques, 
mais c'est dans leur imagination qu'ils les prenaient. Une 
enquête à travers les auteurs de l'époque montrerait qu'ils 
étaient loin de songer à une représentation quelconque d'un 
autre monde, fût-elle celtique ou autre. On est étonné en 
lisant les romans bretons de voir combien on y trouve 
peu de traces d'un emprunt direct. S'ils avaient eu sous les 
yeux quelques originaux celtiques, ces poètes soucieux de 
documentation l'auraient dit. On parle plutôt des sources 
saxonnes (Marie de France) et combien devaient-elles être 



12C> LA DAMOISELE A LA MULE 

remaniées! 11 y a peu d'emprunt de vocabulaire qui témoi- 
gnerait d'une influence directe du celtique. Ceci nous 
explique pourquoi ce qu'on entend par « esprit celtique » 
n'a point laissé de trace dans des récits qui sont passés dans 
les romans français. Au contraire, on était bien sceptique en 
face de ces choses. Le proverbe « tôt fol en Bretagne » le 
montre bien. Cest que déjà, à cette époque, « le penchant 
décidé de la race celtique vers l'idéal, sa tristesse, sa fidélité, 
sa bonne foi la firent regarder par ses voisins comme lourde, 
sotte, fabuleuse ' ». Il faudrait plutôt chercher des éclaircis- 
sements dans les croyances et doctrines magiques d'alors. 
Ceci serait un point die départ pour des études fécondes sur 
le goût littéraire et la mentalité de l'époque, c'est une voie 
déjà ouverte par plusieurs travaux, dont ceux de MM. Lan- 
glois 2 , Porebowicz 5 et M lk Borrodine 4 . 



i. Renan, La poésie des races celtiques, Essais de morale et de critique, p. 453. 

2. La Société française au xm e siècle. — La vie en France au moyen âge. — La 
connaissance de la nature et du monde au moyen âge. 

3. Studja do literatury sredniauiecinej. Belletrysta XIII ego wieku : Chrétien de 
Troyes. 

4. La femme che^ Chrétien de Troyes. 



PERSONNAGES ÉPIQJJES DU ROMAX 



Dans les romans épisodiques de la Table Ronde, les person- 
nages ne sont que rarement caractérisés de façon suffisante. 
Le trouvère comptait que toute la « matière » était déjà bien 
connue des lecteurs qui possédaient sur les acteurs princi- 
paux des données fondamentales et des souvenirs plus ou 
moins précis. Il accepte donc les traits de la commune tradi- 
tion littéraire et n'a garde, quand il s'agit des principaux 
héros, de faire suspecter l'authenticité de sa documentation 
en leur donnant des traits essentiellement nouveaux. Ceci 
est un caractère bien épique. Païen de Maisières n'ajoute rien 
aux traits des personnages que nous ne sachions par les 
romans de Chrétien de Troves, Raoul de Houdenc ou d'autres, 
mais dans son roman si résumé, il est curieux de voir quels 
traits l'intéressèrent. 

Il dit peu de choses des femmes. L'amour n'est pas le 
mobile de l'action dans son roman. Aussi la femme est au 
second plan. La sœur déshéritée est dans son malheur 
« iriee et triste assez » (vers 76). Mais rien ne la distingue, si 
ce n'est qu'elle n'aime pas qu'on lui fasse la cour (« n'avoit 
de joër talant » vers 70). Elle est « avenanz et bêle » et 
comme d'ordinaire les femmes dans ces romans, elle n'est 
pas difficile quand on sollicite ses faveurs. Elle accorde 
volontiers ce cent baisiers » à Gauvain par reconnaissance et 
lui donne encore d'autres promesses peu voilées. 

Sa sœur déploie aussi toute sa coquetterie pour s'attacher 
Gauvain, elle va jusqu'à le recevoir couchée, dans sa 
chambre, le fait manger « a une escuele », le fait asseoir 



[28 LA DAMOISELE A LA MULE 

sur son lit... MaisGauvain ne se laisse pas prendre au piège. Il 
est à remarquer que notre auteur n'a pas profité de la situa- 
tion pour nous peindre le sentiment amoureux (Henri de 
Tùrlin a été plus habile). Il s'intéressait beaucoup plus aux 
richesses de l'appartement de la dame et à la « belle chiére » 
qu'elle faisait à Gauvain (vers 951). 

Le rôle de la femme est sensiblement le môme que dans 
tous les romans arthuriens \ On témoigne à la demoiselle 
un respect dû à sa beauté et à sa condition. On s'empresse 
de lui porter secours, le roi et la reine s'intéressent person- 
nellement aux plaintes de la belle étrangère. Les deux sœurs, 
comme du reste toutes les femmes de ces romans, regardent 
tranquillement couler le sang des chevaliers qui bataillent et 
s'entre-tuent pour elles. Elles les exposent aux pires dan- 
gers \ Ainsi bien, trouvent-elles leur compte : elles seront 
toujours au plus fort et y goûteront d'autant plus de plaisir. 
La vue des têtes coupées et fichées sur des pieux doit plaire 
à la dame du château comme à cette autre qui recevait avec 
joie des mains de Lancelot la tête du chevalier tué dans le 
combat 5 . 

Nous ne devons pas nous étonner si la demoiselle est 
prodigue de baisers et de promesses amoureuses, et si l'autre 
reçoit le chevalier d'une façon par trop hospitalière. On a 



1. Voyez Mertens, Die kulturhislorischen Momentc in Jeu Ronninen des Chresticn 
von Troyes. 

2. Comparez Méraugis, 2968 : 

« Cez dames... 

a ne chantent, se sachiez sanz faille, 

a fors por joie de la bataille 

« dont sont liées et désirant. » 

3. C'est encore Chrétien de Troyes quia donné cette description répugnante. 
Le chevalier demande grâce (vers 2929 à 2945), mais elle lui est refusée. Alors 
Lancelot lui coupe la tête : 

« a la pucelle plest et siet. 

<f Li chevaliers la teste prant 

« par les chevos, puis si la tant 

«• a celi qui grant joie an fet... » (v. 2937 ss.). 



SUITE DE L ETUDE COMPARATIVE 129 

démontré déjà que les relations des deux sexes dans les 
romans arthuriens étaient des plus libres. Nous avons vu une 
demoiselle se rendre dans la chambre à coucher de Perceval 
(Blancheflour, Perccvàl, v. 25017 à 25148). N'était-ce pas la 
reine Guenièvre, le modèle accompli de la femme courtoise, 
qui recevait chez elle la nuit Lancelot (v. 4524-4754) ? 

On propose à la demoiselle avant son départ de rester et 
de prendre pour amant un des chevaliers de la Table Ronde, 
Henri de Tùrlin raconte une coutume étrange qui devait 
régner à la cour bretonne. Chaque dame était tenue de choi- 
sir un chevalier comme sigisbée. Elle pouvait lui accorder 
toutes les faveurs qu'il sollicitait sans que sa réputation 
en souffrît, mais en cas de violence, le chevalier était 
puni : Lohenis de Rahaz par exemple est banni pour sept 
ans \ 

Dans la personne de Guenièvre, l'auteur en quelques 
mots laisse entendre qu'il a voulu esquisser le même por- 
trait d'une reine modèle, arbitre du savoir vivre qu'a repré- 
sentée Chrétien dans Perceval 2 . On l'appelle pour s'aboucher 
avec la demoiselle étrangère, car elle jouit du renom 
« d'une belle parlière 5 ». C'est elle aussi qui demande le 
congé pour Gauvain auprès du roi. Il n'y a aucune allu- 
sion désobligeante aux aventures amoureuses de la reine 
avec Mordret ou Lancelot. Son entente avec son mari 
semble être parfaite. 

Les hommes dans ces romans sont toujours avides de 
combats, de mêlées, et surtout ils ont un désir éternellement 
inassouvi d'aventures. Ils les cherchent pour faire parler 
d'eux et en tirer honneur et gloire. La vaillance est la vertu 
la plus appréciée. Le passage suivant de Chrétien explique 
mieux leur idéal qu'aucun commentaire. Ce sont les paroles 



1. Krôiie, v. I9345 ss. 

2. Ja nus n'est tant desatifés 

qui de ma dame parte irés (w. 9567-8). 

3. Brut. 9898, « bien et bel conter sot », Yvain, 660. 



IjO LA ÎMMOISELE A LA MULE 

que Calogrenant adresse au géant gardien des bêtes dans la 
forêt des Brechéliant : 

« Je sui, ce voiz, uns chevaliers 

qui quier ce que trover ne puis ; 

assez ai quis et rien ne truis. » 

« Et que voudroies tu trover ? » 

« Avantures por esprovei 

ma proesce et mon hardement. 

Or te pri et quier et dément, 

se tu sez, que tu me consoille 

ou d'avanture, ou de mervoille. » 

Parlons d'abord d'Artus, ce roi qui ne veut pas se 
mettre à table avant qu'une « aventure » lui soit arrivée *. A 
tout seigneur tout honneur; encore que son rôle dans notre 
roman, comme dans la tradition postérieure en général, soit 
effacé. On lui donne seulement une épithète épique assez 
banale en disant que « moût fu bel » (vers 280), aucun trait 
héroïque n'est relevé. Du reste dans les romans postérieurs 
à Wace, Artus n'est plus ce chef vaillant que nous repré- 
sente la chronique et 

de quo Britonum nugae hodie délirant 2 . 

c'est toujours 

li buens rois de Bretaigne >. 

le souverain vénérable et fainéant qui s'endort paisiblement 
au bruit des conversations en attendant le repas 4 . 

Son absence parmi les chevaliers au moment de l'arrivée 
de la pucelle est justifiée probablement aussi par le 
sommeil. Il reste dans la chambre conjugale comme dans 
Y vain : 



1. On a remarqué déjà que dans la Mule, l'aventure contrairement à l'usage se 
passe après le repas. 

2. Gesta regum Anglorum, p. Guillaume de Malmesbury. 

3. Y vain, v. i. 

4. « Hommes », dit Arthur, « si vous ne vous moquiez pas de moi, je dormirais 
volontiers en attendant mon repas ». Mabinogi, Oiven et Liuiet, trad. J. Loth, p. 3. 



suite de l'étude comparative 131 

la reine le détint, 

si demora tant delez li 

qu'il s'oblia et andormi (v. 50 ss.). 

On ne témoigne pas au couple royal beaucoup de respect. 
A un moment donné, les chevaliers le mandent et le sénéchal 
l'appelle sans même indiquer la raison. Autant de traits de 
cette société féodale, dans laquelle le roi était seulement le 
premier des barons '. 

Gauvain, le neveu du roi, attire surtout l'attention. 
Partout il est un modèle de loyauté, de prouesse et de poli- 
tesse « li plus cortois del mont » (Perceval 9344)- Païen ne 
lui donne aucune épithète, mais relève plus d'un trait de 
vaillance. Le vilain conseille à Gauvain de se réconforter 
avant le combat (vers 650 à 653, vers 751), mais celui-ci ne 
le veut pas. Il est aussi généreux que brave, il pardonne au 
chevalier qui lui livre un combat dans le château, et renonce 
au droit de lui couper la tête et de la planter sur la palis- 
sade. Gauvain est surtout le défenseur fidèle des demoiselles : 

a s'aïe ne failli onques 

damoisele desconseillee (Yv. 3693). 

C'est cette qualité qui lui a valu l'épithète « du chevalier aux 
demoiselles » (Méraûgis) ; conformément à ces indications, 
Païen lui fait entreprendre cette dangereuse quête du frein, 
et le fait résister à la séduction de la dame du château. 

Gauvain était une fois déjà protecteurd'une sceurcontreson 
aînée. Dans Méraugis l'aînée des soeurs de Tiebald (vers 6200) 
se moque de Gauvain à cause de son extérieur, tandis que la 
cadette le considère comme le plus brillant des chevaliers. 
La sœur aînée qui est persuadée que le meilleur des cheva- 



1. Lavisse, Histoire de France, t. III, p. 375. Voir pour une caractéristique plus 
ample d'Artus : Jacobsmûhlen. Zur Charakteristik des Konigs Artus. Diss., Mar- 
burg, iJ 



l$2 La damoisele a la mùlë 

liers est son fiance Méliant, se fâche et donne une gifle à 
l'autre. Celle-ci se jette aux genoux de Gauvain pour lui 
demander vengeance. Gauvain est vainqueur de Méliant 
dans le combat qui s'engage. Un épisode semblable est 
raconté dans la Krône aux vers 17500 et ss. Ensuite, en déli- 
vrant la population des bêtes féroces, Gauvain devient un 
héros bienfaiteur. Nous n'avons pas à entretenir ici le lec- 
teur des différentes conceptions qu'on s'est faites de Gauvain. 
Nous ne discuterons pas la question de savoir s'il était « un 
de ces dieux humanisés qu'il n'est pas rare de rencontrer 
dans l'épopée » ' ou bien un héros solaire comme le croit 
M. Nutt. Il nous suffit de renvoyer aux livres de G. Paris et 
de Miss Weston 2 . 

Un contraste accentué avec ce modèle décourage est formé 
par le Thersite de la Table Ronde, Keu. Ce personnage n'a 
jamais été étudié d'une façon complète et je regrette que les 
limites de cette étude ne me permettent pas d'examiner de 
près cette personnification du comique et du burlesque 
dans le roman arthurien. Chez Païen, il n'est pas encore 
un traître, il n'est même pas méchant, ni « ranponeus » 
comme chez Chrétien. Païen le représente seulement comme 
lâche et ridicule et encore faut-il remarquer que ses qualités 
comiques ne sont guère mises en relief. Nous ne saisissons 
même pas son caractère de railleur qui « teire ne se pot » 
(Yvain, 591). Cette figure est décidément mal réussie. Keu 
en effet entreprend cette aventure comme un chevalier qui 
porte volontiers secours à des demoiselles en besoin. Pou- 
vait-il prévoir le danger d'ordre surnaturel ? Nous ne nous 
étonnons pas en le voyant penser prudemment à sa propre 
sécurité et trembler devant les bêtes sauvages qui lui appor- 
tent leurs hommages suspects quand il se trouve dans la 
vallée des serpents. Enfin il retourne sur ses pas, n'osant 



1. G. Paris, Hist. îittér., XXX, p. 29. 

2. Jessie L. Weston, The Legend of Sir Gaii'ein. On trouvera quelques observa- 
tions de fait dans le compte rendu rude de M. Foerster, /Jschr. fur fran^. Lilei ., 
t. XX, 2. p. 95. 



SUITE DE L ETUDE COMPARATIVE 135 

entreprendre de franchir le pont trop mince '. Qu'y a-t-il de 
vraiment lâche et ridicule ? On voit qu'il manque quelque 
chose dans cette silhouette qui accuse l'intention de l'auteur. 
Dans d'autres romans Keu est représenté comme grand par- 
leur et vantard, mais Païen de Maisières a oublié de mettre 
en contraste ses paroles vantardes et son attitude piteuse dans 
l'action. 

Keu avait eu déjà une aventure pareille dans le livre III 
du Lancelot néerlandais vers 22271 et ss.Il est raconté qu'un 
chien le mène jusqu'à une rivière rapide qu'il n'ose pas tra- 
verser. Il revient et donne comme excuse un mal subit. 

Il est étrange que l'auteur le fasse punir par le roi d'une 
façon aussi rigoureuse que peu vraisemblable. Nous savons 
combien il était apprécié à la cour du roi breton. Il suffit 
qu'il menace de partir (dans Lancclof) pour que toute la cour 
le supplie de n'en rien faire. La reine elle-même se jette à ses 
pieds pour le retenir \ Et voici qu'ici, pour une raison insuf- 
fisante, on lui fait quitter la cour. Probablement l'auteur a 
voulu montrer qu'une punition grave attend tout chevalier 
qui ne tiendra pas sa promesse Nous avons vu plusieurs fois 
chez Chrétien de Troyes ce principe du Code de Chevalerie. 3 . 
Le passage dans lequel Païen nous fait savoir que le roi ne 



1. « A po qu'il n'est do sen issuz », v. 190. En effet les barons de la Table 
Ronde sont souvent sujets à des pâmoisons. Rappelons Yvain (3485 ss.) et 
Artus dans le passage de Perceval dont nous avons parlé à propos du coup de la 
hache. De même Lancelot se pâme près de la fontaine quand il aperçoit le peigne 
de Guenièvre (v. 12783-91). 

2. V. 145. 

La reine ancor l'an prie 

et tuit li chevalier a masse, 
et Kes li dit qu'ele se lasse 
de chose qui rien ne li vaut. 
Et la reine de si haut 
corn ele estoit as piez li chiet. 
Kes li prie qu'elle se siet, 
mes ele dit que nel fera, 
ja mes ne s'an relèvera, 
jusqu'il otroit sa volante. 

3. Erec, 6080, 61 14. Voyez Settegast, Der Ehvehegriff im altfran-. RoJandsliede. 



I } } I A DAMOISELE A LA Mil 1 

le veut plus tenir « ajeus » nous indique un nouvel emploi 
de Ken qui servait non seulement « de taillier et del vin 
baillier » (Percevais 9614) mais était aussi appelé à distraire 
le roi par ses plaisanteries. Cette fonction de Keu semble 
être attestée par un passage du Perceval dans lequel le fou 
de la cour demande au roi comme vengeance de ne plus tenir 
Keu « atrufe » (vers 4045). 

Parmi d'autres barons de la Table Ronde, Païen mentionne 
le frère de Gauvain, Gueheriet, qui est souvent l'objet 
de récits développés dans les romans arthuriens. La forme 
du nom la plus répandue semble être Gaharïet. Son amour 
fraternel est représenté sous un jour très favorable dans Gau- 
vain ci Humbaut. Il livre un combat à son frère (qu'il mécon- 
naît en ce moment), parce que ce chevalier inconnu ne 
voulait pas accorder la primauté de chevalier à Gauvain. 
Détenu prisonnier par la demoiselle du Gautdestroit ', il 
souffre beaucoup pour son frère, car elle le torture pour 
attirer dans son château, par la nouvelle des peines qu'elle 
lui inflige, Gauvain qu'elle aime 2 . 

L'auteur nous rappelle encore messire Yvain et 
Girflet, le fils de Do, un des plus preux barons de la 
Bretagne fabuleuse 3 . 



1. Claris et Laris. 

2. On lit dans le Percerai de Mons à plusieurs endroits (12637, I2 7°7> ï S 00 9y 
15149, 15 177) le nom de Gahariet comme celui d'un enchanteur. On a remarqué 
qu'il faut y mettre Eliaures (Seiflfert, Ein Nanieiibuch ~u den altfran-ôsischeti Artu- 
sepen, p. 23). 

3. Erec, vers 317 et 1729, Perceval, 1 5788-19440, Meriadeuc, Bel Desconéii. 



CHAPITRE IV 



L'auteur et son poème 



Nous n'avons pas les éléments d'une biographie de Païen 
de Matsières \ Ne nous plaignons pas; dans la littérature 
arthurienne on a rarement besoin de recourir à des faits de 
la vie des auteurs pour expliquer tel ou tel passage du 
roman. Qu'y a-t-il de personnel ? 

Il demeure cependant acquis désormais — l'analyse de la 
langue le montre — que la patrie de l'auteur était la Cham- 
pagne, cette contrée entre toutes cultivée et civilisée 
dans la France de Philippe-Auguste et Louis VIII. Il vivait 
dans la seconde moitié du xn e et dans la première du 
xiir' siècle. Savait-il écrire ? On ne peut pas répondre d'une 
façon décisive : son style est du langage parlé. Mais çà et là 
quelques traces d'éducation subsistent qui ont même fait 
supposer un moment qu'il fut clerc 2 : 

« Dieus les a par vos délivrez, 

« et de toz biens enluminez 

« la gens qui en ténèbre estoient ». v. 1038 et ss. 

Ce passage peut d'ailleurs être le reflet d'une passion ou 
d'un sermon que Païen avait entendu et ne prouve pas 
grand'chose. En tous cas il était soucieux de passer pour 
lettré, il invoque une source écrite : 

« si con l'escristure tesmoigne » v. 885. 

Fut-il jongleur ou ménestrel, s'adressait-il à la foule des 
grandes assemblées ou bien était-il attaché à la cour d'un 



1. Tel est le nom dans la graphie du ms., v. 14. 

2. Jenkins, Modem Language, notes, t. XXVI, p. 149-15 1, 



1 ;S LA DAMOISELE A LA MULE 

seigneur ? Son style et la manière peu élégante de raconter 
ne décèlent pas un poète courtois. Le fait qu'il s'adresse au 
public directement sans dire « nobles barons », mais simple- 
ment g ez-vos » semble indiquer que le poète vivait dans un 
milieu populaire. Il était probablement un de ces 

« maint vassal qui fabloiant vont par les cours » l , 

un de ceux qui « de conter vivre vuelent » (Erec, pro- 
logue). Du vers 329 où il coupe le récit de la honte de 
Keu « ne voil a lui a ceste foiz », on pourrait inférer qu'il a 
consacré un roman au sénéchal de la Table Ronde. 

Le titre de la pièce est La Demoiselle a la Mule. Je crois 
devoir restituer à l'auteur son bien : le titre seul approprié 
au sujet, qu'il lui a donné aux vers 18 et 1133 du texte ; 
c'est aussi un devoir de la critique de textes. Le titre faux : 
La Mule sanfjram sous lequel le conte est connu, est dû au 
scribe qui, avant de se mettre à peindre l'initiale, en copiant 
à la file des romans et fabliaux, a mis à l'encre rouge ces 
deux lignes d'avertissement : 



Ci fenist dou chevalier a l'espee, 
Ci conmence la mule sanz frain 2 . 



Le secrétaire de Lacurne de Sainte-Palaye s'empressa de 
mettre ce titre inexact en tête de la copie, de là il passa dans 
la « Bibliothèque des Romans » et dans l'édition de Méon. 

La langue, le style, la composition et le choix des sujets 
pour son oeuvre qualifient Païen d'écrivain traditionaliste. 
Lui-même se disait amateur des « viez voies », cet aveu 
indique qu'il cultivait un genre déjà ancien et peu respecté 
dans certains milieux. Nous concluons de ceci qu'il appar- 
tient à une époque tardive du roman arthurien et ceci encore 



1. Gaucher de Dourdans, Percerai, v. 28376. 

2. On peut le voir sur le fac-similé, 



L AUTEUR ET SON ŒUVRE 1 39 

appuie notre assertion qu'il faut placer la date de la compo- 
sition au commencement du xm e siècle. Le principe posé 
par G. Paris que toute création tardive dans la « matière bre- 
tonne » est faible, y est aussi pour quelque chose. 

Mais savons-nous quelles étaient ces « noveles voies » 
qu'il opposait à son idéal ? Il se pourrait que ce nouveau 
genre littéraire qui menace les romans arthuriens, ce soient 
les romans à intrigue amoureuse de différentes inspirations 
qu'on a appelés faute d'autre nom « les romans d'aventure », 
sans préciser leur source, fût-elle orientale (byzantine) ou 
bien occidentale (bretonne ou d'invention libre) \ Mais 
contre cette explication se dressent des objections : ces 
romans de source grecque ou autre étaient répandus déjà au 
xn e siècle (Aucassin et Xicolette, Flaire et Blancheflor, Ille et 
Galeroiï), par contre au commencement du xm e siècle ils 
deviennent plus rares (Jean Renart, l'auteur de YEscoufle, est 
seul de cette époque) pour apparaître de nouveau dans la 
seconde moitié du siècle. A l'époque de l'auteur, ils ne font 
pas de « mode nouvelle », puisqu'ils allaient se développant 
dans différentes provinces, toujours concurremment avec les 
romans bretons, dès le commencement de leur succès. 

C'est qu'en effet deux mouvements de production litté- 
raire apparaissent au commencement du xm e siècle. Tenons- 
nous d'abord au roman breton. L'auteur de Vider nous signale 
un genre « hyperbolique » (v. 4483 ss.), il explique le sens 
du mot : il pense à une catégorie de trouvères qui 

«... dient plus qu'il ne deivent, 
« por ço quident lor traitez peindre, 
« mes nel font, car on n'i doit feindre : 
« o bien estoire, o bien mensonge ; 
« tels diz n'a fors savor de songe ». 

Il s'agit donc des inventions fantaisistes des auteurs des 
romans postérieurs, biographiques, qui racontent les « aven- 



1. C'est une idée que M. Grôber a indiquée dans le Grundriss d'un mot placé 
en parenthèse, « Schicksalsdichtung ». Grundriss, t. II, p. 518. 



I4O LA DAMOISELE A LA MULE 

turcs » des chevaliers de la Table Ronde en entassant des 
sujets merveilleux et des situations invraisemblables, des 
« iperboles ». A ces défauts, l'auteur de Vider qui ne nous 
est pas connu, oppose son art réaliste. Il ne saurait y avoir 
de doute si l'on veut décider à quel parti appartenait Païen; 
c'est aux auteurs comme lui que pensait le trouvère en par- 
lant de la manière « hyperbolique ». C'est une protestation 
contre la décadence inévitable du genre qui va aboutir aux 
romans en prose. L'auteur de Vider pensait à un roman aux 
données plus vraisemblables et c'est contre ces reproches ou 
bien contre de pareils que se défendait Païen, amateur 
de situations extraordinaires et de sujets merveilleux et 
fabuleux. 

Mais ce n'est pas cela seulement que notre auteur avait 
dans sa pensée quand il se plaignait qu'à son époque on 
« tient a plus bêles » les nouvelles voies (v. 10). 

Le xm e siècle c'est l'époque intellectualiste du moyen-âge, 
celle qui apporte « la décadence de l'idéalisme et de la litté- 
rature artificielle et le développement de l'esprit scienti- 
fique ' ». La vogue des romans satiriques et des débats philo- 
sophiques et politiques a commencé. Pour cet âge de 
vulgarisation scientifique le Roman de Renart et le Roman de 
Rose renferment l'expression de sa nature essentielle. Un 
esprit plus rationnaliste pénétrait, surtout dans les milieux 
bourgeois, les goûts littéraires; les fables bretonnes que les 
conteurs courtois composaient encore jusqu'à la deuxième 
moitié du siècle, paraissaient vieillottes et ridicules. Les gens 
qui ont acquis par les Renarts le goût du réalisme et qui se 
sont imbus d'une science faiblement puisée dans les Encyclo- 
pédies de l'époque, dédaignaient ces dires naïfs des aïeux. 
Pour ceux-là « la courtoisie a fait son temps » et par eux 
« les conceptions idéalistes du siècle précédent sont tournées 
en dérision » \ Nous n'avons pas beaucoup de traces d'une 



1. Ch.-V. Langlois dans Y Histoire de lu France de Lavisse, t. III 2 , p. 387. 

2. L. c. 



l'auteur et son œuvre 141 

lutte entre ces deux écoles littéraires, le passage de la Demoi- 
selle à la mule en est une. 

Païen composait pour un cercle de lecteurs ou d'auditeurs 
de petite noblesse peut-être, pour lesquels les récits de « cour- 
toisie » avaient encore leur prestige et qui les pavaient aux 
ménestrels ; car il y avait encore des gens qui restaient fidèles 
à l'ancien idéal que Raoul de Houdenc exprimait vers 1234 ' 
avec enthousiasme : 

« Chevalerie est la fontaine 

« de courtoisie, qui espuisier 

« ne puet nus, tant sache puisier » 

(Eles de cortoisie, v. 12 et suiv.). 



Cette littérature à laquelle allaient toujours les préfé- 
rences de l'élite, incitait cette noblesse débordante de vie et 
de force aux tournois et aux prouesses éclatantes. 

La recherche des difficultés et le penchant vers le merveil- 
leux, la hardiesse allant jusqu'à la vantardise, révèlent l'es- 
prit curieux et brillant du français des xn e et xm e siècles. Cette 
littérature considérée au point de vue de l'évolution des 
moeurs ne nous inspirera aucune plainte sur l'immense fatras 
qu'au dire de certains elle constitue; on reconnaîtra son 
importance capitale et son influence bienfaisante, non seule- 
ment pour la société française, mais pour la société euro- 
péenne en générale. La poésie courtoise et chevaleresque a 
contribué à neutraliser par certains côtés la barbarie grossière 
du moyen-âge, l'idée du droit du fort qui apparaissait dans 
les chansons de geste. Elle proposa un idéal qui n'est pas 
moins viril et qui est en même temps plus humain et elle 
prépara la formation de la société polie, telle qu'elle subsista 
jusque vers le milieu du xix e siècle. Le temps n'est pas encore 
venu où elle dégénère en des exagérations emphatiques et 
ridicules, contre lesquelles sera dirigée la satire de Cervantes. 



1. Grober, Grundriss, II, p. 709. 



I42 LA DAMOlSELE A LA MULE 

Notre petit roman reflète bien les caractères essentiels de 
cette production littéraire avec tout son code de chevalerie : 
tenir les promesses, ne pas reculer devant les difficultés, lut- 
ter contre les forces obscures, leur arracher le mystère en 
bravant les obstacles. L'idée essentielle en est la protection 
de la femme : la loi ne la défend pas, seul le vaillant peut 
revendiquer pour elle la justice par la force de son bras. 

Nous avons vu que Païen a pris le moule extérieur dans 
les romans de Chrétien et de Raoul, loin d'avoir voulu les 
renouveler, selon leurs propres indications, par l'étude de 
l'homme intérieur. Le récit est dépourvu d'intrigue amou- 
reuse et de peinture des mœurs, il n'y a rien de vivant, pas 
de personnages faits de chair et d'os. Dans les romans arthu- 
riens l'action se déroule d'habitude dans un pays de conven- 
tion fabuleuse, dans le vaste royaume de fantaisie dans lequel 
Artus tient le sceptre. Si on y fait entrer des passions 
humaines, des amours (Yvaiiï) ou des adultères (JLancelof), 
on obtient un roman ; si on se contente de représenter ce 
pays comme décor pour une « aventure » extraordinaire et 
extra-humaine, on obtient un conte de fées. Païen de Mai- 
sières est à côté des auteurs des lais (Lanval p. e.) un des pre- 
miers représentants de ce genre, un devancier grossier et 
inavisé de Charles Perrault. Les différences sont trop considé- 
rables, non seulement dans l'art des deux écrivains, mais 
surtout dans la psychologie du mythe, pour qu'on 
puisse insister sur ce parallèle. Les fées bienfaisantes ou 
malfaisantes qu'on convoque au baptême de la Belle au bois 
dormant n'ont aucun trait commun avec les deux demoi- 
selles mystérieuses de la Mule. Toutefois la distance entre 
l'état d'âme de l'auditeur de la Damoisele à la mule et celui du 
Barbe Bleue n'est pas grande, l'un et l'autre les lisent avec le 
même degré de crédulité et y attachent le même degré d'im- 
portance. Sans morale et sans le ton plaisant, sans fées non 
plus, c'est déjà au xm c siècle un conte de fées, sérieux et 
naïf. Il y manque un peu de fantaisie personnelle pour 
animer le monde fabuleux. 



l'auteur et sox œuvre 143 

La place de Païen dans la littérature de l'époque est 
modeste non seulement à cause de la petite étendue du 
poème. Il n'a pas de mérite d'originalité : Païen prenait le 
« patron général des romans d'origine celtique ' » sans rien 
ajouter à ce que ses devanciers avaient trouvé. Son succès ne 
dut pas être grand non plus : un seul manuscrit, c'est évi- 
demment peu si l'on pense aux 49 de Chrétien 2 . Au 
xvi° siècle, Geoffroy Tory de Bourges s'est intéressé à lui. 
En recommandant dans son Champ Fleury 5 des auteurs 
anciens comme modèles de bon langage, il parle de Chré- 
tien de Troyes (« et ce en son Chevalier a l'espee et en 
son Parceval »), de Huon de Méry, de Raoul de Hou- 
denc et enfin il dit : « Paysant de Mesières 4 n'est pas 
à dépriser, qui faict maintz beaux et petits coupletz, entre 
les aultres en sa Mule sans frain ». L'expression : « n'est pas 
à dépriser » est bien choisie pour Païen. On ne peut pas 
conclure de la dernière phrase que Païen était au xvi e siècle 
connu comme auteur d'autres romans (« coupletz »), les 
connaissances vagues de Geoffroy Tory deviennent suspectes 
quand on le voit attribuer le Chevalier a Tespee à Chrétien et 
ignorer le reste de la production littéraire du poète champe- 
nois. 

A l'époque de la renaissance du goût pour le moyen-âge, 
au xvm c siècle, quand on cherchait des « fabliaux piquants», 
l'attention fut attirée aussi sur la Demoiselle à la Mule. L'abbé 
Anglet en a fait un résumé pour la Bibliothèque Universelle 
des romans \ Le Grand d'Aussy l'a traduite dans ses Fableaux 6 . 
Le conte servit enfin d'inspiration à Wieland pour son Som- 
mermarchen 1 , un charmant récit en vers. Wieland indique 



1. G. Paris, Hist. Litt., t. XXX, p. 152. 

2. Foerster, Wilhelmsleben, p. 471. 

3. Ed. 1529, fol. 3 v° et 4 r°. 

4. Le manuscrit de Berne porte en marge d'une écriture du xvi c siècle : « Pai- 
sant de Maisieres », on peut le voir sur notre fac-similé. 

5. Paris, 1775-89, février 1777, p. 98-112. 

6. T. I, p. 1. 

7. Werke, éd. Klee, t. Il, p. 7. 



144 LA DAMOISELE A LA MULE 

comme source la Bibliothèque Universelle, Keu s'appelle chez 
lui, ici et ailleurs, Herr Gries et sa figure est fort réussie. Le 
poète ajoute une explication du frein : il confère la beauté 
à celui qui le possède, c'est pour cela que la châtelaine, qui 
était laide de naissance, s'efforce de le garder; comme elle 
n'y réussit pas, elle se tue après le départ de Gauvain. Le 
tout est empreint de l'humeur joviale allemande. 

G.-L. Way a pris le même point de départ que Wieland 
pour son Tbe Mule withoui a bridle 1 , il s'est tenu plus exac- 
tement aux données du résumé de Le Grand, et on ne peut 
pas considérer ce petit poème comme une œuvre person- 
nelle. 



i. Way, Gregory Lewis. Fabliaux or Talcs abridged... selected and translatée into 
Efiglish Verse. London, 1796- 1800, t. I, pp. 127-148. 



DEUXIÈME PARTIE 



iô 



La Damoisele a la mule 



(( Il n'y a mot de vilainie, 

« ainz est contes de cortoisie. » 

Méraugis, v. 27. 



Li vilains dist en reprovier 

que la chose a puis grant mestier 

que ele est viez et ariers mise. 

Por ce par sens et par devise 
5. doit chascuns lou suen chier tenir, 

qu'il en puet moût tost bien venir 

a chose qui mestier avroit. 

Mains sont prisiees orendroit 

les viez voies que les novelles, 
10. por ce qu'en les tient a plus bêles. 

Et si sont miaudres par sanblant, 

mes il avient assez sovent 

que les viez en sont les plus chieres. 

Por ce dist Paiens de Maisieres 
15. qu'en se doit tenir totes voies 

plus as vies qu'as noveles voies. 

Ici conmence une aventure 

de la damoisele a la mure 

qu'a la cort au roi Artu vint. 



fol. 26 v° b. 



20. Un jor dePentecoste avint 
que li rois Artus cort tenoit 
a Cardoil. si con il soloit. 
Et s'i ot chevaliers assez 
de totes terres amassez, 

25. qui a la cort venu estoient. 
Avec la roïne restoient 
les dames et les damoiseles, 
don il ot assez de bêles, 
qui a la cort erent venues. 



Artas, libyens rois ^e Bretagne, 
La tu\ proesce nos e-nsaingne 
Q u & nos sa^er^s pvea eec-ortocs, 
Tint Cort ^ rldrxe com€ Tol* 
A ccle. Çc»<re, <^ui tant" coste, 
Qu'an doit cïamec la pa^^oste, 
Li. rois fu «^ CarhiA^X on Qale3 

L.i cV\ev/al\er s'at-Cojpeievewt 
La, ou Savneî, ^« af»eï«x*ent 
Ou 7)a-mevseïes ou fiucLeïes. 
l^i un recontoient Tvoveïes, 
L\ autre parloient "d'alors, 



1)0 LA DAMOISELE A LA MULE 

30. Tant ont les paroles tenues, 

que li baron après mengier 

furent aie esbanoier 

parmi la sale amont, as estres. 

Si regardent par les fenestres 
35. tôt aval, très parmi un pré. 

Mes moût i orent pou esté, 

que il virent sor une mure 

vers lo chastel, grant aleùre, 

venir une seule pucele 
40. qui moût ert avenanz et bêle. fo1 * 2 " r ° a- 

La damoisele issi venoit, 

que en sa mule point n'avoit 

de frain, ne mes seul lo chevestre. 

Li chevalier ce que pot estre 
45. entr'aus durement s'en mervellent, 

moût en parolent et consellent, 

et dient que bien lou savroit 

la roïne, s'ele i estoit, 

por quel besoing vient en la terre. 
50. « Keus, » fait Gau vains, « alez la querre, 

« et au roi dites qu'il i viegne, 

« que nul essoigne no detiegne 

« qu'a nos ne viegne orendroit. » 

Li seneschaus s'en va tôt droit 
55. ou la roïne et li rois sont. 

« Sire » fet Keus « venez amont 

« ou vostre chevalier vos mandent. » 

Et il maintenant li demandent : 

« Seneschaus, que nos voillent il ? » 
60. « Venez en avec moi, » fet il 

« et je le vos ensaignerai ; 

« l'aventure vos motrerai 

« que nos avon trestuit veûe. » 
Atant la pucele est venue 
6 > . et devant la sale descent. 



L ARRIVEE DE LA DEMOISELLE A LA COUR D ARTUS 



I W 



Gauvains vet encontre courant, 

et des autres moût en i corent 

et moût la servent et anorent. 

Mes bien paroit a son sanblant foi. 2; r° b. 

70. quel n'avoit de joër talant, 

car moût avoit eu grant painne. 

Li rois la mande et l'en li moinne. 

Tantost con ele fu venue 

devant lou roi, si lo salue : 
75. « Sire, » fet ele « bien veez 
qu'iriee et triste sui assez. 

( Et toz jorz mes ensi serai, 

< ne jamès jor joie n'avrai, 
tant que mes frains me soit renduz 

80. « qui mauvaisement m'est toluz, 
:< don perdu ai tote ma joie. 
( Je sai bien que je lou ravroie, 

< se çaienz avoit chevalier 
qui de ce s'osast afichier, 

85. « qui vousist ceste voie enprendre ; 
et se il lo me voloit rendre, 
que trestote soe seroie 
si tost con je mon train ravroie, 
sanz chalonge et sanz contredit. 
90. « Et je orendroit sanz respit 
por la soe amor tant feroie, 
que ma mule li bailleroie, 
qui lou menra a un chastel 
moût bien séant et fort et bel. 
95. « Mes il ne l'avra mie en pes. » 
A cest mot s'est Keus avant très 
et dit qu'il ira lo frain querre, 
ja n'iert en si estrange terre. 

Mes il vialt qu'ele lou besast fo1 - 2 7 v ° J - 

100. primes ançois qu'il i alast, 
et. baisier la vost maintenant. 



15- LA DAMOISELE A LA MULE 

« Ha, sire » fet el « jusqu'à tant 

« que lou freine aiez, lo beisier 

« ne vos voil je mie otroier ; 
105. « mes quant li frains sera renduz, 

« lors vos iert li chastiaus renduz, 

« et li baisiers et l'autre chose. » 

Keus plus angoissier ne l'en ose, 

celé li redit et conmande 
1 10. que la mule onques ne desfende, 

quele part qu'elle voille aler. 

Keus n'a cure de demorer 

iluec o aus plus longuement. 

A la mule s'en vet errant ; 
115. il i est montez par l'estrier, 

il n'ot cure do convoier. 

Quant il voient que il s'en va 

toz seus, que conpaignon n'i a, 

ne il n'i a arme portée, 
120. fors que tant seulement s'espee... 

La pucele remest plorant, 

por ce que bien voit a créant 

que de son frainc ne ravra mie. 
A ceste foiz, queque el die, 
125. il a l'aler desor la mure 

qui s'en vet courant l'anbleùre. 

Et la mule bien lo convoie, 

qui bien a aprise la voie. 

Et tant avoit Keus cheminé, foL 2 7 v ° b - 

130. estes lo vos enforesté 

en une forest haute et grant. 

Mes n'ot gaires aie avant, 

quant les bestes de laienzsont 

trestotes amassées, — sont : 
135. lions et tigres et liepart — ; 

tores s'en vienent celé part, 

por Keu qui i devoit aler. 



KEU SE MET SUR LA MULE EX QUETE DU FREIN 1 5 3 

Mais ainz qu'il i poïst passer, 

se sont tant les bestes hastees, 
140. qu'a l'encontre li sont alees. 

Et Keus en a eu paor 

si grant qu'onques mes n'ot graignor, 

et dist que s'il n'eûst enprise 

la voie, por nule devise 
145. qu'en li seùst faire des mois, 

n'entrast il jamès en cest bois. 

Mes les bestes par conoissance 

de la dame et par enorance 

de la mule que eles voient, 
1 50. les deus genouz a terre ploient : 

ensi por l'anor de la dame 

s'agenoilloient de la jame. 

Et por ce a seùr se tienent 

qu'en la forest gisent et vienent, 
155. ne la puent plus anorer. 

Mes Keus ni vost plus demorer, 

plus tost qu'il puet d'iluec s'en part. 

Et li lion et li liepart foi. 2 8 r° a. 

s'en vet chascuns a son abit. 
iéo. Et Keus en un sentier petit 

ou la mule s'est enbatuz, 

qui n'estoit mie trop batuz. 

La mule lou sentier bien sot 

(que maintes foiz aie i ot), 
165. qui fors de la forest lo mainne, 

ou moût avoit eu grant painne. 

Estes lo vos desforeté ; 

mais n'ot gaires avant aie, 

quant il vint en une valee 
170. qui moût estoit parfonde et lee 

et si estoit moût perillouse, 

moût cruëus et moût tenebrouse. 

Qu'o siècle n'a home si fort 



1)4 LA DAM01SELE A LA MULE 

qui n'i ci'ist paor de mort, 
175. s'en la valee trespassast. 

Tôt adès covient qu'il i past, 

voille o non, entrer li estuet ; 

il(L)entre, quant il miaus ne puet. 

A quelque poinne i est entrez, 
180. mes moût i est espoèntez, 

que il veoit el fons dedenz 

moût granz coluevres et sarpenz, 

escorpions et autres bestes 

qui feu gitoient par les testes, 
185. de coi ilôt moût grant paor. 

Et pis li faisoit la puor ; 

que des celé ore qu'il pot nestre, 
en st ? . ne fu mes en si puant estre. foi. 2 8 r° b. 

Et bien se va qu'il n'est chaùz, 
190. a po qu'il n'est do sen issuz, 

et dist qu'il vousist estre ançois 

avecques les lions o bois, 

ou il avoit devant esté. 

Ja ne fera si grant esté, 
195. ne de chaut si très grant ardure 

que laienz n'ait toz jorz froidure, 

con o plus m estre cuer d'iver. 

Tôt la mauvestié de l'iver ; 

voir, laienz adès est assise, 
200. et tôt adès i vente bise 

qui la grant froidure i apent ; 

si reventent li autre vent 

qui la dedenz sont ahurté. 

Tant i a de maleiirté, 
205. que n'en diroie la moitié. 
Tant a tote voie esploitié, 
qu'il est venuz jusqu'à l'issue. 

Atant une plainne a veùe, 

si est auques aseiirez. 






L HOMMAGE DES BETES SAUVAGES 155 

210. Tant fet qu'il en est eschapez 
? de F ardure et de la puor ; 

ja ne quida veoir lo jor 

que il fust de ce leu issuz. 

En une plainne est descenduz, 
215. a sa mule a la sele ostee. 

Lors voit il eve en mi la pree, . x> , k mo-t 

mout près d 'iluec une fontaine foi. 28 v° a. 

qui mout estoit et clere et sainne, K ; montr est gçw^ gtere gfs atgg 

et qui mout bien i avenoit. 
220. Avironee entor estoit 

de flors, d'epins et de genoivre. 

Maintenant sa mule i aboivre, 

que ele en avoit grant mestier. 

Il meïsmes por refroidier, 
225. por ce que bêle li sanbloit, 

de la fontainne autresi boit. 

Puis a atornee sa mure, 

si se remet en l'anbleûre, 

car granz li sanble estre la voie. 
230. Ja ne quide mes que il voie 

ce que il aloit porchaçant. 
Tant a aie Keus chevauchant, 

qu'a une grant eve est venuz ; 

mes de ce fu mout esperduz 
235. que parfonde la vit et large, 

et si n 'i trueve nef ne barge, 

ne nule planche, ne passage. 

Tant a aie par lou rivage, 

que par aventure a trovee 
240. une planche ne gaires lee ; 

mes nequedant bien lo portast, 

se par desor aler osast, 

que ele estoit de fer trestote. 

Auques lou passage redote, 
245, puisque issi poire la voif. 



1)6 LA DAMOISELE A LA MULE 

Si quide bien que nul esploit 

ne porroit faire de passer, foi. 28 v° b. 

encor li vient miaus retorner. 

que il soit iluec perilliez ; 
250. ançois en iert miaus conselliez, 

et dit bien que dahez ait il 

se il se met en tel péril 

por tel noient, por tel oiseuse. 

Trop li sanble estre périlleuse 
255. la voie que venuz estoit, 

mes li passages li sanbloit 

estre plus perilleus assez. 

Atant s'en est Keus retornez, 

si se remet en son traïn ; 
260. bien a tenu lo droit chemin. 

Ensi con il venuz estoit, 

a la valee vint tôt droit, 

ou trova la pute vermine. 

De chevauchier onques ne fine, 
265. tôt droit parmi, tant qu'il fu fors. 

Si fu il moût doillanz do cors, 

et debrisiez et debatuz. 

En la forest s'est enbatuz 

o les bestes sauvages sont. 
270. Encontre venues li sont,. 

tantost con eles l'aparçurent ; 

par tel aïr vers lui coururent, 

que je quit bien qu'il lo menjassent, 

se por la mure nou laissassent 
275. a qui il portoient anor. fol. 29 r° a. 

Et Keus en a eu paor 

si grande que por dis citez 

ne vousist estre o bois entrez, 

ne por tôt l'avoir de Pavie. 
280. Fors do bois en la praerie 

est entrez, devant lo chastel. 



ÉCHEC DE KEU. GAUVA1N OFFRE SES SERVICES A LA DEMOISELLE I 57 

Li rois Artuz, cui moût fu bel, 

de ce que revenir lo voit, 

as fenestres venuz estoit : 
285. et Gau vains et Gueherïez, 

et messire Yvains et Girflez, 

et autres chevaliers assez 

que il i avoit apelez. 

Quant lo seneschal venu voient, 
290. por la pucele querre envoient. 

« Damoisele, » font il « venez, 

« vostre frainc orendroit avrez, 

« que Keus est ja bien aprochiez, 

« si a lou frainc, bien lo sachiez. » 
295. Mes il mentent, qu'il n'en a mie, 

et celé a haute voiz s'escrie : 

« Certes, s'il avoir lo deùst, 

« ja si tost revenuz ne fust. » 

Lors ront ses chevous et detire. 
300. Qui lors veïst lo grant martire 

qu'ele demoinne et lo duel !... 

« Morte seroie ja mon vuel, » 

fet se ele, « se Dieus m'aït. » 

Et Gauvains en riant li dist : 
305. « Damoisele, un don me donez. » foi. 29 r° b. 

« Sire, quel ?» — « Que mes ne plorez, 

« ainz mengiez et si soiez liée : 

« ja mar en seroiz deshaitiee, 

« que je vostre frainc vos rendre 
310. « et de bon cuer vos aiderai. » 

« Sire » dit ele « dites vos 

« que mon frainc avrai a estros, » 

« Oïl voir. » «... et je mengerei 

« et tote haitiee serai, 
315. « mes qu'en convenant le m'aïez. » 

Lors s'en est Gauvains afichiez 

que se ja nus avoir lou doit, 



!)S LA DAMOISELE A LA MULE 

il lou ravra, ou que il soit. 
Lors s'est la pucele esmeùe, 
320. au pié de la sale est venue 

a sa mule. — Et Keus est alez 
a son ostel toz adolez, 
moût tristes et moût angoisseus. 
Et li rois no tient mie a jeus, 
325. quant dite li fu et retrete 

la malvaistié que Keus ot fête* 
« Et por ce n'ose a cort venir, 
L la Parole plus maintenir. 
Ne voil a lui a ceste foiz, 
330. mes de la damoisele orroiz, 
conment ele est au roi venue. 
Tant a la parole tenue : 
que Gauvains li a créante 

que li frains sera aporté, foi. 29 

335. et dist que il Importera, 
ja en si fort leu ne sera 
son frainc, mes qu'il ait lo congié. 
« Moût volentiers li otroi gié, » 
fet se li rois et la roïne 
340. qui l'outroienuBl lor encline» 
Et si fet moût Gauvain haster, 
mes Gauvains la vialt acoler, 
primes ançois qu'il s'en alast, 
il fu bien droiz qu'il la besast. 
345. Ele moût volontiers lo bese ; 
or est la pucele moût aise, 
car ele set bien, tôt sanz faille, 
qu'el lou ravra conment qu'il aille. 
N'i est donc plus ses plaiz tenuz. 
3 )0. Gauvains a la mule est venuz, 
si sailli dedenz les arçons. 
Plus de trente beneïçons 
li a la damoisele oré, 



LE VOYAGE DE GAUVAIN I 59 

et tuit l'ont a Dieu conmandé. 
355. Gauvains iluec plus ne sejorne, 

mes d'iluec maintenant s'en torne. 

Mes s'espee n'i laissa mie. 
Entrez est en la praerie 

qui lo mainne vers la forest 
360. o les bestes sont a recet. 

Et li lion et li liepart 

maintenant s'en vet celé part, 

la o Gauvains passer devoit, fol. 29 v b. 

a l'encontre li vont tôt droit. 
365. Tôt maintenant que il revoient 

la mule que il conoissoient, 

les deus genouz a terre plient, 

vers lou chevalier s'umelient, 

par amor et par conoissance. 
370. Et ce est la senefiance 

que a force lo frainc ravra, 

ja en si fort leu ne sera. 

Mes quant Gauvains les bestes voit, 

si quide bien et aparçoit 
375. que peor ot quant il passa 

Keus, et por ce s'en retorna. 

Riant s'en est outre passez, 

ou petit sentier est entrez, 

qui droit lou moinne a la valee 
380. qui si estoit envenimée. 

Si s'en va sanz arestement, 

que il nés redote noient, 

Tant que d'autre part est venuz; 

enmi la plainne est descenduz, 
385. ou estoit la fontainne bêle. 

A sa mule a osté la sele, 

si la torche et si la ratorne, 

ilueques gaires ne sejorne, 

que trop li est grieve la voie. 



l6o LA DAMOISELE A LA MULE 

J90. Gauvains chemine tote voie, 

tant que il vint a l'eve noire 

qui estoit plus bruianz que Loire. 

De li tant voil dire sanz plus, fol. 30 r° a. 

c'onques si laide ne vit nus, 
395. si orrible, ne si cruel. 

Ne sai que vos en deïsse el, 

et si vos di sanz nule fable 

que ce est li fluns au deable, 

par sanblant et par avison, 
400. n'i voit l'en se deables non. 

Et n'i a mie de passage : 

tant est alez par lo rivage, 

que il a la planche trovee 

qui n'est mie plus d'un dor lee ; 
405. mes ele estoit de fer trestote. 

Auques lou passage redote,, 

et por ce voit bien et entent 

que Keus n'osa aler avant, 

et que d'iluec est retornez. 
410. Gauvains s'est a Dieu commandez, 

si fiert la mule et ele saut 

sor la planche qui pas ne faut. 

Mes assez sovent avenoit 

que la moitiez do pié estoit 
415. fors la planche par de desor ; 

n'est mervelle s'il a peor. 

Mes plus grant paor li faisoit 

ce que la planche li pleioit. 

Passez est outre a quelque painne, 
420. mes ice est chose certainne, 

que se la mule ne seùst 
la voie, que cheoiz i fust ; 

a ceste foiz s'en est gardez. fol. 30 r° b. 

Maintenant s'est acheminez 
425. cui fortune otroie et promet; 



UN PASSAGE DANGEREUX PAR L'EAU iél 

en un petit sentier se met, 

qui lou moinne vers un chastel 

moût bien séant et fort et bel. 
Li chastiaus si très forz estoit 
430. que nul asalt ne redotoit, 

que clos estoit a la reonde 

d'une eve grant, lee et parfonde. 

Et si estoit tôt entor clos 

de granz pieus, bien aguz et gros ; 
435. et en chascun des pieus avoit 

— mes qu'en un seul ou il failloit — 

une teste de chevalier. 

Gauvains ne vost mie laissier. 

Ne huis ne porte n'i avoit; 
440. li chastiaus si fort tornoioit 

con muele de molin qui muet, 

et con la trompe que l'en suet 

a la corgiee démener. 

Tôt adès li covient entrer, tvaw.T'a***** * Its-H- 

445. mes moût durement se mervelle, _ De j u. c »otrve-u. tel merveïte 

a soi meïsmes se conselle A lui mels"^* $ e cor»**U«. 

que senefie et que puet estre. 

Moût en voudrait bien savoir l'estre, 

mes n'en est mie recréant. 
450. Atant sor lou pont tornoiant 

est arestez devant la porte, 

et hardement moût li enorte 

que de bien fere ne recroie. fol. 30 v» a. 

Li chastiaus tôt adès tornoie, 
455. mes il dist que tant i sera, 

qu'a quelque painne i entrera. 

Ce li revient a grant anui 

que quant la porte est devant lui, 

que ele l'a moût tost passé. 
460. Moût a bien son point esgardé, 

et dit que il i entrera 

11 



\6l LA DAMOISKLE A LA MULE 

quant la porte endroit lui sera, 

queque il li doie avenir. 

Atant voit la porte venir, 
465. si point la mule de randon, 

et ele saut por l'esperon, 

si s'est en la porte férue, 

mes ele s'est si conseùe 

par derriers, si que de la queue 
470. près de la moitié li desneue. 

Ensi est entrez en la porte, 

et la mule moût tost l'enporte 

parmi les rues do chastel, 

celui qui do veoir fu bel ; 
475. et de ce est auques dolanz, 

que il n'en a trové laienz 

feme ne home ne enfant. 

Tôt droit par desoz un auvant 

d'une maison s'en est venuz. 
480. Mes ançois qu'il fust descenduz, 
. s'en vint un nains parmi la rue 

toz abrivez, si lo salue, 

si li dist « soiez bien veignant ». fol. 30 v° h. 

Et Gauvains ne rest mie lant, 
485. si li rent moût tost son salu 

et li a dit : « Nains, qui es tu, 

« qui est ta dame et qui tes sire ? » 

Mes onques ne li vost plus dire 

li nains, ainz s'en rêva tôt droit. 
490. Gauvains mesconnut ce qu'il voit, 

et se mervelle qu'estre puet 

que li nains respondre ne vuet. 

Et s'il se daignast a li prendre ? 

Il li covenist raison rendre ! 
495. Mes volenticrs aler l'en lesse ; 

maintenant vers terre s'eslesse. 

Parmi une arche a regardée 



GAUVAIN EST REÇU PAR UN NAIN INSOLENT ET FAR UN « VILAIN » 163 

une cave parfonde et lee, 

qui moût estoit basse soz terre. 
500. Mais il dit qu'il voudra enquerre 

toz les reduiz, ainz qu'il s'en aille; 

ne se prisoit une maaille 

se trestot l'estre ne savoit. 

Atant, ez vos que issir voit 
505. de la cave amont, un degré, 

un vilain trestot herupé. 

Bien deïst qui l'eùst veù 

qu'il eùst son oirre perdu. 

Moût sanble estre li vilains fel, 
510. plus estoit granz que saint Marcel; 

et soi* son col a aportee 

une jusarme grant et lee. 

Mes moût se mervelle Gauvains f i. 5I r ° a. 

de ce que il vit lo vilain 
515. qui mor resanble de Moretaigne, 

ou de ces vilains de Champaigne 

que li solaus a toz tariez. 

Devant Gauvain s'est aprestez, 

si l'a maintenant salué. 
520. (Et Gauvains a moût regardé 

sa contenance et sa figure.) 
« Et tu aies bonne aventure. » 

Fet Gauvains : « Se por bien lo diz ? » 
« Oïl certes, mes a hardi 
525. «te tieng, quant çaiens ies venuz. 
« Moût as or bien tes pas perduz, 
« qu'il ne puet estre en graignor serre 
« li frains que tu i es venuz querre, 
« que bones gardes a entor. 
530. « Moût t'estuet rendre grant estor, 
« si m'ait Dieus, ainz que tu l'aies. » 
« De noient » fet Gauvains, « t'esmaies, 
« que certes assez en rendrai ; 



164 



LA DAMOISELE A LA MULE 



« si m'aït Dieus, ainz i morrai, 

535. « que je lo frainc n'aie tôt quite. » 
Et cil onques plus ne respite ; 
mes por ce qu'il voit aserir, 
cil s'entremet de lui servir ; 
et tôt droit a l'ostel lo moinne, 

540. de lui aseoir moût se painne. 
La mule ra bien ostelee. 
Une blanche toaille lee 
et deus bacins prent li vilains, 
si li done a laver ses mains, 

545. (que laienz n'a plus de maisniee). 
Ja estoit la table dreciee 
Gauvains assist au mengier, 
si menja qu'il en ot mestier. 
Et cil l'en done a grant plenté, 

550. si lo sert a sa volenté. 

Tôt maintenant que merigié a, 
et li vilains la table osta 
et si li a l'eve aportee. 
Une grant coche haute et lee 

555. li a fête, por lui cochier, 

car moût lo vialt bien aïsier, 
con a tel chevalier covient. 

Maintenant delez lui revient. 
« Gauvains » fet il, » enz en cest lit 

560. (( sanz chalonge et sanz contredit 
« girras tu toz seus anuit ; mes 
« ice te demain tôt en pes : 
« ançois que tu t'ailles cochier, 
« por ce que t'ai oï prisier, 

565. « te partis orendroit un jeu, 
« et por ce que je voi mon leu, 
a si pren tôt a ta volenté. » 
Et Gauvains li a créante 
qu'il en prendra loquel que soit. 



fol. qi r° b. 



LE SOUPER ET LE « COUP DE LA HACHE » 1 65 

570. « Di, » fet Gauvains, « que orendroit ? 

« Si m'ait Deus, l'un en prendre, foi. 31 v°a. 

« ne de mot ne te mentiré, 

« que je te tieng a mon bon oste .» 

« Anuit » fait il « la teste m'oste 

« a ceste jusarme trenchant ; 
575. « si la m'oste par tel convant, 

« que la toe te trencherai 

« lou matin, quant je revenrai... 

« Or pren », fet il, « sanz contredit. » 
580. « Moût savré » fait Gauvains, « petit, 

« se je ne sai louquel je preigne. 

« Je prendre conment qu'il aviegne : 

« anuit la toe trencherai, 

« et lou matin te renderai 
585. « la moie, se viaus que la rende. » 

« Mal dahez ait qui miaus demande; » 

fet li vilains, « or en vien donc. » 

Lors lou moinne. Desor un tronc 

li vilains lo col li estent. 
590. Maintenant la jusarme prent 

Gauvains, si li coupe la teste 

a un cop, que plus n'i areste. 

Li vilains resalt maintenant 

sor ses piez, et sa teste prent ; 
595. dedenz la cave en est entrez. 

Et Gauvains s'en est retornez, 

si s'est couchiez isnelement ; 

jusqu'au jor dort seùrement. 
Lendemain des qu'il ajorna, 
600. Gauvains se lieve et atorna. 

Atant ez vos que li vilains { i M v o b 

revint toz haitiez et toz sains, 

et sa jusarme sor son col. 

Or se puet bien tenir por fol 
605. Gauvains, quant il ot regardée 



\66 LA DAMOISELE A LA MULE 

la teste que il ot coupée ; 

mes ne lou redota noiant. 

Et li vilains parole atant, 
qui n'estoit de rien esperduz. 
6 10. « Gauvains, » fet il, « je sui venuz, 

« et si te rapel de covent. » 

« Je nel contredi de noient, 

« que bien voi que fere l'estuet, 

« ne conbatre pas ne se puet. » 
615. Et si lou deùst il bien faire, 

mes desloiauté ne viaut fere ; 

por ce que covent li avoit, 

dist que volentiers li rendroit. 

« Or venez donc » fet li vilains. 
620. Fors de laienz s'en ist Gauvains, 

lou col li estent sor lo tronc. 

Et li vilains li dist adonc : 

« Lesse col venir a plenté. » 

« Je n'en ai plus, » fet il, « par De, 
625. « mes fier i, se ferir i viaus. » 

Ce seroit domache et diaus, 

si m'ait Dieus, s'il i feroit ! 

Sa jusarme hauce tôt droit, 

qu'il lo fet por lui esmaier, 
630. mes n'a talant de lui tochier, 

por ce que moût loiaus estoit, foi. 32 r° a. 

et que bien tenu li avoit 

ce qu'il li avoit créante. 
Et Gauvains li a demandé 
635. conment lou frainc porra avoir. 

« Bien lou porras » fet il, « savoir, 

« mais ainz que midis soit passez, 

« avras tu de bataille assez, 

« que degaber ne te tendra, 
640. « que conbatre te convendra 

« a deus lions ençhaenez, 



GAUVAIN GRACIÉ PAR LE PORTIER, SE PREPARE AUX COMBATS I 67 

« N'est mie trop abandonez 

« li frains, ainz i a maie garde; 

« mau feus et maie flame m'arde. 
645. « S'il i avoit dis chevaliers, 

« tant sai les deus lions a fiers, 

« que ja nus n'en eschaperoit 

« qui conbatre les lesseroit. 

« Mes que ge t'i avré mestier. 
650. « Si t'estuet ainz un poi mengier, 

a que tu voises a la bataille, 

'< por ce que li cuers ne te faille, 

« ne que ne soies plus pesanz. » 

« De mengier seroit il noianz, » 
655. fet Gauvains, « en nule manière. 

« Mes porchace une arme chiere 

a dont je me puisse aparellier. » 

« Caienz a » fet il, « bon destrier 

« que nus ne chevaucha des mois, 
660. « si a assez autre harnois 

« que volentiers te presterai. foi. 32 r° b. 

« Mes tôt ançois te mostrerai 

« les bestes, que tu armez soies, 

« savoir se tu te recreroies 
665. « de conbatre avec les lions. » 

« Si m'ait sainz Pantelions », 

fait Gauvains « ja ne les verrai 

« jusque a aus me conbatrai ; 

« mes armez moi delivrement. » 
670. Et cil l'arme tôt erranment 

d'armes bones de chief en chief, 

qui bien en sot venir a chief; 

et si li amainne un destrier. 

Gauvains i monta par l'estrier, 
675. que il n'est de rien esperduz. 

Cil li aporte sept escuz 

qui li avront moût grant mestier, 



I oS LA DAMOISKLE A LA MULE 

Et li vilains vct deslier 

un des lions, si li amoimie. 
680. Et li lions tel orgoil mainne, 

si grant forsen et si grant rage, 

que o ses piez la terre arrache 

et sa chaenne runge as denz. 

Quant il par fu fors de laienz 
685. et il choisi lo chevalier, 

lors se conmence a hericier, 

et de sa queue se débat. 

Certes qui o lui se conbat, 

d'escremir li convient savoir, 
690. ne ne li convient mie avoir 

cuer de chievre, ne de limace. fol. 52 v°a. 

Devant, en une onie place 

lou lesse li vilains aler, 

Gauvains nou daigne refuser. 
695. Ainz li passe trete s'espee ; 

et cil a sa hure levée, 

si lou fiert et cil refiert lui, 

bien s'entrefierent amedui. 

Au premier cop l'a si féru 
700. qu'il li a l'escu tolu, 

li lions, et a lui sachié. 

Cil li a autre aparellié, 

li vilains, et Gauvains lou prent. 

Lou lion fiert par mautalent 
705. parmi l'eschine de l'espee. 

Mes la piaus est dure et serrée, 

si dure que ne puet trenchier ; 

o lion n'a que correcier. 

Si li revient conme tempeste, 
710. si lou refiert parmi la teste 

de sa poe, et li a tolu 

lo secont et lo tierz escu, 

si que do quatre n'en a il mes. 



LE COMBAT AVEC DEUX LIONS 169 

« Or puez tu trop atendre mes, 
71 5. « par ma barbe! » fait li vilains. 

Lors lou fîert messire Gauvains 

a estrous, que tote s'espee 

li enbat jusqu'en la coree, 

que lou lion estuet morir. 
720. « Or me laissiez l'autre venir » 

fait il. Et li vilains lo lesse ; fol. 52 V e b. 

moût fet grant duel, et si s'engresse 

de son conpaignon que mort voit. 

Vers lou chevalier vient tôt droit, 
725. si lou requiert de tel vertu 

qu'au premier cop li a tolu. 

Et li vilains autre aparelle, 

et de quant qu'il puet le conselle. 

Et li lions li vient corant, 
730. qui moût l'enchauce par devant; 

as ongles jusqu'à laventaille 

li deronpi tote la maille, 

et si li retout son escu. 

Et cil li a autre rendu. 
735. Mes or set bien et aparçoit 

Gauvains que se il li toloit 

cestui, que ce seroit moleste. 

Parmi la grève de la teste 

lo fiert de l'espee trenchant, 
740. que jusqu'as denz tôt lo porfant, 

et li lions chiet a la terre. 

« De cestui est fine la guerre, » 

fet Gauvains « et fête la pes. 

« Or me rent » fet il « desormès 
745. « lou frainc, foi que tu doiz ton père. » 

« N'ira mie issi par Saint Père, » 

fait cil « n'i avra mestier ganche. 

« Je verre ainz tote ta manche 

« de ton hauberc de sanc vermel. foi- 33 r ° a - 



i;o 



LA DAMOISEI.K A LA MULE 



750. « Se tu viaus croire mou consel, 
« désarme toi et si menjue, 
« tant que force te soit venue. » 
Mes il ne vialt por nule peine. 
Et li vilains tôt droit lo mainne, 

755. parmi chambres et parmi huis, 
que bien savoit toz les réduis, 
tant qu'en la chanbre vient tout droit, 
ou li chevaliers se gisoit 
qui parmi lou cors ert feruz. 

760. « Gauvains, bien soies tu venuz; » 
Fait il, tantost con veù l'a. 
« fortune t'a envoie ça, 
« por ce que je sui ja gariz ; 
« et si es tu assez hardiz, 

765. « mes conbatre o moi t'estuet. » 
Des qu'autrement estre ne puet, 
ja ce dit no contredira. 
Et cil maintenant se leva 
qui s'arme tôt a son voloir. 

770. Mes trespassé vos dui avoir 
ce que ne doi pas trespasser : 
ainz fust moût bien a reconter 
por ce que navrez se levoit. 
Une costume tele avoit, . 

775. quant un chevalier d'autre terre 
por la pucele venoit querre 
lo frainc qui ladedenz estoit, 
a lui conbatre se devoit, 
et s'il estoit par lui vaincuz, 

780. ja eschanges n'en fust renduz, 
se de la teste non trenchier 
et puis en un des piez fichier, 
de coi li chastiaus clos estoit. 
Et se autrement avenoit, 

785. que cil refust par lui vaincuz, 



fol. 5 3 r° b. 



LA LUTTE AVEC LE CHEVALIER BLESSE I J I 

un autres pieus seroit feruz. 

tant qu'autres chevaliers venist, 

que cil par bataille vainquist. 

Ensi sont cil andui armé, 
790. et li vilains a amené 

a chascun d'aus un bon destrier, 

et il i saillent sanz estrier. 

Et les escuz pendent as cous, 

desormès en orroiz les cous. 
795. Maintenant qu'il furent monté, 

lors a li vilains apresté 

deus lances grosses, si lor baille 

por conmencier celé bataille. 

Lors s'esloingnent li un de l'autre, 
800. puis s'entrevienent tôt sanz fautre ; 

par vertu tieus cous s'entredonent, 

a pou qu'il ne se desarçonent. 

Les lances brisent et esloissent, 

et li arçon derrière froissent, 
805. et deronpirent li estrier ; 

n'i remest corroie a trenchier, 

que ne puent lou fes soffrir. fol. 35 v. a. 

A terre les estuet venir, 

1 
tout maintenant em piez revienent 

810. et les escuz enbraciez tienent. 

Durement a ferir s'essaient, 

sor les escuz tieus cous se paient, 

que les estanceles en volent ; 

as espees les escuz dolent, 
815. si que les piecent et abatent. 

Deus liuees s'entreconbatent, 

que seulement plain pié de terre 

ne puet l'uns sor l'autre conquerre. 

Si a moût Gauvain anuié 
820. de ce qu il a tant detrié; 

si lou requiert de tel vertu 



: _ : LA DAMOISELE A LA MULE 

que trestot li a porfendu 

l'iaume, et lo cercle coupé. 

Et si l'a lors si estoné 
825. que il est enbrunchiez vers terre, 

et li vassal a lui lou serre. 

Gauvains lou sache par grant ire 

et fait sanblant de lui ocirre. 

Et cil maintenant li escrie : 
830. « Gauvains, ne m'ocirre tu mie ; 

« fous fui quant a toi me prenoie, 

« mes encor hui matin quidoie 

& que soz ciel n'eïist chevalier 

« qui contre moi s'osast drecier, 
835. « et tu m'as a force conquis, 

« et si te monte or a grant pris. fol. 33 v° b. 

(( Et je te quidoie trenchier 

« la teste, et en ce pel fichier 

« ou il n'en a nules fichiees. 
840. « Si ai totes celés trenchiees 

« qui tôt entor ce paliz sont, 

« a chevaliers qui çaiens ont 

« venu por autretel afere. 

« Aussi quidoie je toi faire, 
845. « mes soz ciel tel chevalier n'a. » 

Gauvains lo let, et il s'en va ; 

en la chanbre s'est desarmez. 

« Vilains, » fet Gauvains « or pensez 

« conment porrai lo frainc avoir ». 
850. « Gauvains, » fait il « viaus tu savoir 

« que tu as afere premiers 

« a deus serpens, félons et fiers, 

« qui sanc gietent de leus en leus, 

« et par la boche lor sait teus ; 
855. « conbatre te convient ançois ! 

« Mes bien saches que cil harnois 

« ne t'avra ja vers aus mestier. 



LES DRAGONS SONT TUES I73 

« Un autre ve t'aparellier, 

« qui plus ert forz et plus tenanz. 
86o. « Il a bien çaiens quatre cenz 

« haubers tresliz, forz et entiers, 

« qui furent a ces chevaliers 

« dont tu vois les testes coupées. » 

Armes li a tost aportees 
865. li vilains de plusors manières. fol. 54 r° a. 

Unes armes fors et entières 

li baille, por soi atorner. 

Lors dist Gauvains : « va amener 

« les diables que tu disoies. » 
870. « » 

fet cil « mes ainz que soit passez 

« midis, avras a fere assez. 

« Il n'a soz ciel home si fier 

« fors moi, qui les ost aprimier, 
875. « ne qui les ost neïs veoir. » 

Gauvains li dist : « ne te chaloir. » 

Lors va deslier les sarpanz 

(qui moût par sont et fiers et granz) 

li vilains, et amainne amont, 
880. qui moût sauvages bestes sont, 

si que partot de leu en leu 

est ses escuz enpris de feu. 

Par vertu Gauvains lou requiert, 

tel cop de l'espee li fiert, 
885. si con Tescristure tesmoingne, 

si que la teste li reoingne; 

si l'a tué isnelement. 

Xe sai que j'alasse acontant, 

mes ainz que midis fust passez, 
890. les a andeus si conreez, 

que tuit sont mort et detrenchîé. 

Auques a lo vis entochié 

do sanc et de la porreture. 



174 LA DAMOISELE A LA MULE 

Li vilains reprent l'armeure 
895. de coi il conbatuz estoit. fol. 34 r° *>■ 

Mes ançoiz qu'il desarmez soit, 

li nains petiz li vint devant, 

qui primes par desoz l'auvant 

vint a lui, si lou salua, 
900. ne plus dire ne li daigna, 

ainz s'en ala si fièrement. 

« Gau vains » fet il « je vos présent 

« de par ma dame lo servise, 

« mes que il soit par tel devise, 
905. « que avecques li mengeras 

« et a ton voloir en feras, 

« tôt sanz contredit et sanz guerre, 

« do frain que tu ies venuz querre. » 

Lors dist Gauvains qu'il i eroit, 
910. se li vilains lo conduisoit, 

car moût bien se floit en lui ; 

main a main s'en vont amedui. 

Moût l'a bien li vilains mené ; 

tant ont de chanbre en chanbre aie, 
915. qu'en la chanbre vienent tôt droit 

o la dame en un lit gisoit 

qui avoit envoie lo nain 

por querre monsaignor Gauvain. 

Maintenant que venu lo vit, 
920. contre lui va, si li a dit : 

« Gauvains, bien soiez vos venu, 

« si m'est il par vos avenu 

« moût granz anuiz et granz domages, 

« que totes mes bestes sauvages j i. 54 v° a. 

925. « avez mortes en ceste voie. 

« Si vos covient il tote voie 

« avec moi orendroit mengier. 

« Onques, voir, mellor chevalier 

« ne plus preu de vos ne conui. » 






LA RECEPTION CHEZ LA CHATELAINE 1 7 5 

930. El lit s'asient amedui, 

mes ne fu mie, ce me sanble 

li liz ne de sauz ne de tranble, 

o la dame et Gauvains seoient, 

que li quatre pecol estoient 
935. tuit de fin argent sororé. 

Sus avoit un paile roé 

qui toz iert a pierres ovrez, 

et autres richeces assez. 

Se deserire les vos voloie, 
940. trestot mon tens i suëroie, 

mes de ce n'estuet a parler. 

L'eve demande por laver ; 

li vilains maintenant lor baille 

les bacins d'or, et la toaille 
945. lor aporte por essuier. 

Atant asient au mengier 

la dame et messire Gauvains. 

Li nains les sert et li vilains, 

que laienz n'a plus de mesnié. 
950. Moût par est la dame haitié 

et bêle chiere fait son oste. 

Trestot delez li, coste a coste, 

lo fist seoir la damoisele, 

et mengier a une escuèle, fol. 34 v b. 

955. qui moût lo loe et moût lo prise. 

Desmès ne faz autre devise, 

ne plus ore ne vos en cont. 

Mes maintenant que mengié ont 

et la table lor fu ostee, 
960. l'eve a la dame demandée ; 

li vilains maintenant li baille. 

Gauvain est tart que il s'en aille, 

que moût quide avoir demoré ; 

lors a la dame a demandé 
965. lo frainc, que bien lo doit avoir. 



I 7 6 



LA DAMOISELE A LA MILE 



« Sire », fet ele « mon pooir 
et moi met en vostre servise, 

« que moût ave/ grant chose en prise 
por ma seror en ceste voie. 
970. « Je sui sa suer et ele est moie, 
si vos en doi moût anorer. 
S'il vos plaisoit a demorer 
çaienz, a saignor vos prend roie 
et tôt cest chastel vos rendroie, 
975. « dont j'e encore trente et huit. » 
Dame » iet il « ne vos anuit, 
tart m'est, ce vos di par ma foi 
que je soie a la cort lo roi, 
que ensi l'ai mis en covent. 
980. « Mes donez moi delivrement 

lo frainc que je sui venuz querre. 
Trop ai esté en ceste terre, 
or est ensi : plus n'i serai, 
et neporquent bon gre vos sai 
985. « do bien que vos me présentez. » 

Gauvains, » fet el « lo frainc prenez, 
vez lou la a ce clo d'argent. » 

Et il tôt maintenant lou prent, 

et moût très grant joie en demoine. 
990. Et li vilains la mule amoinne, 

Gauvains met lo frainc et la sele, 

congié prent a la damoisele. 

Et ele eonmande au vilain 

qu'il face monsaignor Gauvain 
995. tôt sanz enconbrier fors issir, 

et lou chastel feïst tenir 

tôt quoi, tant c'outre fust passez. 

Messire Gauvains est montez, 

qui de la voie fu moût bel. 
1000. Li vilains eonmande au chastel 

qu'il fust toz coiz, et il s'esta. 



fol. 



->) 



LA JOIE DE LA POPULATION 1 77 

Gauvains seùrement passa, 
et quant il a lou pont passé, 
vers lou chastel a regardé, 
1005. et sl a l° rs parmi les rues 
si granz conpaignies veûes 
de gent qui laienz quaroloient 
et si grant joie demenoient, 
que se Dieus l'eùst conmandé, 
10 10. n'eussent il pas plus joé ; 
li uns a l'autre se déporte. 
Encor estoit desor la porte 

li vilains qui l'ot fors mené, fol. 35 r° b. 

et Gauvains li a demandé 
1015. quieus senefiance c'estoit, 
que ladedenz veù n'avoit 
a l'entrer ne petit ne grant, 
et or i voit joie si grant 
que trestuit de joie tençoient. 
1020. « Sire » fet cil « repost estoient 

« es crotes, por les cruautez 

« des bestes c'ocises avez, 

« qui si grant effrois demenoient, 

« que quant par aventure issoient 
1025. « les genz fors, por aucune ovraingnie, 

« ne remansist qu'a quelque painne 

« ne les covenist deslier : 

« s'esaloient toz depecier, 

« par lor orgoil et par lor rage. 
1030. « Et or dient en lor langage : 

« Dieus les a par vos délivrez, 

« et de toz biens enluminez 

« la gent qui en ténèbre estoient. 

« Si grant joie ont de ce qu'il voient, 
1035. « qu'il ne puent graingnor avoir. » 

Ice, sachiez très bien de voir, 

a Gauvains moût bien atalente. 

12 



iy8 LA DAMOISELE A LA MULE 

Maintenant se mist en la sente 

qui vers l'eve lo moin ne droit, 
1040. o la planche de fer estoit ; 

outre passe seurement. 

Tant ala après chevauchant, 

qu'il est venuz en la valee fo1 - v> v ° a - 

qui de vermine est aornee. 
1045. Outre est seurement passez, 

dedenz la forest est entrez 

o les bestes sauvages sont. 

Maintenant qu'aparceii l'ont, 

contre li vont, si lou convoient ; 
1050. les deus genoz a terre ploient 

et de lui aprochier s'aesent ; 

les piez et les janbes li baisent, 

et font a la mule autresi. 

Gau vains de la forest issi, 
1055. qui de l'aler ne tarda mie. 

Entrez est en la praerie 

qui do chastel estoit voisine. 

Li rois Artus et la roïne 

furent aie esbanoier, 
1060. et avecques maint chevalier 

qui de lor conpaignie sont, 

de la sale es loges amont. 

Et Gauvains tôt adès venoit ; 

la roïne primes lo voit, 
1065. si l'a as chevaliers mostré. 

A l'encontre li sont aie 

et chevalier et damoiseles. 

Moût fu liée de ces noveles 

la damoisele quant cl oit 
1070. que messire Gauvains venoit, 

celé cui estre doit li frains. 
Venuz est messire Gauvains, 

et la pucele va encontre. foi- 35 v ° b - 



LE HÉHOS RENTRÉ A CARDUElL, Y RACONTE SES EXPLOITS 1/9 

« Sire, » fait ele « bon encontre 
1075. « vos doint Dieus, et tôt lo déduit 
« qu'on puet avoir et jor et nuit. » 
« Et vos aiez bone aventure », 
fait cil qui descent de la mure 
a terre par l'estrier d'argent. 
1080. La pucele en ses braz lo prent, 
si lou baise plus de cent foiz. 
« Sire » fait ele « il est bien droiz 
« que je mete tôt a devise 
« lo mien cors en votre servise, 
1085. « que bien sai que ja ne l'eusse 
« par nul home que je seùsse 
« dedenz lo chastel envoier. 
« Car mort en sont maint chevalier 
« qui les testes coupées ont, 
1090. « qui de l'avoir nul pooir n'ont. » 
Lors li a Gauvains recontees 
les aventures qu'ot trovees : 
de la grant valee et do bois, 
et de la fontainne a espois, 
1095. et de levé qui noire estoit, 
et do chastel qui tornoioit, 

et des lions que il ocist, 
et do chevalier qu'il eonquist, 
et del vilain lo eovenent, 
1 100. et de la bataille do sarpent, 

et del nain qui lo salua 

et plus dire ne li daigna, 

et cornent après li revint, fol. 36 r° a. 

et conment mengier lo covint 
1 105 . en la chanbre a la damoisele 

qui suer estoit a la pucele, 

et cornent li trains fu renduz, 

et quant do chastel fu issuz, 

et conment il avoit veues 



iSo LA DAMOISELE A LA MLLE 

1 1 io. les quaroles parmi les rues, 

et conment issuz s'en estoit 

sanz enconbrier et sanz destroit. 
Quant Gauvains a ce raconté, 

et la pucele a demandé 
1 1 1 5 . congié as barons de la cort, 

La roïne Guenievre i cort, 

et li rois et li chevalier 

i sont aie por li proier 

qu'avec aus laienz demorast, 
1 120. et des chevaliers un amast 

qui sont de la Table Heonde. 

« Sire, Damedieus me confonde, » 

fet ele « se j'onques osasse, 

« se volentiers ne demorasse, 
1 125. « mes je ne puis por nule painne. » 

Sa mule demande, on li amainne, 

si est montée par l'estrier, 

et li rois la vet convoier. 

Mes ele dit que nul conduit 
1 130. ne vialt avoir, ne lor anuit, 

et si estoit il auques tart. 

Congié prent et si s'en départ, 

si se remist en l'anbleùre. fol. 36 r° b. 

De la dam 01 se le a la mure 
1 1 3 5 . qui s'en est tote seule alee, 
est ci l'aventure finee. 






LEÇONS DU MANUSCRIT ET NOTES 



v. 3. ms. anez. 
6. biens. 
59. senechal. 

122. et créant. 

124. il die. 

125. qui a l'alcr. 
139. beste. 
142. sirât 9qs. 

1 52. s'agenoilloillent. 

172. tenebrose. 

177. entre. 

185. de coi il ist moût grant puor; la correction est de M. A. Thomas. 

199. q» laienz. 

213. q'1 fust. 

221. de p>us. On serait tenté de lire de pins, cet arbre appartenant au décor 
traditionnel de la fontaine cp. « fontainne soz le pin », Yvain, 
vv. 380, 697 et 4938, mais le vers 1094 dans lequel Gauvain parle 
d'une « fontainne a espois », nous- fait penser qu'il s'agissait d'aubé - 
pines. 

286. messire .Y. 

328. M. Foerster (Erec, petite édition, p. xxxix) lit avec Méon : 

E por ce n'ose a cort venir. 
La parole plus maintenir 
ne voil a lui a ceste foiz, etc. 

Je ne vois pas de raison à admettre l'enjambement du couplet. 

335- q j i- 

346. o. 

366. la mul. 

370. Cependant les bêtes ont apporté leur hommage aussi à Keu qui n'est 

pas entré en possession du frein ; c'est la mule qu'elles honorent. 
376. et K. 
425. qui. 
458. quat la porte, 



LEÇONS DU MANUSCRIT ET NOTES 183 

474. celé qui do vcoir fu bel, cp. v. 999. 

483. le ms. porte G., on pourrait lire « Gauvains », mais il n'est par sûr que le 
nain ait connu le nom du chevalier qui n'a pas encore eu le temps 
de se nommer ; cependant le chevalier blessé sait le nom de son 
adversaire. 

492. et li nains. 

515. mor resanble. 

527. graigno. 

582. i est. 

543. a deus bacins. 

559. enz enz. Cette correction déjà chez Méon et M. Jenkins (MeJeni Lan- 
guage Xoies, t. XXVI, p. 150). 

565. orendroit jeu. 

577. lacune v. plus haut p. 100. 

619. vieil df>c 

656. armeure. 

665. le lions. 

671. chies en chies. 

676. si li. 

711. coe, correction de M. Jenkins (art. cit. j. 

726. scil. escu. 

760. soiez. Voyez la note du v. 483. Quoiqu'il soit moins étonnant ici que 
le chevalier nomme Gauvain, on pourrait à la rigueur remplacer 
« Gauvains » par « biaus sire » p. e. 

772. fait ml't. 

781. voyez sur cette construction Tobler, Vermischte Beitriige, t.I, p. 19. 

787. groses. 

800. faudre. M. Jenkins lit aussi fautre ; on pourrait peut-être lire sur 
fautre, « rapidement ». 

815. en abatent. 

826. lo vassal. 

884. lo. 

896. aincoiz. 

912. Le ms. donne main en main, je ne connais pas d'autre exemple de cette 
locution. 

930. es liz, cp. v. 932. 

953. lo fïet. 

964. lors a la dame demande. 

985. présentez. 
1010. n'i eust il pas plus joe. 
1018. voi. 
1024. issdient. 
105 1. aessent. 

1069. ot. 

1070. venot. 
J0/6. c; puet. 



LEXIQUE ET INDEX COMPLET 
DES FORMES 



A prép. 

i. Indique la direction 19, 53, 93, 114, 
140, 150, 159, 233, 262, 284 (as), 
320 (au), 321, 322, 327, 331, 350, 
364, 367, 379, 391, 410, 539, 651, 
701, 731, 740 (as), 741, 808, 826, 
831, 899, 964, 1050, 1066, 1079. 

2. le lieu, le séjour 360, 431, 793 'as), 
978, 987. 

3. le temps 96, 124, 190, 423, 598, 
699, 1017. 

4. l'instrument 296, 443, 575, 592, 
683 (as), 726 (au), 731 (as), 814 (as), 
937, 954- 

5. la manière 371, 549, 550, 567,623, 
769, 835, 906. 

6. la destination, le but, la fonction 324, 
544, 547 ( au )> 6 7 2 > 8o6 > 946, 973. 

7. Exprime le rapport d'appartenance 
398, 862, 1094, 1105, 1106. 

8. Précise le rapport de personne ou 
d'un être vivant, étant l'objet d'une 
action 275, 329, 354, 386, 446, 557, 
641, 668, 778, 831, 842, 852, 992, 
993 (au), 1000, 101 1, 1053, 1065 (as), 
11 15 (as). 

9. Est employé dans des locutions adver- 
biales, a anui 457, a devise 1086, 
a estrous 312, 717, a po 190, a pou 
802, a quelque poinne 179, 419, 
456, 1027. 

10. Introduit un attribut de personne, 
monter a... 836, savoir a... 646, 
tenir a 153, 524, 573. 



11. Introduit un infinitif complément 
d'action, 772, 811, 872, 941, 972. 

[Abandoner], abandonner ; aban- 
donez part. p. 642. 

[Abattre ; abatent prés. 815. 

Abit, repaire de bêtes sauvages 159. 

[Abevrer , abeuvrer; aboivre 3 prés. 
222. 

Abrivez, empressé 483. 

[Acheminer (s')]; s'est acheminez 
p. i. 424. 

Acoler, embrasser 342. 

[Aconter], raconter; acontant part. 

888. 

Adès, toujours 199 ; tôt adès, tou- 
jours, sans cesse 200, 454, aussitôt, 
176, 1063. 

[Adoler], attrister ; adolez part. p. 
322. 

Adonc, alors, 622. 

Afere, affaire 843, 851. 

Afichier (s'), se charger de 84 ; s'est 
afichiez/w5. ind. 316. 

[Agenoiller (s')], s'agenouiller; age- 
noilloient impf. 152. 

Aguz. pointu 434. 

Ahurté, entassé, réuni 203. 

Aidier], aider; aït s subj. prés. 303, 
531, 534, 571,627, 666 ; aïez / subj. 
prés. 315. 



iS6 



1 A DAMOISELE A LA MULE 



Ainz. .iv.mt J07, 695, 748,772 : plutôt 
|So, 643, 901 : ainz que, avant que 
1 $8, joi, su. 637, 650, 871, 889; 
ainz que, plutôt que $34. 

Aïp. allure 272. 

Aise, estre aise, être content 346 

Aïsier, satisfaire 556 ; s'aïsier, s'em- 
presser de ; aesent/>m. 1051. 

[Ajorner . l'aire jour ; ajorna />. d. 
599, 

Aler, aller lll, 137, 242,408,495, 
693; y e prés. 858 ; va prés. 54, 117, 
189, 381, 846, 877, 920, 1073; vet 
pris. 66, 114, 126, 159, 362, 678, 
8)8, 1128; vont 364, 912, 1049; 
ailles subj. 563 ; voisss subj. 655 ; 
aille ; subj. 348, 501, 962 ; va imper. 
868 ; alez imper. 50 ; aloit itnpf. 231; 
ira////. 746; eroit cowi. 909; ala 
/>. </. 901, 1042 ; alasse subj. p. 888 : 
alast subj. p. 100, 343 ; a aie p. i. 
232, 238 ; est alez p. /'. 321, 402 ; 
est alee P. i, 11 35; sont aie p. i. 
1066, 11 18 ; ont aie p.i. 914 ; ot 
aie p. ant. 164, 168; furent aie 
p. mit. 1059 ; a lé /wr/. p. 32, 132 ; 
alees/w/7. p. 141. 

Aler subst.verb., expédition, marche, 
125, 1055. 

Aleûre, marche 38. 

[Amasser], réunir ; amassez part, 
pass. 24 ; amassées, 'part. p. 134. 

Amedui, tous les deux, 698, 912,931. 

Amener 868 ; amainne près. 673, 
879, 1 126 ; amoinne prés. 678, 990; 
a amené part. p. 790. 

[AmerJ aimer ; amast subj. p. 1120. 

Amont </(/:., eu haut, 33, en montant, 
56, 505, 879, 1062. 

Amor s. /., amour 91, 369. 

Anbleùre, pas de marche ordinaire 
d'un animal qu'on monte 126, 228, 
1133. 

Ançois, d'abord 662, 855 ; plutôt 191, 
250 : ançois que, avant que 100, 
343, 480, 563 ; anooiz que 896. 

Andeus (An ,ij.) tous les deux ; 890, 
andui, c. s. 789. 

Angoisseus, plein d'angoisse, 323. 



Angoissier, v. tr. s importuner, 108. 

Anor, honneur 151, 275. 

Anorer, honorer 155, 971 ; anorent, 
prés. (ÎH. 

Anui, ennui 457 ; anuiz 923. 

[AnuïerJ, ennuyer; anuit s subj. 976, 
1 130 ; a anuië p. i. 819. 

Anuit adv. } pendant la nuit 561 ; pour 
la nuit 573, 583. 

[Aorner], remplir ; aornee part. 
1014. 

Aparçoivre], apercevoir; aparçoit 
près. 374, 735; aparçurent, /'. </. 
271 ; aparceù ont p. /'. 1048. 

Aparellier, préparer 858 ; s'a. d'une 
armeùre, se vêtir, s'armer 657 ; 
aparelle ; prés. 727 ; a aparellié 
p. i. 702. 

[Apeler]. appeler ; avoit apelez 

ppf. 788. 

[Apendre], tendre comme piège ; 
apent/m. 201. 

[Aporter] : aporte près. 676, 945 ; 
aportera 335////. ; a aportée p. i. 
511, 553; a aportées p. i. 864; 
sera aporté, p. fut. 334. 

[AprendreJ ; a aprise p. i. 128. 

Après, 31, 1042, 1103. 

[Aprester] préparer ; a apresté, 796 ; 
s'est aprestez, /. i. 518. 

Aprimier, dompter, 874. 

Aprochier, approcher 105 1. est apro- 
chiez, p. ini. 293. 

Arche, arcade 497. 

Arçon, 804 ; arçons 351. 

[Ardoirj, brûler; arde, sub. 644. 

Ardure, chaleur 195, 211. 

Arestement, arrêt 381. 

[Arester] s'arrêter, rester ; areste 
près. 592, est arestez/?. i. 451. 

Argent, 935, 987, 1079. 

Ariers adv., en arrière 3. 

Arme, 119; armes 671, 864, 866. 

[Armer] ; arme prés. 670, 769; armez 
impér. 669; armez part. p. 66y, 
armé part, p, 789. 



LEXIQUE ET INDEX COMPLET DES FORMES 



187 



Armeùre armure 656, 8! I \ . 

[Arrachier], arracher : arache prés. 

682. 

As, v. a. 

Asalt, attaque 430. 

Aseoir, faire asseoir qqu'un (lui a...), 
s'asseoir 540 ; asient près. 930, 
946; assist p. d. 547; est assise 
p. prés. 199. 

Aserir, faire soir 537. * 

Asseûrer (s')], se rassurer ; s'est 
asseùrez pass. ind. 209. 

Assez, 12, 23, 28, 76,257, 287, 413, 
5 3 3,638, 660,764,872, 938. 

[Atalenter . plaire : atalente s prés. 
1037. 

Atant, cependant, alors, 64, 208, 258, 
450, 464, 504, 601, 6C8, 946. 

Atendre, 714. 

Atorner, arranger, préparer (un ani- 
mal à la marche, un chevalier à la 
bataille) 867 ; atorna p. d. 600 ; 
a atornee/>. t. 217. 

[Aucun], quelqu'un; aucune 1025. 

Auques, un peu 209, 244, 406, 475, 
892, 1131. 

A US, prou. pers. v. il. 

Aussi, ainsi 844. 

Autre, 107, 383, 660, 702, 720, 727, 
734. 775, 799, 858, 956, pi. 201 ; 
autres 67, 287, 786, 787, pi. 183, 
938 ; l'autre prou. 818, ion. 

Autrement, 766, 784. 

Autresi, autant 226, 1053. 

Autretel, pareil 843. 

Auvant, auvent .478, 898. 

AvaJ, en bas, en descendant, 35. 

Avant, 96, 132, 168, 408. 

Avec, 26, 60, 665, 927, 11 19. 

Avecques. avec 192, 905, 1060. 

[Avenant], avenanz 40. 

Avenir, arriver 463; avient prés. 12 ; 
aviegne sub. 582 ; avenoit impf. 219, 
413, 784 ; avint p. d. 20 ; est avenu 
p. i.922 f 



Aventure, accident de nature à mettre 
en jeu le courage d'un chevalier 17, 
62, 239, 522,' 1024, 1077, 11 36; 
aventures 1092. 

[Avironer], entourer; estoit avi- 
ron ee imp. pus. 220. 

Avison, avis, information ; par avison 
399- 

Avoir, 118, 119, 125, 173, 201, 204, 
206, 208, 297, 317, 635, 690, 849. 
965, 1035, 1076, 1090, 11 30 ; ai 
prés. 624 ; e prés. 975 ; aspics. 85 1 ; a 
prés. 2, 112, 294, 295, 401,416, 529, 
545, 630, 643, 658, 660, 708, 713, 
839, 845, 860, 873, 892, 949; avon 
prés. 63 ; ont, prés. 30, 1034, 1089, 
1090; aie subj. 535 : aies subj. 522, 
531 ; ait subj. 196, 251, 337, 586; 
aiezsubj. 103, 1077 ; avoit impj. 42, 
70, 82, 129, 223, 435, 439, 645, 774, 
936 : avrai////. 78, 312 : avré 649 ; 
avras fut. 638, 872; avra fut. 95, 
747, 857; avrez fut. 292; avront 
fut. 6-jj : avroit cond. 17; ot p. d. 
23, 28, 116, 122, 142, 375, 348 ; oit 
p. d. 1069; orent p. d. 36; eusse 
subj. p. 1085 ; eùst subj. p. 174, 833, 
1010: a eù/>. i. 141, 276 ; avoit eu 
ppf 166. 

Avoir F, subst. verb. bien, richesse, 
279. 



[Bacin], bassin ; bacins 543, 944. 

Bailler], donner : baille ; prés. 797, 
867, 943, 961 ; bailleroie / fut. 92. 

Baisier, baiser 101 ; baise prés. 
108 1 : bese 345; baisent près. 1052 ; 
besast subj. pass. 99, 344. 

Barbe, 715. 

Barge, barque 236. 

Baron, 31; barons 1115. 

Bas . basse 499. 

Bataille, 638, 651, 788,798, 1100. 
[Batre . battre : estoit batuz pas. 
impf. 162. 

Beisier, s. baiser 103; baisiers 107. 

Bel, 94, 282, 428, 474, 999: bêle 40, 
225, 385, 951 ; bêles 10. 28; plus 
bêles 10, 



i88 



LA DAMOISELE A LA MULE 



Beneïçon], bénédiction ; beneïcons 
pi. 352, 

Besoing, besoin |o. 

Beste , bête; bestes 133, 139, 147, 
183, 269, j6o, y à j, 663, 880, 024. 
1022, 1047. 

Bien, aàv. 6, 47. 69,75, 82, 94, 122, 

127, 128, 163, [89, 219, 241, 246, 
251, 260, 273, 293, 294, 347, 37 1. 
407, 428, 434, 448, 453, 460, 483, 
507, 556, 604, 613, 615, 632, 6^6, 
072. 698, 735, 756, 760, 772, 856, 
S6o, 911, 913, 965, 1036, 1037, 
1082, 1085 ; miaus 178, 248, 250, 
586. 

Bien, s. 523, 526, 985 ; biens 1032. 

Bise. 200. 

Blanc], blanche 542. 

Boche, bouche 854. 

Bois, 146, 192, 280, 1093. 

(Boivre), boire; boit prés.- 226. 

Bon, 310, 573, 658, 791, 984, 1074; 
bone 522, 1077; bones 529,671; 
mellor 928; miaudres 11. 

Braz, bras, 1080. 

IBriser], brisent prés. 803. 

Bruianz ; bruyant 392. 



C v. que conj. et pion. 

Ça, ici 7(12. 

Çaienz, ici dedans 83, 525, 638, 973 ; 
caiens 842, 860. 

Car, 71, 229, 347, 556, 911, 1088. 

Cave, 49 8 > 505, 595 - 

Ce. 1, 10, 84, 213, 231, 234, 283, 370, 
398, 407, 418, 420 (ice), 457, 475, 
314, 562 (ice), 616, 626, 631, 633, 

737, 7 6 3> 7 6 7> 77 1 » 82 °> 8 3 8 , 841, 
931, 941, 977, 987, 1015 (c'), 1034, 
1036 (ice), 1113 ; ces 862, 1068. 

Celé, v. cil. 

Cent. 108 1 : cenz ( c.) 860. 

Cercle, partie du casque 823. 

[Certain], certainne 420. 



Certes, 297, 533, 688. 

Cest, celui-ci 96, 146, 559, 974; ceste 
85, 124, 329, 423, 575, 925, 969, 
982 ; cestui c. r. 737, 742. 

Chaenne, chaîne 683. 

[Chair;, choir; est chauzy>. ind. 189. 

Chaloir, v. imp. avoir souci ; ("ne 
te chaloir ") 876. 

Chalonge, réclamation, dispute ; sanz 
ch., sans* conteste 89, 560. 

Chanbre, chambre 757, 847, 914, 
915, 1105 ; chanbres 753. 

Chascun, chacun 435 ; chascuns 5, 

159. 

Chastel, 38, 93, 281, 427, 473, 974, 
996, 1000, 1004, 1057, 1087, 1096, 
1108 ; chastiaus 106, 429, 440, 
454, 7 8 3- 

Chaut, chaleur 195. 

Chemin, 260. 

[Cheminer , chemine prés. 390 ; 
avoit cheminé />/>/. 129. 

[Cheoir], choir; chiet prés. 741; 
cheoiz fust subj. ppf. 422. V. 
[chair] . 

Chevalier, 44, 57, 83, 368, 437, 557, 
685, 724, 758, 775, 787, 833, 842, 
845,928,1060, 1067, 1098, 1117; 
chevaliers 23, 287, 645, 758, 787, 
862, 1065, 1088, 1120. 

Chevauchier, chevaucher 264 ; che- 
vauchant part. 232, 1042; che- 
vaucha p. </. 659. 

Chevestre, chevêtre, 43. 

Chevous, cheveux, 299. 

Chief, « de chief en chief » d'un bout 
à l'autre 671, venir a chief, parfaire 
672. 

Chier, cher 5 ; chieres 13. 

Chiere, chair; bêle chiere 951. 

Chievre, chèvre 691. 

[Choisir], apercevoir ; choisi s p. d. 
685. 

Chose, 2, 7, 107, 420, 968. 

Ci, ici, 1 136. 

Ciel, 833,845, 873. 






LEXIQUE ET IXDEX COMPLET DES 1 ORMES 



189 



Cil, pion, détn.j celui 536, 538, 549, 
670, 696, 697, 702, 734, 747, 768, 
785, 788, 789, 829, 856, 871, 1020, 
1078; celé 109, 136, 187, 296, 362, 
798, 1071 ; ceïes 840. 

[Cité], citez//. 277. 

Cler], clair; clere 218. 

Clo, clou 987 (c. d'argent). 

Clos, 431, 433, 783. 

Coche, couche 554. 

Cochier, coucher 555, 563 : est 
couchiez/, i. 597. 

Coi, quoi//w/. rél, 185, 895. 

Coi]. adj. ; coiz 1001. 

Col, cou 511, 589, 603, 621, 623. 

Coluevre], couleuvre : couluevres 

182. 

Cornent, v. Conment. 

Con, adv. comme 22, 73, 88, 197, 
261, 271, 441, 442, 557, 761. 

Conbatre, combattre, 614, 640, 648, 
665, 765, 778, 855: conbat près. 
688 : conbatrai fut. 668 : conbatuz 

estoit ppf. 895. 

[Conduire], conduisoit impf. 910. 

Conduit, escorte 1129. 

Confondre , détruire, punir : con 
fonde ; suif. 1122. 

Congié, congé 337, demander c, 
1 1 1 5, prendre c. 992, 1 1 32. 

[Conmander , ordonner, se recom- 
mander ; conmande jprés. 109, 993, 
1000; s'est conmandez j pf. 410; 
ont conmande/. 1. 354 ; eùst con- 
mande sub. ppf. 1009. 

Conme, comme 709. 

Conmeneier, commencer 798 : con- 
mence s pré* 1 7, 686. 

Conment. comment 331, 348 (con- 
ment que» 582, (c. que) 635, 849, 
1104, 1109, in 1: cornent 1103, 
1 107. 

Conoissance, connaissance 147,369. 

[Conoistre connaître : conoissoient 
impf. 366 ; conui / /. </. 929. 



Conpagnie. compagnie 1061 : con- 
pagnies 1006. 

Conpaignon. compagnon 118,723. 

Conquerre, conquérir 818 : conquist 
3 /. d. 1098: a conquis p. i. 835. 

[Conreer] arranger; a conreez /. i. 
890. 

Consel, conseil 750. 

[Consellerj, demander conseil, dis- 
cuter; conselle; très, 'i^iconsellent 
prés. 46 : iert conselliez pas. fut. 
250. 

Consievre , atteindre en frappant, 
s'engager : s'est conseùe /. /'. 

Contenance, attitude, 521. 

Conter], raconter; cont / prés.95H. 

Contre, 834; à l'encontre 920, 1049. 

[Contredire, contester; contredi 
prés. 612; contredira/^/. 767. 

Contredit, opposition 89, 560, 579, 
907. 

Convant, accord, condition 575. 

[Convenir . être d'accord, convenir; 
convient près. 689, 690,855; co- 
vient/m\ 176, -144, 557, 926: con- 
venant part. 315 ; covenent part. 
1099: convendra ///. <)10: covint 
/. d. IlOi ; convenist subj. /. 494 ; 
covenist subj. p. 1027 ; avoit co- 
vent ppf. 61-. 

Convoier. accompagner 1128 ; con- 
voie 127. ; prés. ; convoient prés. 
1049. 

Convoier. s. v. convoi qui accompa- 
gne quelqu'un 116. 

Cop, coup 592, 699, 726. 884. 

Corée, entrailles 718. 

Corgiee, corde 445. 

[Corir], v. [courir . 

Correeier. se courroucer 708. 

Corroie, courroie 806. 

Cors, corps 759, 1084. 

Cort. cour 19, 25. K), 527, 978, 
1 1 15 : cort tenir 2 1 . 

Coste, côte 952 ic. a 0. 



190 



La daMoiSelè a la mi ri i 



Costume, coutume 774. 

Cou), cous 793. 

|Cou|. coup: cous 794, 801, S 12. 

ÎCouchierj. v. cochier. 

Couper], coupe ; prés. 591 ; a coupé 
p. /'. S123 ; ot coupée p. a. 606 ; cou- 
pée part. 1089; coupées part. 863. 

[Courir], cort ; pets. 1116; corent 
/>r«. 67; courant part. 66, 126; 
corant /w/7. 729; coururent />. </. 
272. 

[Covenir], v. [convenir]. 

Covent. gage 611 ; mettre en covent, 

promettre 979. 

Créant, engagement, promesse ; a 
créant sûrement 122. 

Creanter], croire, donner assurance, 
promettre; créant ; prés. 122; a 
créante/', i. 333,068; avoit cré- 
ante ppf. 633. 

Croire, 750. 

[Crote , grotte; crotes 1021. 

Cruauté), cruautez 1021. 

Cruel, 395 (épithète de l'eau). 

Cruëus, creux 172. 

Cuer, cœur 691 ; de bon cuer volon- 
tiers 310; cuer d'iver 197; cuers, 
courage c. faut 652. 

Cui, qui 282 à qui 107 1. 

Cuidier, v. quidier. 

Cure, avoir cure, avoir soin, 112, 
116. 



Dahez, avoir dahez mal tomber; 
mal dahez ait il sorte de malé- 
diction 2) I, 583. 

| Daigner , d:igne ; près. 694; dai- 
gna p. (I. 900, 1102 ; daignast subj. 
P- 493- 

Dame, 1 |8, 151, 487, 903, 916, 933, 
917) 93°' 9^0, 064, 976 ; dames 27. 

Damedieus, Seigneur Dieu, 1122. 

Damoisele. 18, 41, 291, 305, 330, 
353> 95 3, 992, 1069, 1105, 11 34 ; 
damoiseles 27. 1' 67. 



De, pn'p. 

1. exprime le rapport d'appartenance, 
198 (del), 279, 320, 437, 441, 473 
(do), 479, 691, 738, 1022 (des), 
1 06 1 , 1 1 1 5 , 1 1 2 1 . 

2. sert de partitif 204, 401, 414 (do), 
435 (des), 469, 638, 679, 713, 782, 
791, 817, 949, 1007, 1120. 

3. exprime l'éloignement en espace et 
dans le temps, la provenance 133, 
165, 185, 211, 213, 217 (d'), 226, 
280 (do), 356, 409, 505, 515, 516, 
620, 659, 671, 775, 853, 881, 903, 
914, 999, 1054, 1062, 1078, 1108 
(do). 

4. l'nstrument, la matière 152, 221, 
243, 405, 432, 434, 687, 705, TU, 
739, 749, 783, 882, 884, 893 (do), 
895, 932, 935, 944, 987 (d'), 1032, 
1040, 1044, 1079. 

5. la manière 3 10 (de bon cuer) ; 465, 
725, 821, 865. 

6. est employé dans les constructions 
adverbiales 383 (d'autre part); 4^ 
(de desor) ; 532 (de noient); 572 
(de mot) ; 612 (de noient) ; 675 
(de rien) ; 1036 (de voir). 

7. dans la comparaison, plus de 352, 
404, 47°, 545, 9 2 9> Io81 - 

8. a la fonction de touchant 84, 123 
(ravoir de); 148, 151, 174, 190, 
195, 247, 330, 393, 453, 474 (do), 
538, 611, 630, 639, 654, 665, 742, 
781, 820, 828, 908, 941, 1051, 1055, 

1057 ( do )> I0 93> io 94, i"95, I0 9 6 

(do), 1097 (des), 1098 (do), 1099 

'(del), 1100 (do), 1101 (del), 1154. 

9. indique la cause 234, 283, 475, 514, 
723,985, 1019, 1034, 1068. 

Deable, diable 398; deables 400. 

Debatre sel, se frapper; débat 

prés. 687. 

Debatuz, abattu 267. 

Debrisiez, brisé de fatigue 267. 

Dedenz, />/V/\ dedans 181, 351, 595, 
1046, 1086. 

Déduit, plaisir 1075. 

Degré, 505. 

Delez, vers 538, à côté de 952. 

Delivrement, rapidement (369, 980. 

(Délivrer ; a délivrez p. i. 1031. 



LEXIQUE ET INDEX COMPLET DES FORMES 



IQ1 



[Demander], demant / prés. 562 ; 
demande ; prés. 586, 942, 11 26; 
demandent/?/ ô. 58; a demandé/ 1 , i. 
634, 964, 1014, 1114; a demandée 

p. i. 960. 

Démener, agiter, faire, manifester 
443; demoinne 3 pris. 301; de- 
moine ; prés. 989 ; demenoient 

' impf. 1008, 1023. 

Demoisele, v. damoisele. 

Demorer, retarder, rester 112, 156, 
972 : avoir demoré itif. p. 9i\3 : 
demorast subj. p. 1 1 19 ; demorasse 
subj.p. 1124. 

[Dent], denz 6S3, 740. 

Départir, se], partir; départ 3 prés. 
1132. 

Depeeier, mettre en pièces 1028. 

[Déporter, se], s'amuser; déporte 
3 prés. 101 1. 

[Derompre\ déchirer; derompi p. d. 
732 ; deronpirent/7. d. 805. 

Derrière, 804. 

Derriers, par derriers, par derrière 
469. 

Des, dès 187 ; d. que 599, 766. 

[Desarçoner], désarçonner ; desar- 
çonent prés. 802. 

[Desarmer , desarme impér. 751 ; 
s'est desarmez/', i. 847 ; desarmez 
part. p. 896. 

[Descendre], descent 3 P' c ' s - 65, 
1078 ; est descenduz/7. i. 214, 384 ; 
fust descenduz subj. ppf. 480. 

Descrire, décrire, 939. 

Desfendre], empêcher ; desfende 
subj. 110. 

Desforeté, sorti de la forêt 167. 

DeshaitierJ, affliger; deshaitiee 308. 

Deslier, délier 678, 877, 1027. 

Desloiauté, déloyauté, 616. 

Desmès, désormais, 956. 

[Desnouer, détacher, faire tomber; 
desneue prés. 470. 

Desor, sur 125, 588, 1012 ; par desor 
242 ; par de desor 415. 



Desormès, désormais, 744, 794. 

Desoz, dessous, par d. 478, 898. 

Destrier, 653, 673, 791 ; destier 
658. 

Destroit. gène 1112. 

[Détenir , retenir ; detiegne 3 subj. 
52. 

[Detirer , arracher ; detire ; prés. 
299. 

[DetrenchierJ, trancher en mor- 
ceaux ; detrenchié part. p. 891. 

[Detrier], différer ; a detrié p. i. 820. 

Deus, v. Dieus. 

Deus, (ij) deux 150, 367 (lesd.), 543, 
641, 646, 797, 816, 852, 1050. 

Devant, 65, 74, 193, 281, 451, 458, 
518, 692, 730,897. 

Devise, opinion, sens 4, 904 ; faire 
devise, persuader 144 ; raconter 956 ; 
a devise, entièrement 1083. 

[Devoir], doi 1 près. 771, 971 ; dui 
j prés. 770 ; doiz 2 prés. 745 ; doit 
3 prés, 15, 317, 965, 1071 ; doie subj. 
463; devoit impf. 137, 363, 7/8; 
deùst subj. p. 297, 615. 

Diables, créature infernale (parlant 
des dragons) 869. 

Dieus, Dieu 303, 531,534,627, 1009, 
1031, 1071; Deus 571 ; Dieu 354, 
410; De 624. 

Dire, 393, 488, 900, 1102 ; di 1 prés. 
397, 977 ; diz 2 prés. 523 ; dist 
3 prés. 1, 14, I9 1 » 304, 45 5, 4^3, 
618, 622, 868, 876, 909; dit ; près. 
97, 251, 500, 1129; dient 6 prés. 
47, 1030 :di impér. 570; dites impér. 
51, 311 ; die 3 subj. 124; diroie 
cond. 205; disoies impf. 869; dist 
pf. 143, 335; deïsse subj.p. 396; 
deïst subj. prés. 507 ; a dit/', i. 4^6, 
920 ; dite lu pas. p. d. 325. 

Dis (.X.), dix 277, 645. 

Dit, discours 767. 

Doillanz, v. dolanz. 

Dolanz, affligé 475 ; doillanz 266. 

[Doler], dolent prés. 814. 

Domaehe, dommage 626 ; domages 
923. 



[Q2 



LA DAMOISLLE A LA MULE 



Don. subst. $05. 

Don, dont 28, 81, 657 (dont), 863 
(dont), 975. 

Donc. ; 10. 5S7. M 9. 

[Doner], donner ; done prés. 544. ^)9; 
donez imp. J05, 080 : doint ; 5///y. 

107). 

Dont. \. don. 

Dor. une petite mesure 404. 

[DormirJ, dort prés. >9< s - 

Drecier. dresser 8 vi, monter la table ; 
estoit dreciee impf. pass. 546. 

Droit, adj. 260 ; droiz, il est droiz 

il est juste 344, 1082. 

Droit, adv. 2(52 (tôt d.); 265, 364, 379, 
.178. 489, 539 (tôt d.); 628, 72'». 
7)1 (tôt d.); 757, 915 (tôt d.) ; 
1039. 

Duel, deuil, affliction 301, 722 ; diaus 
626. 

[DurJ, dure 706, 707. 

Durement, fortement 45, 445,811. 



[EffroiJ, effrois 1023. 

El, adj. autre 396. 

El. \. en. 

Ele, elle 3, 48, 73, 75, 99, 223, 243, 
301, 303, 311, 331, 345. 347. 40), 
411, 459, 466, 468, 966, 970, 993, 
1074, 1082, 1123, 1129; el 70, 102, 
986, 1069; la 50, 68, 72, 101, 155, 
235, 245, 342, 344, 387, 576, 585, 
1 128; eles 149, 271. 

Em, \. en. 

En, en, dans, à 1, 6, 49, 131, 154, 
214, 216, 228, 252, 259, 268, 358, 
372, 384, 426, 435, 436, 467, 471, 
562, 655, 671, 692, 718, 757, 782, 
809 (em), 838, 847, 833, 881, 911, 
912, 914, 915, 916, 925, 930 (es), 
967, 969,979, 982 1021 (es), 1030, 
1033, 1038, 1043, 1056, 1062 (es), 
1080, 1084, 1 105, 1 133 ; el = en lo 
181, 340. 

En, prou. 

1 . Exprime la provenance, l'éloignement 
54, 60, 126, 136, 157, 210, 258, 
31 6 . 343> 3)'6. 362, 37 6 > 3**i, 479> 



481. 1.89, |0), joi, 587, 595, 596, 

620. 813, 846, 901, 912, 962, I III, 
1132, II3S. 

2. « de cela », l'objet, une partie de 
lui 13, 46, 67, 205, 223, 295, 396, 

[23, I |8. ||9. 176, 533, 548, 549, 
624, 647, 713, 794, 859, 957. 

3. l'état 304, 315. 

4. lamatière, « dans cela » « de cela », 
647, 672. 

5. la cause « pour cela » 141, 276, 308, 
780, 971, 989. 

En, pron. pers., on 10, 15, 72, 145, 
400, 442. 

[Enbatre], faire entrer; enbât prés. 
718 ; s'est enbatuz p. i. 161. 

[Enbracier], saisir; enbraciez/v/7.^. 

810. 

[EnbrunchierJ, renverser ; enbrun- 
chiezyw/7. 825. 

[Enchaenerj, enchaîner; enchaenez 
part. p. 6'j1. 

[Enchaucier], poursuivre vivement; 
enchauce prés. 730. 

Encline, s. f. demande 340. 

Enconbrier, sanze., sans encombre, 
995, 1112. 

Encontre, à l'encontre 66, 270, 1073 ; 
encontre li 270 ; à rencontre 140, 
364, 1066. 

Encontre, s.f. rencontre; bon e sorte 
de salutation 1074. 

Encor, 248, 832, 1012; encore 975. 

Endroit, en face 462. 

Enfant, 477. 

[Enforester] entrer dans la forêt ; 
enforesté part. pass. 130. 

[Engresser s'], s'irriter ; s'engresse 

prés. 723. 

[ EnluminerJ, a enluminez/', i. 1032. 
Enorance, respect 148. 
(EnorterJ, exhorter; enorte prés. 452. 

[ Enporter], emporter ; enporte prés. 

472. 

Enprendre, entreprendre, 85 ; en- 
prendré 1 fut. 571 ; enprendra ////. 
569; avez enprise s PPJ- 968; 



LEXIQUE ET INDEX COMPLET DES FORMES 



193 



eùst enprise subj. ppf. L43 : estre 
enpris. être pris (par le feu) ; est 
enpris prés. 882. 

Enquerre, examiner 500. 

[Ensaigner], informer; ensaignerai 
fut. 61. 

Ensi, ainsi 77, 151, 188, 261, 471, 
789, 979, 983. 

[Entendre], entent pris. 407. 

[Entier], entiers 618, 861 ; entières 
866. 

[Entoehier], toucher, atteindre ; en- 
tochié part. p. 892. 

Entor, autour 220, 433 (tôt entor), 
529, 841. 

Entre, 45. 

[Entreeonbatre s'], combattre : en- 
treconbatent^/fV. 816. 

[Entredoner s'], se donner récipro- 
quement ; entredonent près. 801. 

[Entreferir s'], se donner mutuelle- 
ment des coups : entrefierent prés. 
698. 

[Entremettre s'], entremet, 538. 

Entrer, 177, 444; entre prés. 178; 
entrera////. 456, 461 : entrast subj. 
p. 146; être entrez inf. p.21ti; 
est entrez/ 1 , i. 179, 281, 338, 378, 
471, 595, 1046 : entrez est p. i. 
1056. 

Entrer, s. verb. l'entrée 1017. 

[Entrevenir s'], venir à l'encontre ; 
entrevienent prés. 800. 

Envenimée, 380. 

Envoier, envoyer 1087 : envoient 
290 : a envoie p. i. 762 : avoit 
envoie ppf. 917. 

Enz, dans, dedans 559. 

[Epin], aubépine ; epins 221. 

Erranment, promptement 670. 

[Errer], faire chemin; errant 114. 

Es, v. en. 



[Esaler s'], sortir; esaloient 
1028. 

Esbanoier. se divertir 32, 1059. 

Eschine. échine 705. 



>Pf- 



Eschanges. le prix de la victoire 780. 

[Eschaper], échapper : eschaperoit 
cand. 647; est eschapez p. i. 210. 

[Escorpion], scorpion ; escorpions 

183. 

Eseremir, s'escrimer 689. 

[Eserier (s')J, crier, s'écrier ; escrie 
^ prés. 296, 829. 

Escristure, écriture 885. 

Eseuële, écuelle 934. 

Escuz, écu 676, 793, 810, 812, 814; 
escu 700, 712, 733, 882. 

[Esgarder], observer, étudier ; a es- 
gardé part. p. 460. 

[Eslessier s'], s'élancer; s'eslesse 
prés. 496. 

[Esloissier], ébranler ; esloissent 
prés. 803. 

[Esloignier], s'éloigner; esloignent 

799- 

Esmaier, effrayer 629^ [s'esmaier], 
s'inquiéter; t'esmaies prés. 532. 

[Esmovoir], bouger, se lever; est 
esmeùe/'. i. 319. 

Espee, épée, 120, 357, 695, 705, 717, 
739, 884 ; espees 814. 

[Espedre se troubler: esperduz part. 
p. 609, 675 : fust esperduz p. ant. 
231 

Esperon, éperon 466. 

Esploit, ruse, moyen 246. 

[Esploitier], explorer; a esploitié 
L p. i. 206. 

Espoëntez, épouvanté, 180. 

Espois, arbustes 1094. 

[Essaier s'], s'éprouver ; essaient 
prés. 811. 

Essoigne, empêchement 52. 

Essuier, s'essuyer 9 \ 5. 

fEstancele], étincelle ; estanceles 

■ 813. 

Esté, été 194. 

[Ester, s*], s'arrêter ; esta/ 1 , à. 1001. 

Estes, voici, 130; estes vos 167. 



194 



LA DAMOlSKLE A LA MULE 



[Estendre). tendre; estent prés. 589, 
621. 

[ Estoner , ébranler ; a estoné p. i. 
824. 

Estor, combat 530. 

jEstovoir], estuet près., il faut, 177, 
530. 613, 710. 765, 808, 941. 

Estrange, étrange 98. 

Estre>, être 44, 191, 229, 254, 257, 
In. 491, 766, 107 1 ; sui prés. 76, 
509, 527, 765, 970; ies prés. 525 ; 
es près. 486, 528, 764; est près. 3, 
64, 96, ii), 316, 346, 370, 389, 398, 
404, 416, 420, 44Q, 458, 471, 475 , 
jS 7 , 642, 675, 706, 742, 82), 882, 
950, 962, 970, 977, 983, 1082 ; sont 
prés. 140, 269, 360, 789, 8'tl, 878, 
880, 891, 1047, 1061, 1121; soie 
1 subj. 978 : soies subj. 653, 663, 
760; soit subj. 318, 569, 752, 
896, 904; soiez subj. 937; soiez 
imper. 307 ; estoit impf 48, 170, 
171, 218, 243, 380, 385, 392, 405, 
414, 429,431, 433> 499, 5io, 609, 
631, 777, 783, 1012, 1015, 1040, 
1057, 1095, 1106, 11 31; ert impf 
40; iert impf. 937 ; estoient impf. 
48, 243, 380, 405, 934, 1033; erent 
impf 29; serai fut. 77, 314, 983; 
seroie fut. 87 : sera fut. 105, 336, 
372, 455, 462; iert fut. 98, 106; 
ert////. 859; scroiz////. 308; seroie 
coud. 302 ; seioitcoud. 626, 654, 737; 
fui/>. d. 831 ; fu ; p. à. 188, 265, 
282, 344,474,684,931,999, 1068; 
furent/', d. 862; fust subj. p. 213, 
772, 1001 ; ai esté p. i. 982 ; avoit 
esté ppf. 193 ; orent esté ppf. 36. 

Estre subst. être 188, 448, 503. 

Estres, espace ouvert 33. 

Estrier, étrier 115, 674, 792, 805, 
1079, 1^27. 

rEstrosj, entièrement : a estros sûre- 
ment 312, 717 (estrous). 

Et, couj., voir le texte. 

Eve, eau 216, 233, 391, 432, 553, 
942, 960, 1039, io 95- 

Ez vos, voici 504, 601. 



1. Cet article ne veut pas comprendre 
le verbe employé comme auxiliaire, toute- 
fois on en donne des exemples. 



Fable, 397. 

Faille, faute ; sanz f. 3'j7. 

Faillir], faire défaut ; faille subj. 652. 

Faire, 145, 61 5, 844; fere 453, 613, 
616, 872 ; faz 1 près. 956; fait près. 
828, 951 ; fet pris. 210, 341, 629, 
722, ii23;font 1053 ; f ace 3 su ty- 
994 ; faisoit impf. 186, 417 ; fairoie 
fut. 91 ; feras fut. 906 ; fera fut. 
194; fist p. d. 953; feïst subj. p. 
996 ; ot fête p. i. 326 ; a fête p. i. 
555 ; fête part. p. 743 ; faire em- 
ployé comme auxiliaire 341 (f. has- 
ter), 953 (seoir), 994 (issir); 996 
•(jiuoi) 

[Faire], dire; fait 50, 574, 580, 636, 
667, 721, 747, 761, 850, 986, 1074, 
1078, 1082 ; fet 56, 60, 75, 102, 303, 
339, 523, 532, 559, 570, 579, 587, 
610, 619, 624, 655, 658, 715, 743, 
744, 849, 871, 902, 966, 976, 1020. 

[Faudre], manquer; faut pris. 412; 
failloit impf. 436. 

Fautre, appui de lance en feutre 800. 

Fel, félon 509. 

[Félon], félons 852. 

Feme, femme 477. 

[Fenestre], fenêtre ; fenestres 34, 

284. 

Fer, 243, 1040. 

Fere, v. faire. 

Ferir, 625, 811 ; fiert pris. 411, 697, 
704, 716, 739, 884 ; fier imp. 625 ; 
feroit impf 627; s'est ferùe p. 1. 
467 ; a féru p. i. 699 ; est feruz 
impf. pas. 759; seroit feruz coud, 
passif, 786. 

Fes, poids 807. 

Feu, 184,882; feus 854. 

Fichier, fixer 782, 838 ; fichiees part, 
p. 839. 

[Fier (se;], fioit impf 911. 

Fier, 873; fiers 646, 852, 878. 

Fièrement, 901. 

Figure, 521. 

Fin, 935. 

[Finer , finir ; une près. 264 ; est finee 
p. i. 1136 ; fine part. p. 742. 



LEXIQUE ET INDEX COMPLET DES FORMES 



!9) 



Flame, flamme 644. 

(Flor , fleur ; flors 221. 

Fluns fleuve (fluns au deable), 398. 

Foi, 745, 977. 

Foiz, fois 124, 164, 329, 423, 1081, 
v. voie. 

Fol, fou 605. 

Fons, fond 181. 

Fontaine, 217: fontainne 226, 385, 
1094. 

Force, 371 ; (a force) 752, 835. 

Forest, forêt 131, 154, 165, 268, 
359, 1046, 1054. 

Fors, hors 120, 165, 265, 415,874, 
995, 1013, 1025 ; fors de 280, 620, 
684; fors que, seulement 120. 

Forsen, fureur 681. 

Fort, 94,173, 336, 372, 4285/0^859, 
861 ; fors 866. 

Fort adv. fortement, 440. 

Fortune, 425, 762. 

Fous, fou 831. 

Frain, frein 43, 88, 97, 908; frainc 
292, 294, 309, 312, 371, 635, 745, 
777, 849, 981, 986, 991 : freine 
103, 123, 535,9655 frains 79, 105, 
528, 643, 1071, 1107 ; li irainc es. 
)>4, 337- 

Froidure, 193, 201. 

[Froissier], rompre; froissent près. 

' 804. 

Gaber, plaisanter, se vanter, braver 
639. 

Gaires, guère, 122, 168, 240, 388. 

Ganche, ruse, feinte 747. 

Garde, 643 ; gardes 529. 

[Garder (se)], est gardez p. i. 423. 

[Garip], guérir: gariz/wr*. p. 763. 

Ge, je 649. 

Genoivre, genévrier 221. 

[Genouilj, genou: genouz 150, 367 ; 
genoz 1050. 

Gent, gens icoy, 1033 ; genz 1025. 



[Gésir], gisent ; p. pi. prés. 154; 



gisoit impi 
561 



nt ? p. pi 
: 758, 916V; 



girras Jitt. 



Gié, \. je. 

[Gieter], jeter; gietent pris. 855; 
gitoient impf. 184. 

Grant, m. 300 457, 530, 677, 681, 
722, 836, 1017, 1023 ; granz ///. s. 
510, 923 ; grant /. 2, 38, 71, 131, 

142, 156, 185, 194, 195, 201, 233, 
417,432, 512, 549, 554, 827,968, 
989, ioo8,1018, 1034, 1093; grande 
277 ; granz 182, 229, 434, 878, 
1006; graignor 142, 527, 1035. 

Gré, volonté, savoir bon gré à qu'un 

être reconnaissant 984. 

Grève, la raie qui sépare la crinière 
728. 

Grieve, pénible 389. 

Gros, 434 ; grosses 797. 

Guerre, 742, 907. 

Ha, exclam. 102. 

Haitié, part. p. à l'aise, content 950 ; 
haitiez part. p. 602 ; haitiee part. p. 

314. 

Hardement s. m., audace .152. 

Hardi, 524 ; hardiz 764. 

Harnois, équipement 660, 856. 

Haster, hâter 341 ; hastees part. p. 
139. 

Hauberc, haubert 749 ; haubers 861. 

Haucer. lever 628. 

[Haut], haute 131, 296, 554. 

Hericier (se), se hérisser 68 ; . 

Herupé, hérissé 506. 

Home, homme 173, 477, 873, 1086. 

Hui, ce; (hui matin) 832. 

Huis, 439, 755. 

Huit, (.VIII.) 975. 

Hure, tête d'animal, 696. 



l,adv. y 23, 28, 36, 48, 5 1, 67, 100, 1 1 5, 
118," 119, 137, 138, 156, 164, 174, 
176, 178, 179, 180, 200, 201, 204, 



196 



La dàmoiseLe a la mule 



219,221, 236, 288, J49, JS7, 100. 
40î, 422, 459, >^°- 4°i> 534, S9 2 , 
625, 0:7, 643, 645, 649, 674, 717. 
70:. 940,983, 1010,1116, 11 18. 

laume. heaume 82 3. 

Ice. v. ce. 

Ici, 17. 

H, 6, 12, 60. 86, 95, 96, 97, 99, 100, 
115, 117, 119, 124, 138, 143, 146, 
169, 176, 178, 181, 185, 190, 193, 
207, 210,213, 2I 6, 224, 230, 251, 

2)2, 26l,26), 266, 288, 295, 297, 

318, 335, 337, 345, 348, 354, 375, 
382, 103, 416, 45 5, 461, 47 6 , 48o, 
490,493, 500, 501, 508, 514, 527, 

7j $48, 559, 569, 579- 5^2, 605, 
606, 610, 615, 624, 633, 636, 658, 
675, 684, 685, 700, 713, 721, 728, 

736, 744, 753, 7 61 , 779^ 82 °, 82 5> 
839,846,850,895, 902, 962, 976, 
988, 1003, 1043, I0 97, 1098, 1109: 
il neutre 187, 318, 344, 436, 463, 
494, 654, 860, 873, 904, 926, 972, 
1001, 1010, 1082, 1131 ; lo 86, 127, 
130, 165, 167, 241, 273, 283, 359, 
482, 523, 539, 550, 556, 739,740, 
754,846, 910, 919, 953, 955, 965, 
1039, Io6 4, 1080, 1099, 1101, 1104; 
lou 47, 82, 99, 379, 427, 588, 607, 
693> 697, 703, 704, 710, 716, 725, 
821, 826, 883, 899, 1049, 1081 ; 
r m. 354, 442, 459, 472, 495, 507, 
519, 531, 613, 670 699, 730, 761, 
824, 827, 887, 913, 1013, 1065 ; 

lou n. 317, 318, 348,615, 636, 987, 
988 ; lo >/. 294, 297, 345, 721 ; le ;/. 
61, 315 ; 1' //. 335, 400,612 (nel), 
979, 1009, 1085 ; il plur. 37, 58, 59, 
117, 273, 275,291, 295, 365, 366, 
792, 795, 1034, 1035 ; les 648, 667, 
808, 874, 875, 948, 1027, 103 1 ; 
aus, eux 45, 113, 668, 791, 857, 
11 19: lor, leur 797, 854, 943, 945, 
959, 1 130 ; do — de lo ; non = ne 
lou 274, 694 ; no = ne lo 52, 324, 
767 ; nel = ne lo 612. 

Iluec, ici 113, 157,217,249, 3)5, 356, 
409. 

Ilueques, la bas, dans cet endroit 388. 

Ire. co'ere 827. 

Iriee, irritée 76. 

Isnelement, hâtivement, rapidement 
507, 887. 



Issi, ici 41 : aussi 245 : ainsi 746. 

Issir, sortir 504, 97)5. ist prés. 185, 
620 : issoient impf. 1024 ; issi 
; p. </. 1055 ; est issuz p. i. 190 ; 
fu issuz /'. </. 1108; issuz estoit 
ppf. mi ; fust issuz subj. ppf. 213. 

Issue, 207. 

Iver, hiver 197, 198. 



Ja, déjà 98, 194, 2i2, 230, 297, 302, 
308, 317, 336, 372, 546, 647, 667, 
748, 763, 767, 780, 857, 1085 ; ja 
mes 230, 293; ja mar... que 308. 

Jame, jambe 152. 

James, jamais 78, 146. 

[Janbe], jambe : janbes 1052. 

Je, 61, 82, 82, 88, 90, 104, 309, 313, 
338 ; rgié) 535, 566, 573, 578, 581, 
582,610, 612, 624, 657, 763, 837, 
844, 888 (j'), 902, 970, 975 (j'), 
Q78, 981, 1083, 1086, 1123, 1125 ; 
me 86. 

[Jeu], distractions de la cour; jeus 
321, épreuve, combat 565. 

Joër, jouer 70. 

Joie, 78, 81, 989, 1008, 1018, 1034. 

Jor. jour 20, 70, 212, 598, 1076 ; 
jorz 77, 196. 

Jusarme, guisarme (arme d'hast) 
512, 574, 590, 603, 628. 

Jusque, 668 ; jusqu' 102, 207, 598, 
718, 731,740. 

La, &dv. là 363, 987. 

Ladedenz, la-dedans 203, 777, 1016. 

[Laid], laide 394- 

Laienz. la-dedans 133, 196, 199, 476, 
545, 620, 681 949, ï00 7, TII 9- 

Laissier, laisser 438 ; lesse près. 495, 
623,693,721; letpre's. 846; lais- 
siez imper. 720 ; lesseroit coud. 64tf; 
laissa^, d. 357 ; laissassent subj. p. 
274. 

[LanceJ. lances 797, 803. 

Langage, 1030. 

Lant. lent Î84. 



LEXIQUE ET INDEX COMPLET DES FORMES 



*9' 



Large, 235. 
Laver, 544, 942. 

Lee, large 170, 240, 404, 432, 498, 
512, 542, 554. 

Lendemain, 599. 

[Lesser], v. laisser. 

Leu, lieu 213, 336, 372,881; leus 
853, 853, occasion, droit 566. 

Lever], Ueveprès. 600; levoit impf. 
773; leva /'. </. 768; a levée p. i. 
696. 

Li, lui 92, 109, 140, 145, 177, 186, 
225, 229, 248, 254, 256, 270, 304, 

3 2 5, 333, 33 8 , 353, 3^4, 389, M7< 
418, 444, 452, 457, 458, 462 (lui), 
463, 470, 483, 485, 486, 488, 493, 
494, 538 (lui), 540 (lui). 544, 553, 
555 (lui), 558 (lui), 568, 589, 591, 
617, 618, 621, 622, 629 (lui), 630 
(lui), 632, 633, 634, 673, 676, 678, 
688, 689, 695, 697 (lui), 700, 701 
(lui), 709, 711, 718, 726,729,732, 
733, 734, 736, 778, 779 (lui), 785, 
822, 826 (lui), 828 (lui), 829, 864, 

867, 876, 884, 886, 897, 899 (lui), 
900, 905, 911 (lui), 920 (lui), 920, 
952, 961, 1014, 1049, 105 1, 1052, 
1066, 1091, 1102,1103, 11 18, 1126; 
ïifem. 393. 

[Lié], gai ; liée 307, 1068. 

Liepart, léopard 135, 158, 364. 

Limace, 691. 

Lion, 704, 708, 719,/)/. 158, 361; 
lions 680, 701, 729, 741,^/. 135, 
192, 641, 646, 665, 678, 1097. 

Lit, 559, 916 ; liz 930. 

Liuee, le temps nécessaire pour par- 
courir une lieue, 816. 

[Loër], louer ; loe 3 près. 955. 

[Loge], loges 1062. 

Loiaus, loyal 631. 

Longuement, 113. 

Loquel, lequel 569. 

Lor, leur (adj. pas.) 340, 1029, 1030, 
1061. 

Lor, prou, pers., v. il. 

Lors, alors 106, 216, 299, 300, 316, 
319, 588, 686, 716, 796, 799,824. 

868, 877, 909, 1005, 1091. 



Louquel, lequel 581. 
Lui, v. li. 

Maille, cotte de mailles, 732. 

Maaille, avec nég., aucunement 502. 

Main, 912 (main a main oum.enm.); 
mains 544. 

Mains moins 8. 

Maint, 1060, 1088 ; maintes 164. 

Maintenant, 58, 101, 222, 356, 362, 
365, 424, 496, 519, 551, 558, 590, 
593, 768, 795, 809, 829, 919, 943, 
958, 961, 988, 1038, 1048. 

Maintenir, 328. 

Mais, v. mes. 

Maisniee, domestiques 545 ; mesnié 
949. 

Maison, 479. 

Mal, adv. 586. 

[Mal], redoutable; mau 644; maie 
643, 644. 

Maleùrté, être méchant, chose mé- 
chante, 204. 

Malvaistié, vilenie 326. 

Manche, 748. 

[Mander], mande 3 près. 72: man- 
dent prés. 57. 

Manière, 655 ? ; genre 865. 

[Mangier], v. mengier. 

Mar, malheureusement adv., mar 
« suivi d'un futur, lui donne le sens 
d'un impératif négatif. » (God. L.) 
308. 

Martire, souffrance 300. 

Matin, 578, 584, 832. 

Mau, v. [mal]. 

Mautalent, ardeur redoutable, 904. 

Mauvaisement, d'une façon mé- 
chante, 80. 

Mauvestié, méchanceté 198. 

Me. v. moi. 

Meïsmes, même 224, 446. 

Mellor. v. bon. 



ioS 



1 \ DAMOISELE A LA MULE 



[Mener], moinne i/m. 72, $79, 127, 
539, j88, 1039, mainne 165, J59, 
680, 7 .Y» : menra fut. 93 ; a mené 
p. i. 913 : ot mené p. i. 1013. 

Mengier, manger (550, 654, 954, 
1 104 : menjue imper. 751 ; mangiez 
imper. 307; mengerei /«/. J13; 
mengeras ////. 905; menjay.*/. 548; 
menjassent subj. p. 273 ; mengié a 
p. 1. 551 ; mengié ont/'. 1. 958. 

Mengier, s. ; . le repas 31, 547, 946. 

[Mentir], mentent pris. 295 ; mentiré 
fut. 572. 

Mervelle, est m., il est étonnant 416. 

[Merveller], s'étonner; mervelle 
près. 445, 491, 513 ; mervellent 
prés. S5. 

Mes, mais 12, 36, 43, 69, 77, 95, 
99, 105, 122, 138, 147, 156, 168, 
180, 234, 241, 256, 295, 306, 315, 
330,337, 342, 356, 357, 373,405, 
413, 417, 420, 445, 449, 455, 468, 
480,488, 495, 500 (mais), 5i3,5 2 4, 
537, 561, 607, 616, 625, 630, 
637 (mais) 656, 662, 669, 706, 714, 
735, 75 3, 765, 77o, 832, 845, 856, 
871,889, 896, 904, 931,941,958, 
980, 1125, 11 29; mes, plus (en né- 
gation) 78, ja mes) 142, 588, 713; 
mes que, sauf 436, 649. 

[Meseonnoistre], mal comprendre; 
mesconnut/'. d. 490. 

Mesnié, v. maisniee. 

Messire, v. monsaignor. 

Mestier, valeur 2, 7 ; avoir mestier, 
a. besoin 2211 548 ; a. mestier a 
qu'un, être utile à quelqu'un 649, 
lj~7. 747, 857. 

Mestre, fort 197. 

[Mettre], se m. en péril 252 ; m. en 
servise de qu'un 1083 ; met 1 près. 
967; met 3 prés. 252, 426, 991; 
mete / subi. 1083 ; mist/\ d. 1038 ; 
ai mis/', a. 979 ; mise part. p. 3. 

Mi, milieu, 216, 384. 

Miaus, v. bon. 

Midis, midi 637, 872, 889. 

Mie, guère 95, 104, 123, 162, 295, 324, 
357, 401, 404, 438, 449, 484,642, 
690, 746, 830, 931, 1055. 



Mien, adj. poss. 1084. 

Moi, 669, 834, 874, 927, 967; me 
c. r. 79, 303 (m'), 305, 315 (m'), 
531 (m'), 5 34 (m'), 574 (m'), 576, 
627; 657, 666 (m',, 668, 720, 744, 
765, 830 (m'), 831, 835, 922 (m'), 
931, 977 (m'), 980, 985, 11 22. 

Moie, mienne 585, 970. 

Mois, des mois, en aucun mois, jamais 
145, 659. 

Moitié, 205, 470; moitiez 414. 

Moleste, ennui 737. 

Molin, moulin, 441. 

Mon, 88, 502, 312, 566, 573, 750, 
940, 966; ma 81,92, 715, 903,969, 
977 ; mes 79 /'/., 924. 

Monsaignor (Gauvain), 918, 994 ; 
messire 286 (Yvain), 716 (Gau- 
vain), 947, 998, 1070, 1072. 

[Monter], monte 1 prés. 836 ; monta 
p. d. 674 ; montez part. p. 1 1 s ; 
est montez p. i. 998 ; est montée 
p. i. 1127 ; furent monté p. a. 795. 

Mor, maure 515. 

Morir, mourir 719; tuer [925]; morrai 
fut. 534 ; mort sont/>. i. 1088 ; avez 
mortes ppf. 925. 

Mort, 174, 723, 891 ; morte 302. 

[Mostrer], montrer, motrerai fut. 
62 ; mostrerai////. 662 ; a mostré 
p. i. 1065. 

Mot, 96, 572. 

Moût, beaucoup, très 6, 36, 40, 46, 
67, 68, 71, 94, 166, 170, 171, 172, 
180, 182, 185, 217, 218, 219, 266, 
282, 323, 338, 341, 345, 346, 428, 
445, 448, 452, 459, 460, 472, 485, 
499, 509, 513, 520, 526, 530, 540, 
556, 580, 631, 677, 722, 730, 772, 
819,878,880, 911, 913, 923,950, 

95 5^ 963, 968, 97 1 , 9%9> 999, U) 37, 
1068. (Le ms. porte ml't, quelquefois 

moût). 

[Movoir], mouvoir ; muet prés. 441. 

Muele, meule 441. 

Mule 42, 92, no, 114, 127, 149, 161, 
162, 215, 222, 274, 321, 350, 366, 
386, 411, 421, 465, 472, 541, 990, 
1053, 1126; mure, 18, 37, 125, 



LEXIQUE ET 1XOEX COMPLET DES LORMES 



199 



227. 1078, H3i ; voir Fœrster Notes 
Erec 5176: Lancelot 2J96 (p. 473) 
(fautivement 2769). 

Nain, 917, 1101 : nains, 481, 4S6, 
489, 492, 897, 948. 

Navrez, blessé 773. 

Ne, pour la négation simple voir le 
texte (p. e. 52, 53, 78, 95, 104, 119, 
123, n' 78, 98, 118, 122, 142, 143;: 
ne, ni 155, 236, 237, 279 ; ne... ne. 
ni... ni 439,477, 1017: no, non. 
nel, v. il. 

Nef, 236. 

Neïs, pas même 875. 

Neporquant, néanmoins 984. 

Nequedant. néanmoins, 241. 

Nestre, naître 187. 

Noient, néant 253, 532, 612; noiant 
607 : il est noianz, il ne sert à rien 
654 ; noient adv. rien, 382. 

Non, 177, 781. 

Nos, nous 53, 59, 63. 

[Noir], noire 243. 391, 1095. 

Novel] nouveau; noveles 16, 1068; 
novelles, 9. 

Nuit, 1076. 

Nul, 52, 246, 430, 1086, 1090, 1129; 
nule 144,237, 397. 655, 753, 1125; 
nus 317, 394, 647, 659 : nules 839. 



O, avec 113, 161, 682, 688, 708, 765; 
0, ou 173, 177, 516; 0, dans 192, 
197, 278, 378; 0, où rel. 193, 269, 
360, 363, 547,916,933,1040, 1047, 
voy. ou. 

Ocirre, tuer 828, 830: ocist p. d. 
1097; ocise s avez ppf. 1022. 

Oïl, oïl voir formule d'assurance 313, 
324 (oïl certes). 

[Oïp], ouïr ; orroiz /"///. 330, 794 : ai 
oï p. i. 564 ; oit (ot) p. d. 1069. 

Oirre, raison 508. 

Oiseuse, 253. 

On, 1076, 1126. 

Ongles. 731. 



Onie, unie, 692. 

Onques, jamais no, 142,264, 394, 
536, 928, 1123: onques mes 142, 
488. 

Or, or, maintenant 346, 385, 526, 37g, 
587, 604, 619, 714, 720, 735, 741. 
836, 848, 957 (ore), 983, 1030. 

Or, subst. 944. 

Ore, heure 187. 

Ore, conj., v. or. 

Orendroit. maintenant 8, 53, 90, 
292, 565, 570, 927. 

[Orer], prier; a oré p. i. 353. 

Orgoil, rage 1029 ; mener 0., être 
enragé (en parlant des bêtes» 680. 

Orrible, horrible 395. 

Oser], ose ; prés. 108,-327 ; ost subj. 
874, 875 ; osasse 1 subj. p. 1123 ; 
osast subj. p. 84, 242, 834 ; osa/>. d. 
408. 

Oste, hôte, 573 ; celui qui reçoit l'hos- 
pitalité 95 1. 

Ostel, hôtel 322, 539. 

[Osteler], v. [rosteler]. 

[Oster], ôter : oste imper. 574, 576; 
osta p. d. 552: a osté p. i. 386; 
a ostee p. i. 215 : fu ostee pass. d. 
959. 

Otroier, accorder 104; otroi / prés. 
338 ; otroie ; prés. 425 ; outroient 
prés. 340. 

Ou. où adv. rel. 35, 37, 166, 263, 318, 
436, 758, 839, voy. 0. 

Outre, 377, 4 T 9, 997, Ï041, 1045. 

[Outroier], v. otroier. 

Ovraigne, affaire, 1025. 

[Ovrer], travailler ; ovrcz/>w/7. p. 937. 

[Paier], payer: paient près. 812. 

Paile, étoffe précieuse, brocart, 936, 
voy. A. Schultz, Dus hofische Leben, 

t. i, p. 332. 

Painne, subst./., peine 71, 166, 419, 
436, 1125; poinne 176: besoin 
1026. 

Paliz, poteau 841, 



200 



I A DAMOISELF. A I.A MULE 



Paor, peur 141, 17 1. 185, 276, 417; 
peor $7 s. 116. 



Par, prép. 

1 . Indique la cause : 147, 1 |S, 569, $99, 
IO29, 

2.1a manière : 11. 239, 272, 576, ~o\, 

801. 827, 904. 1024. 

3. le lieu : 238 242, 402, 415 (par de 
deson, 469, 477, (par desor), 730, 
854, 898 (p. desoz). 

4. l'intermédiaire : 3 [, 115, 184,674, 
77% 7 S >< 788, 883, 903 (de par), 

^)22, I03 I, IO79, I086, I I27. 

5. sert à renforcer le sens : 684,878, 
950. 

6. introduit une adjuration, par De, 
624, 71 >, 746, 977. 

Parfond], profond, parfonde 170, 
235, 132,498. 

Parler, 941 ; parole ; prés. 608 ; 
parolent prés. 46. 

Parmi, à travers 33, 35, 473, 481, 

497> 7°5, 7 T °> 73 8 > 75 5, 759» I00 5, 
1010. 

[Paroir], paraître; paroit 3 impf. 69. 

Parole, 328, 332; paroles 30. 

Part, m, 136,362, 383. 

[Partir], part prés. 157. 

[Partir], p. un jeu, proposer une 
épreuve, un combat ; partis / prés. 
565. 

Partot, partout, 881. 

Pas, s. 526. 

Pas, nég., point 412, 614,771, 1010. 

Passage, 237, 244, 401, 406 ; pas- 
sages 256. 

Passer, 138, 247, 363 ; passe prés. 
695, 1041 ; past subj. 176 : passa 
p. il. 375, KX)2; a passé p. t. 459, 
1003; est passez p. i. 377, 419, 
1045 : soit passez, subj. p. i. 637, 
871 : fust passez subj. ppf. 839, 997. 

Pecer), réduire en pièces; piecent 

près. 815. 

PeCOl, pied de lit 93 }. 

Peine, 753. 



Pel, pieu, 838. 

|Pendre], pendent prc's. 793. 

|Pener, se], se p. de quchose ; painne 
prés. MO. 

[Penser), pensez impér. 848. 

Penteeoste, Pentecôte 20. 

Peor, v. paor. 

Perdre], perdu ai p. i. 81 ; as perdu 
p. i. 526 ; eùst perdu subj. ppf. 
508. 

Père, père 74 ; Saint Père 746. 

Péril, se mettre en péril 252. 

[Perillier], périr; soit perilliezs///y. 
p. i. 249. 

Perilleus, périlleux 257 ; perillouse 
171, 254. 

Pes, paix 95, 562 (en p.), 743. 

Pesanz, vigoureux 653. 

Petit, 160, 378, 426, 580, 1017 ; 
petiz 897. 

Piaus, peau 706. 

Pié, pied 4 14 ; p. comme mesure, 817 ; 
pié de la sale seuil 320 ; piez 594, 
682, 809, 1052. 

[Pierre], (p. précieuse) ; pierres 937. 

[Pieu], pieus 434,435, 786 ; piez 782. 

Pis, adv. 186. 

Place, 692. 

Plain, plein 817; plaine 384; plainne 
208, 214. 

| Plaire], plaisoit impf. 972. 
|PIait],plaiz, tenir plaiz tenir compte 
349- 

Planche, 237, 240, 403, 412, 415, 
418, 1040. 

Plenté, abondance ; a grant p. abon- 
damment 549 ; laisser venir a p. 

exposer complètement 623. 

| Plier], ploient près. 150, 1050; 
plient prés. 367 ; pleioit impf. 418. 

[Plorer), pleurer ; plorant part. pr. 
121 ; plorez imp. 306. 

Plus, 108, 135, 156, 328, 349, 355, 
536, 592,624, 859, 900, 949,957, 
983, 1010, 1102; (dans la compa- 



LEXIQUE ET INDEX COMPLET DES FORMES 



201 



raison), ro, 13, 113, 197, 257, 417, 
488, 653, 929; plus de 352, 404, 

470, 545, 1081 ; sanz plus 393; 
[lej plus tost que 157. 

Plusors, plusieurs 865. 

JPo , peu : a po, à peu 190; poi 650. 

Poe, patte 711. 

[Poindre], piquer, éperonner ; point 
près. 465. 

Point, s. 460. 

Pont, 450, 1003. 

[Pooir], pouvoir ; puis 1 prés. 1125 ; 
puez 2 prés. 714 ; puet ; prés, 6, 157, 
178, 447. 491, 527, 604, 614, 707, 
728, 766, 818, 1076: pot prés-, 44: 
puent près. 155, 807, 1035; puisse 
subj. 657 ; porrai fut. 849; porras 
fut. 6}6- porra ////. 635; porroit 
coud. 247; poïst subj. p. 138. 

Pooir, s. verb.j pouvoir 966, 1090. 

Por, pour ; indique : 

1. la cause 10, 49, 137, 144, 151, 274, 
466,753,969, 1021, 1125; por ce 
M, i5 3> 3 2 7- 374; por ce que 10, 
122, 225, 537, 564, 566, 617, 631, 

7 6 3> 773- 

2. le but 91, 224, 253, 290, 523, 555, 
629, 776, 798, 843, 867, 918, 942, 
945, 1 1 18 ; por ce que 652. 

3. le prix 277, 279. 

4. la qualité 604. 

[Porchaeer], chercher; porchace 
imper. 656; porchaçant part. 231. 

[Porfandre], fendre en deux: por- 
fant prés. 740 ; a porfendu p. i. 

822. 

Porreture, matière pourrie, 893. 

Porte, 439. 451, 438, 462, 464, 467, 

471. 1012. 

[Porter], portoient impf 275 ; por- 
tast subj. p. 241; Portée part. p. 
119. 

Pou, peu 36, 802. 

Praerie, prairie, 280, 358, 1056. 

Pré. ;//. 35 ; pree /. 216. 

Premier, 699, 726; premiers 851. 

Prendre, 493 (se prendre à qu'un); 
prent prés. 543, 590, 594, 703, 988, 
1080, 1 1 32 : pregne subj. 581 : pren 
imper. )6~ ; prenez impér. 986 : 



prenoie impf. 831 ; prendre ////. 
582 ; prendroie cond.§13. 

Près, 217, 470. 

[Présenter}, présent / prés. 902 ; 
présentez $ près. 935. 

[Prester], prêter; presterai ////. 661. 

Preu, preux 929. 

Primes, d'abord, premièrement 100, 
898, 1064; primes ançois que, 

avantaque 343. 

Pris, prix 836. 

Prisier, apprécier 564 ; prise près. 
955 ; prisoit impf. 502 ; prisiees 

part. 8. 

Proier (à qu'un), prier 11 18. 

[Promettre], promet 3 près. 425. 

Pucele, 39, 64, 121, 290, 346, 776, 
1073, 1080, 1106, 11 14. 

[Puer], puer; puant part. 188. 

Puis, 227, 782, 800. 

Puisque, 245. 

Puor, mauvaise odeur, 186, 211. 

Pute, puante, 263. 



Quant, quand 105, 117, 133, 169, 
178, 289, 325, 373, 375, 458, 462, 
525, 578,605, 684, 775, 831, 1003, 
1024, 1069, 1 108, 1 1 1 3 ; quant que, 
comme 728. 

[Quarole], danse de société ; quaroles 
1 1 10. 

[Quaroler], danser une danse de 
société ; quaroloient impf. 1007. 

Quatre (.iiij.) 713, 934 ; quatre cenz 

(c. c. c. c.) 8(50. 

Que, couj. 

1. explicative ou consécutive 2, 3, 13, 
15, 21, 31, 47, 70, 76, 82, 92, 97, 
117, 118, 123, 143, 157, 173, 176, 
187, 189, 196, 207, 210, 230, 277, 
371, 375, 408, 409, 414, 418, 421, 
422, 430, 458, 459, 476, 480, 490, 
504, 514, 577. 59 2 > 601, 613, 708, 
713, (si que; 717, 719, 736, 737, 
740, 785, 817, 820, 833, 851, 856, 
905, (tel que) 1009, 1016, 1026, 
1070, 1083, si que v. si. 



202 



LA DAMOISELE A LA MU] E 



l Apres les verbes déclaratifs 191, 312, 

317- $34, J35. 594, Î9 8 » ^5* \& l * 
500, 508, $69, 618, 000, 1 129. 

: Conj. finale 51, 52, 53, 110, 251, 
JiS, J37> 453. 5 8 S> 653, 904, 962, 
94, rooi, il 19. 

4. causale « car, comme » 6, 42. 87, 
i6j., 181, 187,223, 235, 243, 293, 
295, 109, 382, 389, 431, 527, 529, 

>33 3 S H- 573s 6l 3> 6 -l°> 6 49> 6 7>< 
756, 807, 934, 949, 965, 965, 968, 
97g. 1085 ; de ce que 283 ; dès que 
766 : por ce que, v. por. 

5. temporelle « quand » 37, 213, 363, 
5) 1 » 795' 958, 1048 ; ainz que, v. 
ainz, ançois que, v. ançois, dès que 
599, 766, tant que, v. tant. 

6. Introduit la comparaison plus... que 
9, 16, 249; indique le degré quant 
que 728 : si que 682, 700, 707, 1019, 
tant que 140, 205 ; tel que 725, 
822, tieus que 813. 

7. concessif 11 1, 318; comment que 
348, 582 ; fors que 120 ; a po que 
190, 802. 

8. narratif 173, 306, 639; ellipse de 
« ainsi » 717, 817. 

Que, prou, interr., v. qui. 

Quel, pron. reJ. 49; quele m\prcn. 
interr., 306; quieus /. 1015. 

Quelque, 179, 419, 456, 1026. 

Queque, quoique 124, 463. 

Querre, chercher 50, 97, 528, 776, 
908, 918, 981; querre por qu'un 

290. 

Queue, 469, 687. 

Qui, pron. rel. m. 25, 80, 84, 93, 125, 
126, 137, 165, 174, 282 (cui), 300, 

379, 427, 44i, 474» 507. 586, 609, 
648, 672, 688, 730, 759, 769, 777, 
834, 841, 859, 874, 875, 898, 937, 
999, 1013, 1055, 1078, 1096, 1101. 
ft'm. 7, 19, 29, 128, 137, 162, 170, 
275, 3 59> 36 6 Cqu'), 380, 392, 404, 
412, 499, 917, 955, 1039, 1044, 
1057, I0 95, 1106, 11 35 ; que, 63, 
145, 149, 231, 255, 288, 301 (qu'), 
326, 442, 447,491, 517, 528, 548, 
606, 633, 659, 661, 723, 745, 771, 
778, 869, 908, 981, 985, 1022 (qu'), 
1034, 1076, 1086, 1092 (qu'), 1098 
fqu'j : qui plur. 184, 199, 203, 218, 
219- 340, 677,813, 853, 862, 880, 



1007, 1023, io 33> I0 )4 (qu'), 1061 
1089, 1090, 1121. 

Qui, pron. inter. 486, 487 ; que 59, 
570. 

[Quidierj, penser ; quit / pris. 273 ; 
quide ; prés. 230, 246, 374, 963 ; 
quidoie impf. 832, 837, 844 ; quida 

p. d. 2 12. 

Quiens, v. quel. 
Quite, quitte 537. 
Quoi, coi 997. 



[Raconter], v. reconter. 

Rage, 681, 1029. 

Raison, 494 (v. rendre). 

[Râler], retourner ; rêva prés. 489. 

Randon, de randon, avec impé- 
tuosité, 465. 

[Rapeler], rappeler ; rapel / pres. 611. 

[Ratorner], remettre en état de course 
un cheval (la mule) ; ratorne prés. 
387. 

[Ravoir], ravroie / fut. 88; ravra 
fut. 123, 318, 348/37I ; ravroie 
coud. 82; ravoir de quelquch. 123. 

Recet, retraite des animaux 360. 

Reconter, raconter, 772 ; a racontées 
p.J. 1091; a raconté/^, t. 1113. 

[Recroire], renoncer, se r. de... re- 
fuser ; recroie prés. 453 ; recréant 
part. 449 ; recreroies coud. 664. 

[Redire], redit prés. 109. 

[Redoter], redouter ; redote près. 
244, 382, (se r.) 406 ; redotoit impf 
430 ; redeta/'. d. 607. 

Reduiz, réduit 501 ; réduis 756. 

Referir], rendre le coup; refiert 
prés. 69 7, 710. 

Refroidier, se rafraîchir 224. 

Refuser, 694. 

[Regarder-,, regardent prés. 34; 
a regardée p. i. 497 ; a regardé/' i. 
520, 1004; ot regardée p. a. 605. 

[Remanoir], rester ; remansist suhj. 

p. 1026, 



LEXIQUE ET INDEX COMPLET DES FORMES 



20 



[Remestre], rester: remest p. d. 
121, 806 ; se remestrej, se remettre ; 
remet prés. 228, 259 ; remises p. d. 



1 1 



j 1 



Rendre. 86, 494 3 5 30, donner de nou- 
veau (734); v&aXjprès. 485 ; rende 
1 subi. 585 : rent impér. 744 ; rendre 
/«f.309: rendrai////. 533; renderai 
/«/. 584 ; rendreie coud. 97'i ; ren- 
droit ce ml. 618 ; a rendu />. /. 734. 
A/55., soit renduz 5///'/. 79; sera 
renduz////. 105; iert renduz////. 
106; fu renduz/?. d. 1107; fust 
renduz subj. p. 780. 

[Reoingnier], couper en rond ; reoin- 
gne prés. 886. 

[Reond], rond; reonde 1211; a la 
reonde, tout autour 431. 

Reposer , repostestoient />/>/. 1020. 

[Reprendrej, reprent prés. 894. 

[Requerre], attaquer, requiert près. 

725, 821, 883. 

[Resaillir], se lever en sursaut ; resalt 
prés. 593. 

[Resanbler], resanble prés. 515. 

Respit, répit 90. 

[Respitier]. différer; respite pn's. 
536. 

Respondre, répondre 492. 

[Rester , rest s prés. 484 ; restoient 
impf. 26. 

[Retoldre], enlever de nouveau : rc- 
toulp. d. 733. 

Retorner, 248 ; retorna p. d. 376 ; 
est retornez p. i. 258, 596; ert 
retornez />/>/. 409. 

Retraire], relater; fu retrete pass. 
p. d. 325. 

Revenir, 283 ; revient pn's. 457, 
558, 709; revienent prés. 809; 
revenrai ////. 578; revint p. d. 602, 
1103; revenuz fust subj. ppf. 298. 

[Reventer], venter de nouveau ; 
reventent pn's. 202. 

[Revoir], revoient prés. 365. 

[Richeee], richesse ; richeces 938. 

Rien, de rien, aucunement 609, 675. 

[Rire], sourire; riant, part. 304, 377. 



Rivage. 238, 402. 

Roé, se dit d'un tissu travaillé en petits 
ronds 936. 

Roi, 19, 51, 74, 331,978; rois 21, 55, 
72, 282, 324, 359, 1058, 11 17, 1128. 

Roïne, reine 26,48,55, 339,1058, 
1064, 1 1 16. 

Rompre, arracher (les cheveux) ; 
ront prés. 299. 

[Rosteler], mettre de nouveau en 
étable 1 la mule) ; ra ostelee p. i. 54 1 . 

Rue, 481 ; rues 473, 1005 1110. 

[Rungier], ronger; ronge près. 683. 



Saehier], arracher; sache prés. 827 ; 
a sachié p. i. 701. 

Saignor, seigneur, mari 973 ; c. s. sire 
(en s'adressant au roi) 56, 75, 102, 
306, 311, 487, 1122; (a Gauvain) 
966, 1020, 1074, 1082. 

[Saillir], sauter; sait prés. 854 ; saut 
prés. 411, 466; saillent près. 792; 
sailli p. il. 551. 

[Sain , sains 602; sainne 218. 

Saint. 510, 746; sainz 666. 

Sale, s. salle 33, 65, 320, 1062. 

Salu, salut 485. 

[Saluer], salue ; prés. 74, 482; salua 
p. //. 899, 1101 ; a salué/, i. 519. 

Sanblant, s. v. apparence, aspect 11, 
69, 599 ; faire sanblant, feindre 
328. 

[Sanbler] , sembler ; sanble prés. 229, 
254, 509, 931 ; sanbloit impf. 225, 
255. 

Sanc, sang 749, 853, 893. 

Sanz, sans 89, 90, 347, 3< s r, 393> 
597, 560, 579, 792, 800, 807, 995, 
1 1 12. 

Sarpent, serpent 1100; sarpenz!82; 
sarpanz 877. 

Sauvages, 269, 880, 924, 1047. 

Sauz, saule 932. 

Savoir, 448, 636, 689, 850 ; sai 1 prés. 
82, 396, 581, 646, 888, 984, 1085 ; 
set prés. 347, 735 ; sachiez subj. 



204 



I A DAMOISELE A LA MULE 



294, 1036; Bâchés impér. 856; savoit 
impf. 503, 756 ; savré .v//,/. 580; 
savroit «ma. 'i7 : sot ù. </. 163 ; 
seùsse subj. p. 1086; seust .w//y. y. 
[45, 121 : savoir a... (adj.J, con- 
naître comme 646. 

Savoir, pour savoir, notamment 664 ; 
vov. Lancelot, éd. Foerster, v. 28 [6 ; 

Guillaume </' 'Angleterre, /</., v. 2155. 
Notes. 

Se, />n?w. /v//., 15,84 (s'), 96 (s'), 114 
(s'), 117 00, 123 (s*), 136(8'), i>9> 
152, i)-7(s'), i)9(s') 5 161 (s'), 189, 
228, 258 (s'K 259, 316(8'), 319(8'), 
J43 (s'), 356 (s'j, 362(3'), 368(8'), 
S76(s'), 377(8'), 381 (s'), 382 (s'), 
423 (s"). 424 (s'), 426 (s'), 445, n6, 
467 (s'), 468 (s*), 479 (s'), 481 (s'), 
489(8'), 491, 493, 501 (s'), 502, 513, 
>i8 (s*), 538 (s'), 540 (s'), 596, 597, 
boo, 604, 614, 620 (s'), 686, 687 
688, 698, 722 (s'), 736, 758, 768, 
773j 77 8 , 799, 800 (s'), 801, 802, 
811, 816, 834, 846 (s'), 847, 901, 
(s*) 911, 962 (s'), ion, 1028, 1038, 
105 1 (s'), 1 1 1 1 (s'), 11 24, 11 32 (s'), 
1133, 1134 (s'). 

Se, adv. et conj. vov. si, 
Seeont, second 712, 

[Séjorner], séjourner ; sejorne prés. 

388. 

Sele, selle 215, 386,991. 

Sen, issir de sen, s'évanouir 190. 

Senefiance, présage, signification 
370, 1015. 

|Senefïer], signifier; senefie près. 447. 

Seneschal, sénéchal 289 ; voc. ? 59 ; 
seneschaus, 54. 

Sente, 1038. 

Sentier, 160, 163, 378, 426. 

Seoir, asseoir 953 ; Béant part. près. 
94, 428, (bien s. , bien situé) ; seoient 
impf. 933. 

Sept f.vij.), 676. 

Seror, sœur 969 ; suer 970, 1106. 

JSerpent Serpens, 852. 

Serre, garde 527. 

(Serrer), serre près. 820 ; serrée 
part. p. 706. 



Servir], sert ? prés. 550, 948; ser- 
vent, prés. 68, 538. 

Servise, service 903, 967, 1084. 

Seul, 43, 436 ; seule 39, 11 35 ; seus 
118, 561. 

Seulement, 120, 817. 

Seùr, 1 5 3 ; se tenir a seùr, se croire 
en sûreté 153. 

Seùrement, en sûreté 598, 1002, 
1041, 1045. 

Si, conj. rond. 48 (s'), 83, 86, 143 (s'), 
175 (s'), 242/ 252, 274, 297 (s), 
317 (se) 416, 421 (se), 493 (s'), 
503 (se), 523, 581, 585, 625 627,, 
645, 664 (se), 750 (se), 779, 781 
(se), 784 (se), 910 (se), 939, 972 
(s'), 1009. 

Si, adv. 

1. Marque le degré, dans les compa- 
raisons « tellement », « aussi » 142, 
173, 194, 195, 277, 298, 336, 380, 
394, 395,429, 440, 681, 699, 824, 
873, 901, 1006, 1008, 1018, 1023, 
1035. 

2. A le sens de « ainsi » 88, 98, 228, 
259, 266, 303 (se), 339 (se), 372, 
468, 469, 531, 5 34, 890. 

3. « Particule explétive » (God.) « et », 
« ainsi », « aussi » 11, 23, 34, 74, 
171, 202, 209, 236, 246, 294, 307, 
341, 351, 374; 381, 387, 397, 411, 
43.3, 452, 465, 467, 4^3, 484, 519, 
544, 548, 550, 553, 567, 576, 59 1 , 
597, 611, 615, 650, 660, 673, 676, 
67 8 , 697, 7°9> 7 10 , 722, 725, 733, 
751, 764, 797, 819, 821, 824, 836, 
840, 887, 899, 920, 922, 926, 971, 
1005, 1049, 1081, 1127, 1131, 1132, 
1133. 

4. Employé dans les adjurations 303 
(se;, 571, 627, 666, 

5 . Se non, conces. « seulement » 400. 

6. Si que, consenti. 469, 713, 815, 825, 
881, 886, 891, 1034; marque le 
degré 682, 700, 707, 1049. 

7. Si con u ainsi comme » 22, 885. 

Siècle, monde 173. 

Sire, v. saignor. 

Si tost, aussitôt 88 (sitost conj. 

Soe, adj. poss. fém.y sa 87, 91. 



LEXIQUE ET INDEX COMPLET DES FORMES 



205 



Soffrir, supporter 807. 

Soi, 446, 867. 

Solans, soleil 5 17. 

(Soloir], avoir habitude; suet pris. 
4'i2 ; soloit impf. 22. 

Son, 69, 123, 159, 259, 322, 337,460, 
485, 511, 603, 723, 733 ; ses son 
349, 882 ; sa 42, 120 (s'), 215, 222, 
227, 321, 357 (s*), 386, 521, 603, 
687, 696, 711, 717 (s'), 11 26; ses 
299, 544, 594, 682, 970, 1080. 

Sor, sur 37, 412, 450, 511, 594,603, 
621, 811, 818. 

Sororé, doré 935. 

Sovent, souvent 12, 413. 

Soz, sous 499, 833, 845, 873. 

Suen, prou. poss. sien 5. 

[Suer], suëroie coud. 940. 

Sus, au-dessus 936. 



Table, 546, 552, 959, 1121. 

Talant, avoir talant, a. envie, vouloir 
70, 630. 

[Tanerj, tanner; a tanez p. i. 517. 

Tant, 30, 91, 102, 120, 129, 139, 204, 
206, 210, 322, 393, 820; tant seu- 
lement 120; tant que, jusqu'à ce 
que, ainsi que 79, 232, 238, 265, 
383, 391, 402, 646, 752, 757, 787, 
914. 997, 1042. 

Tantost con, aussitôt que 73, 271, 
761. 

[Tarder], tarda p. d. 1055. 

Tart, tard : est tart... il tarde... 962, 
977, H31. 

Tel, 252, 272, 557, 576, 680, 725,845, 
884, 904; tieus 801, 812; tele 
253, 774, 821. 

Tempeste, tempête 709. 

(Tenant, tenanz durable 859. 

[Tencer], danser; tencoient impf. 
1019. 

Ténèbre, ténèbres 1033. 

Tenebrose, ténébreuse 172. 



Tenir, /. 60 1. 996; t. parole 30, 332 ; 
t. plaiz 349; tenir a... 10, 153, 
525 ; tenir por... 604 ; il me tient 
de quchse 639 ; tieng / pris. 525, 
573 ; tient 1 près. 10, 324 ; tienent 
près. 153, 810; tenoit impf. 21; 
tendra fut. 639 ; a tenu p. i. 260; 
tenu avoit /'/y. 632; tenues part. p. 
30; est tenuz/ww. p. d. 349. 

Tens, temps 940. 

Terre, 49, 150, 367, 496, 499, 682, 
741, 775, 808, 817,982, 1050, 1079; 
terres 24, 98. 

[Tesmoignier], témoigner; tes- 
moingne prés. 885. 

Teste, tête 437, 574, 591, 594, 606 ; 
teste 710, 738, 781,838,886; testes 
184, 863, 1089. 

Tierz, troisième 712. 

Tieus, v. tel. 

[Tigre], tigres 135. 

Toaille, serviette 542, 944. 

Toehier, toucher 630 (lui t.). 

Toe, tienne 577, 583. 

Toi, 751, 831, 844; te 836. 

[Toldre], enlever ; toloit impf. 736; 
a tolu p. i. 700, 711, 726; est 
toluz pdss. pris. 80. 

Ton, 745, 749 ; tes sg. ton 487; ta 
487, 567, 748; tes 526. 

[Torchier], torcher (un animal qu'on 
monte) ; torche pris. 387. 

[Torner], tourner ; torne prés. 356. 

[Tornoier], tournoyer; tornoie pris. 
454; tornoiant part. 450; tornoioit 
impf. 440, 1096. 

Tost, tôt 6, 88, 157, 298, 459, 472, 
485, 864. 

Tôt, adj. tout 198, 740, 974, 1075; 
tote8i,2o6, 314, 390, 717,732, 
748, 926, 11 35; toz sg, 118, 322, 
482, 501, 561,602, 1001, 1032;^/. 
77, 196, 517, 756, 937, 1028; totes 
15, 24, 136, 840, 924. 

Tôt, adv. tout 35, 54, 176, 200, 262, 

265, 279, 347, 364, 365, 432, 444, 

454, 478, 489, 535, 539, 551, 562, 

567,628, 662, 670, 724, 754,757, 



206 



La DamoiSele a la mule 



i, 800, 809, s 11. 907, 915, 988, 
995, 997, 1063, 1083. 

Train, route 259. 

[Traire], tirer ; très part. pas*. 96; 
trete part pass. 695. 

Tranble, s. tremble 932. 

Trenehier, trancher 707, 781, 806, 
837; tranchant part. bn's. 575; 
trenchant part. pics. 739 ; tren- 
cherai fut. 577, 5S3 : ai trenchiees 
p. i. 840. 

Trente, 352; trente et huit 
XXXVIII) 975. 

Très, très 195, 429, (si très forz>, 
989 imout très grant), 1036. 

Très, par 35. 

Tresliz, adj. tissu de mailles, genre 
filet 861. 

Trespasser, omettre 771 ; trespas- 
sast subj. p. 175 ; avoir trespassé 
pass. inf. 770. 

Trestot, adj. tout, entier 503, 506, 
(S22, 940; trestote 87, 243, 405 ; 
trestuit, tous 63, 1019; trestotes 
134. 

Trestot, adv. tout à fait 952. 

Trestuit, v. trestot. 

Triste, 76: tristes 323. 

Trompe, toupie 442. 

Tronc, 588, 621. 

Trop, 162, 254, 389, 642, 714, 982. 

|Trover], trouver; trueve près. 3p. 
236 ; trova p. dèf. 263 ; a trové 
p. i. 476 ; a trovee p. i. 239, 403 ; 
ot trovees p. i. 1092. 

Tu, 48i, 522,528, 531, 561, 563,651, 
663, 664, 714, 751, 7 6 °, 7 6 4,^3o, 
835, 837, 850, 851, 863, 869, 908; 
te 525, 530, 532 (t'), 562, 563, 564, 
565, 57 2 , 573, 577, ) 8 4, 611, 638, 
639, 640, 649 (t'j, 650(f), 652, 661, 
662, 664, 745, 750, 752, 762 (t'), 
765, 855, 857, 876. 

Tuit, tous 354, 891,935. 

[Tuër|, a tué p. i. 887. 

[Umelier (s*)l, s'humilier: s'ume- 
lient prés. 3<;8. 



Un, 20, 93, 404, 420, 427, 436, 478, 
|8i. sos, 506. 508, 592, 650, 673, 
775. 782, 786, 791, 858, 916, 936; 
une 131, 169, 217, 233, 240, 432, 
437, 479, 502, 512, 542, 554, 656, 
692, 774, 954; unes 866. 

Un, pron. 'uni. 571, 679, 799, 1120; 
l'uns 818; li uns 101 1. 



[Vaintre), vaincre ; vainquist subj. p. 
7SS; estoit vaincuz ppf. 779; 
refust vaincuz/. d. pas. 785. 

Vaïee, vallée, 169, 175, 262, 379, 
1043, 1093. 

Vassal, 826. 

Venir, 0, 39, 327, 464, 623. 672, 720, 
808 ; vient prés. 49, 248, 724, 729; 
vienent près. 136, 154, 915 ; viegne 
subj. 51, 53 ; vien imper. 587, 619; 
venez imper. 56, 60, 291 ; veignant 
part. 483; venoit impf. 41, 776, 
1063, 1070; vint p. d. 19, 169, 262, 
391, 481, 897, 899; venist subj. p. 
787 ; sui venuz/. i. 610, 981 ; ies 
venuz p. i. 525, 528, 908 ; est 
venuz p. i. 207, 233, 350, 383, 479, 
1043, 1072 ; est venue p. i. 320, 
331 ; sont venues /'. i. 270; ont 
venu p. i. 843 ; soit venue subj. p. i. 
752 ; fu venue p. ant. 73 ; venuz 
esteit ppf. 255, 261, 283 ; venu 
part. p. 25, 285, 760, 919, 921 ; 
venue part. p. 64 ; venues part. p. 
29 ; venir a... devenir 6 ; il li vient 
nîiaus, il lui vaut mieux, venir de- 
vant qu'un 897; bien venu 92 L; 
b. veignant 483. 

Vent, 201. 

Ventaille, partie du casque qui couvre 
le menton et la bouche 731. 

[Venter], vente près. 200. 

Veoir, voir 212, 875; voi 1 près. 566, 
613 ; vois 2 près. 863 ; voit ] près. 
122, 2i6,245, 283, 373, 400, 407, 
464, 490, 504, 537, 723, 1018 ; veez 
prés. 75; voient près. 117, 149, 289, 
1034 ; voie subj. 230 ; vez impèr. 
987; veoit impf. 181; verrai////. 
667 ; verre////. 748 ; vit y?, d. 235, 
394, 5 14, 919; virent p.d. 37; veïst 
subj. p. 300 ; a veù /'. /'. 208 ; veù a 
/'. /. 761 ; a veùes />. /'. lOOo ; veù 
avoit />//. 1016 ; avoit veùes ppf. 



LEXIQUE ET INDEX COMPLET DES FORMES 



20' 



1 109 : eùst voù subj. ppf. 507 : veùe 
part. p. 63. 

Veoir. s. verb. aspect. 

Vermel. vermeil. 719. 

Vermine. 263, 1044. 

Vers, prëp. 38, 272, 359. 368, 427, 
496, 724, 857, 1004, 1039. 

Vertu, courage 725, 801, 821, 883. 

Viel . vieux : viez 3, 9, 13 ; vies 16. 

Vilain. 506. 514, 993, 1099 : vilains 
1. 509, 543, 552, 387, 589, 595, 
601, 608, 619, 622, 678, 695, 705, 
715, 721, 727. 754, 790, 8_|8, 865. 
879 894,910, 913, 943, 948, 961, 
990, 1000, 1015 ; pi. 516. 

Vis. visage 892. 

Voie, 85, 128.206, 229, 255, 389, 
422,925,969,999; voies 9. 16, 141. 

Voie, fois : totes voies 15 : tote voie 
390, 926: v. foiz. 

Voir. adv. vraiment. 313, 928, L036. 

Voisine, 1057. 

Voiz, voix : a haute voiz 296. 



Volenté, volonté a. v. 55 >. 5 : ,7. 

Volentiers. adv. 538, 345, 495, 618, 
661, 1 124. 

[Voler], volent près. 813. 

Voloirj, vouloir; voil / prés. 104, 
329, 393: visas prés. 585, 625, 750, 
850; vialt ; prés. 99, 342, 5 5 6, 753. 
1 1 30 : viaut s près. 616 : vuet ipris. 
492 : voillent prés. 59 : voille s subj. 
m, 1 77 : voloie impf. 939 : voloit 
86 : voudra fut. 500 : voudroit coud. 
448 : vost/\ d. 101, 156, 438, 488 ; 
vousist suif p. 85, 191, 278. 

Voloir. 5. v. volonté 7 39: faire a son 
volcir de qu'un, faire sa volonté de 
quelqu'un, disposer de quelqu'un à 
sa volonté 906. 

Vos. vous 57, 61. 62, 104, 106, 130. 
167, 309, 311, 396, 397, 902, 921. 
922,926, 929, 957, 971, 972, 973, 

974, 97 6 > 977, 9^4, 9 8 5> 1031, 1075, 

1077. 

Vostre, votre adj. poss. 57, 292, 309, 
967, 1084. 

Vuel, volonté 302 mon vuel . 



INDEX DES NOMS PROPRES 



Artu. c. r. 19; Artus, c. s. 21, 282, 
1058 : Artuz, 282. 

Voyez Th. Pohl, Rom. Forsch. II 

576 ff. ; Foerster, Yvain, p. 272. 

Cardoil, 22, résidence du roi Artus. 
(CarKsle en Cumberlandj. 

Voy. Zimmer, Z. /■/>;. S., XII, 237. 

Sur d'autres résidences d'Artus voy. 
Seilïert, Fin Namenbuch ~ti dru 
altfr-. Artusepen, Th. I. p. 4. 

Champaigne, 516. 

Gauvain (.G. dans le ms.), 341, 518, 
819, 918 imonsaignor), 962, 994 
1 nions.), 1037; Gauvains, 50, 66, 
285, 304, 316, 333, 342, 350, 355, 

363, 373, 39°> 4io, 438, 484, 49°> 
513, 523, 532, 547, 559, 568, 570, 
580, 591, 596, 600, 605, 610, 620, 
634, 655, 667, 674, 694, 703, 716 
(messire;, 736, 743, 760, 827, 830, 



846, 848, 850, 868, 876, 883, 902, 
909, 921, 933, 947, 986, 991, 998, 
1002, 1014, 1054, 1063, 1070, 1072, 
1091, 1113. 

Girflez, 286. 

Gueherïez, 28o. 

Guenievre, 11 16. 

Keus, 50, 56, 96, 108, 112, 129, 137, 
142,156, 160, 258,293, 321,326, 
376, 408. 

Loire (fleuve), 392. 

Marcel, Saint 510. 

Moretaigne, 515. 

Païens de Maisieres, 14. 

Pantelions, Sainz 666. 

Pavie, 279. Cligcs, v. 2500 et 6644. 

Yvains (.Y.), 286 imessirej. 



14 



OUVRAGES CONSULTÉS 

qui pourraient se trouver mentionnés avec une indication insuffisante 



Editions des textes. 

Amis et Amile, p. dans : Nouvelles françoises en prose du xiii c siècle, 

p. p. Moland et d'Héricault. Paris, 1856 (Bibliothèque Elzé- 

virienne). 
Amis et Amile s und Jourdains de Blaives. Zwei Alfrz. Heldengedichte 

des Kerlingischen Sagenkreises hgg. v. K. Hofmann. 2 e Aufl. 

Erlangen, 1882. 
Le Chevalier à l'epée, an old french poem edited by E. Cooke 

Armstrong. Diss. John Hopkins Univ. Baltimore, 1900. 
Le Chevalier du papegatt, nach der einzigen Pariser Handschrift zum 

ersten Mal herausgegeben von Ferdinand Heuckenkamp. Halle 

a. S., 1897. 
Li chevaliers as deus espees. Altfranzôsischer Abenteuerroman hgg. v. 

\Y. Fœrster. Halle a. S., 1877. 
Chrétien de Troyes. Philoniena. Edition critique avec Introduction 

par C. de Boer. Paris, 1909 (Thèse D. d'U). 
Christian von Troyes. Sàmtliche erhaltene Wcrke, hersg. von 

Wendelin Fœrster, 4 vol. Halle, 1884-1899. 
Le Festin de Bricriu, traduit dans H. d'Arbois de Jubainville. Vêpopée 

celtique en Irlande. 
Flore und Blanceflor, herausgegeben v. Immanuel Bekker. Berlin, 

1844. 

The four ancient boohs of Wales. 2 vol., p. p. W. F. Skene. Edin- 

burgh, 1868. 
Gawein and the Green Knight, éd. dans Madden. Syr Gawayne. 

London, 1839. 



2 I 2 LA DAMOISELE A LA MULE 

Gaweinand the Green Knight, éd. Richard Morris. The Early Englisn 

Text Society, n° 4. London, 1864. 
Le Grand [d'Aussy]. Fabliaux ou Contes du xiu et du xni e siècles. 

Labiés et Roman du xm c . Paris, 1 78 1 . 
Heinrich yo\ dem Turlîn. Diu Crâne, hgg. v. G. H. F. Scholl. 

Stuttgart, 1852 (Bibliothek des Litterarischen Vereins in Stutt- 
gart. T. XXVII). 
Houdexc (Raoul de). Sdmtliçhe Werke. Nach allen bekannten 

Handschriften herausgegeben von M. Friedwagner. Halle, 1897. 

I. Meraugis de Portlesgue%. 
Huon de Méry. Li Toruoiemeu~ Antecrit. Neu hg. von G. Wimmer. 

Marburg, 1888 (Ausgaben und Abhandlungen aus dem Gebiete 

der Romanischen Philologie). LXXVI. 
Irischc Texte mit Wôrterbuch. T. I-V, éd. p. E. Windisch. Leipzig, 

1880-1905. 
Jacobs. Celtic fairy laies. London, 1892. 
Karl des Grossen Reise nach Kvnstantinopeh Ein altfranzôsisches Hel- 

dengedicht herausgegeben von E. Koschwitz (Altfranzôsische 

Bibliothek). Heilbronn, 1883. 
Le lai de l'Oiselet, poème français du xm c siècle, p. p. G. Paris. 

Paris, 1884 (imprimé pour le mariage Deprel-Bixio). 
Les MabinogioJi, traduits en entier pour la première fois en français... 

par J. Loth. T. I-II ( T. III-IV du Cours de Littérature celtique). 

Paris, 1889. 
Jacob van Maerlants Roman van Jorec, uitgeg. door Jan Te 

Winkel. Leiden, 1875. 
La Mule San% Frain, an arthurian romance by Païens de Maisieres 

edited with introduction, notes and glossary by Raymond 

Thompson Hill. A thesis presented to the Facu.lty of the graduate 

School of Vale University in candidacy for the degree of doctor of 

philosophy, 191 1. Baltimore, J. H. Furst Company, 191 1. 
Perceval le Gallois ou le Conte ciel Graal, éd. Potvin. 6 vol. Mons, 

1866-1871. 
Piijlii'pe de Tiiaùx. Le Bestiaire, p. p. E. Walberg. Lund-Paris, 1900. 
Roman van Lancelol. Derde Boek. Naar het (eenigbekende) Hand- 

schrift doorD r J. A. Jonckblœt. TweedeDeel. 'SGravenhage, 1.849. 
Nouveau Recueil de fabliaux et Contes inédits des poètes français des 

xii c , xnu, xiv c et xv c siècles, p. p. M. Méon. Paris, 1823. 



OUVRAGES CONSULTES 2 I 3 

Les Œuvres de Maistre François Rabelais, éd. p. Ch. Marty-La- 

veaux. Paris, 1868- 190 3. 
Renauld de Beaujeu. Le Bel Inconnu ou Giglain, éd. C. Hippeau, 

Paris, 1860. 
Le Roman de Tristan par Thomas, poème du xn e siècle, publié par 

Joseph Bédier. T. I. Texte. Société des anciens textes français. 

Paris, 1902. 
Wace. Roman de Brul, p. p. Le Roux deLincy. 2 vol. Rouen, 1836. 
Way (Gregoris Lewis). F^Z/Vn/v, or Taies abridgedfrom FrenchManus- 

cripts of the XII and XIII Centuries, by M. Le Grand, selected and 

translatée info English Verse by the Late Gregory Lewis Way. 

London, 1796-1800. 
Wielands Werke, hgg. von Gotthold Klee. Leipzig und Wien. 

Bibliographisches Institut (Meyer). 
Willelmus monachus Malmesburiexsis. Gesta Regum Anglorum 

excerpta dans Pertz, Monumenta Germanise Historica. Scriptores. 

T. X, p. 449-484- 
Wirnt vox Gravexberg. IVigalois, hgg. v. Franz Pfeiffer. Leipzig, 
1847, hgg. v. G. F. Benecke. Berlin, 18 19. 



Manuscrits consultés. 

Berne. Bibliotheca Bongarsiana, n° 354. 

Chantilly. Musée Condé, n° 626. 

Paris. Bibliothèque Nationale, fonds français, n° 772. 

Paris. Bibliothèque Nationale, f. fr., n° 2154. 

Paris. Bibliothèque Nationale, fonds Moreau, n° 1720. 



Travaux de recherches. 



I. Etudes linguistiques. 

Abbehusex. Zur Syntax des Raoul de Houdanc dans Stengel, Ausgaben 
und Abhandiungen aus dem Gebiete der Romanischen Philologie, 
LXXVIII (1888). 

Bischoff. Der Conjunktiv bei Crestien v. Troyes. Halle, 1881. 



2 1 .{ LA DAMOISELE A LA MULE 

Boerner (Otto). Raoul de Houdenc eine stilistische Untersuchung 

Diss- Leipzig, 1884. 
Borrmanm (O.). Das kur^e Reimpaar bei Crestienvon Troyés mit beson- 

derer Berûcksichiigung des Wilhelm von England. Diss. Marburg, 

1907 (Romanische Forschungen XXV, 1, p. 287-320). 
Brunot (F.). Histoire de la langue française des origines à 1900. T. I. 

Paris, 1905. T. II, 1906. 
Brùss. Der Ausdruck des Kon^essiwerhàltntsses un Mittel-und Neu- 

fran^Ôsischen. Diss. Gôttingen, 1906. 
Cornu. Chute de la voyelle finale dans les Mélanges Chabaneau. 

Paris, 1906. 
Freymond (E.). Uber den reichen Reim bei altfran^ôsischen Dichtern bis 

%um Anfang des XIV Jahrh., dans Zeitschrift fur romanische Phi- 
lologie VI (1882), p. 1-36 et p. 177-215. 
Grosse (Rud.). DerStil desCrestien von Troyes. Diss. Strassburg, 188 1 

(Franzôsische Studien, I, p. 127, ss.). 
Hilka. Vie direhte Rcde als stilistisches Knnsimiitel i. d. Romanen 

des Kre tien v. Troyes. Breslau, 1902. 
Keller (W. L.). Maistre Wace, eine stylistische Untersuchung seiner 

beiden Romane « Rou » und « Brut ». Dissert. St-Gallen, 1886. 
Lùcking. Alt franzôsische Mnndarten, 1877. 
Matzke. The history of ai and ei in french. Publ. of The Modem 

Language Association of America, XXI, p. 637-686. 
Meder (¥.). Pas, mie, point im AUfran^ôsischen . Diss. Marburg, 1891. 
Metzke (E.). Der Dialekt von Ile de France im XIII u. XIV Jahrhitndert 

dans : Archiv fur das Studium der neueren Sprachen u. Litera- 

turen, LXIV (1880) et LXV (1881). 
Meyer-Lûbke (W.). Grammaire des langues romanes. Traduction fran- 
çaise par E. Rabiet. Paris, 1890-1906. 
Nyrop (Kr.). Grammaire historique de la langue française. T. I, 2 e éd. 

Copenhague, 1904. T. II. Copenhague, 1903. 
Pohl (Th.). Untersuchung der Reime in Maistre Wace s Roman de Rou et 

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p. 321-350, et p. 543-63I- 
Rexner. Studien ~ur altfran^ôsischen Stilistih. Versach ciner historischen 

Stilbetrachtung. Diss. Gôttingen, 1904. 
Ritchie (R. L. Grajme). Recherches sur la syntaxe de la conjonction 

« que » dans l'ancien français. Thèse de Doctorat d'U. Paris, 1907. 



OUVRAGES CONSULTES 21 5 

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Schrœdter (V.). Der Wortschat^ Krislians von Troyes be~iiglich der 

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Soltmann (H.). Der Infinitif mit der Proposition à im Altfran^'isischen 

bis ~//;// Ende des i2.Jrhs. FranzôsischeStudien, I. Heilbronn, 1881. 
Sôrgel(J.). Uberden Gebranch des reinen u. prapositionalen Infinitifs im 

Altfranipsischen dans Romanische Forschungen, XIV (1902). 
Suchier (Herm.). Altfran~osische Grammatih, I, 1. Halle, 1893. 
Suchier (Herm.). Le Français et le Provençal. Paris, 1891. 
Suchier (Herm.). Les voyelles ioniques du vieux français, langue 

littéraire {Normandie et Ile-de-France). Trad. p. Ch. Guerlin de 

Guer. Paris, 1906. 
Schittenhelm. Zur stilistischen Verwenduncg des Wortes « cuer » 

in der Altfranz. Dichtung Diss. Tùbingen. Halle, 1907. 
Schrôdter. Der Wortschatz Kristians in dessen Kampsfesschilderun. 

Gen. Diss. Leipzig, 1907. 
Schwan (E.). Grammatih des Altfran-osischen von... neu bearbeitet 

von D. Behrens. Sechste Auflage. Leipzig, 1903. 
Tobler (A.). Vermischte Beitrâge %ur fran^ôsischen Grammatih. Erste 

Reihe, 2 e Auflage. Leipzig, 1902. Zweite Reihe, Lpzg, 1894. 

Dritte Reihe, L. 1899. Vierte Reihe, L. 1908. 
Tobler (A.). Vom fran^ôsischen Versbau alter und neuer Zeit. Zusam- 

menstellung der Anfangsgriïnde. 2 e Auflage. Leipzig, 1883. 
Warren. Tirade lyrique, or complets in monorhyme in Some Features of 

Style in earlyfrench narrative poetry ( 1 1 $0-1 1 yo). Modem Philology, 

IV (1906-1907), p. 655-675. 

IL Histoire littéraire. 

d'Arbois de Jubainville (H.). L'épopée celtique en Irlande (T. V du 

Cours de Littérature celtique). Paris, 1892. 
d'Arbois de Jubainville (H.). Introduction à l'étude de la littérature 

celtique (T. I du Cours de Littérature celtique). Paris, 1883. 
d'Arbois de Jubainville (H.). La Civilisation des Celtes et celle de 

l'épopée homérique (T. VI du Cours de Littérature celtique). Paris, 

1889. 
d'Arbois de Jubainville (H.). Cours de Littérature celtique, vol. I-XIL 

Paris, 1883-1902. 



2 16 LA DAMOISELE A LA MULE 

d'Arbois dé Jubaikville. Le cycle mythologique irlandais et la mytho- 
logie celtique (T '. II du Cours de Littérature celtique). Paris, 1884. 
BÉDIEr(J.). Le Roman île Tristan par Thomas, poème du Xll*. siècle p. p... 

T. II. Introduction. Paris, 1905 (Société des anciens textes français). 
Béllamy (T.). La foret de Bréchéliaut, la fontaine de Berenton, etc. 2 vol. 

Rennes, 1896. 
Birch-Hirschfeld (A.). Die Sage vom Gral ; Ihre Entwickelung und 

dichterische Ausbildung in Frartkreich und Deutschland. Leipzig, 

1877. 

Borodixe Myrrha. La femme dam l'œuvre de Chrétien de Troyes. Paris, 

1909 (Thèse d. d'U.). 
Brown (A. C. L.). The Bleeding Lance, dans Publications of the 

Modem Language Association of America, XXV. 
Bro\vx(A. C. L.). Iivain. A study inlhe Origins of Arthurian Romances. 

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sity), VIII, p. 1-147. Boston, 1903. 
Browx (A. C. L.). The Knight of the lion. Publications of the Modem 

Language Association of America, XX, p. p. 673-706. Baltimore, 

1905. 
Comfort. The character types in the oldfrench chansons de geste. Publi- 
cations of the Modem Language Association of America, 1906. 

T. XXI, p. 279-434. 
Coulet (J.). Etudes sur V ancien poème français du Voyage de Charle- 

magne en Orient. Thèse Paris. Montpellier, 1907. 
Curtix. Myths and folk-lore in Ireland. London, 1890. 
Dix aux (A.). Les trouvères brabançons, hainuyers, liégeois et 

namurois. Paris-Bruxelles, 1863. 
Dottix. Manuel pour servir à l'étude de l'antiquité celtique. Paris, 1906 
Duxlop (John). History of fiction. New édition by Henry Wilson. 

London, 1888. 
Du verxoy et Harmand. Le tournoi de Chauvency en 12S). Etude sur 

la société et les mœurs chevaleresques au XIII e s. Paris, 1905. 
Ehrismàxx (G.). Mârchen im hôfischen Epos dans Beitrâge zur Ges- 

chichteder deutschen Sprache und Literatur, XXX. Halle, 1905. 
Emecke. Chrestien von Troyes al s Persoulichkeit und als Dichter. Diss. 

Wùr/burg, 1892. 
Faral (E.). Les jongleurs en France au moyen-âge. Paris, 19 10 (Biblio- 
thèque de l'Ecole des Hautes Etudes, v. 187). (Thèse). 



OUVRAGES CONSULTES 2l~ 



Gervinds (G. G.). Geschichte der poetischen National-Literatur der 

Deutschen. Zweite Ausgabe. Leipzig, 1840-2. 
Gœdecke (K.). Deutsche Dichtung im Mittelalter. Hannover, 1854. 
Golther. Beçiehungcn ^u/ischen fran^Ôsischer und keltischer Literattir. 

Zeirschrift fur vergleichende Literaturgeschichte, 1890, p. 409, ff. 
Heidsieck(\V.). Die ritierliche Gesellschaftin dm Dichiungendes Crestien 

de Traies. Diss. Greifswald, 1883. 
Henschkel (\Y.). Wald-und Feîdhdte. Berlin, 1904. 
Histoire littéraire de la France, par des religieux bénédictins de la 

Congrégation de Saint-Maur, continuée par des Membres de 

l'Institut, I-XXXIII. Paris, 173 3-1906. 
Holland (\Y. L.). Crestien von Troxes. E'nie Literaturgeschichtliche 

Untersuchung . Tùbingen, 1854. 
Huenerhoff. Die komischen « vilain »-Figuren der altfran^Ôsischen 

Chansons de Geste. Marburg, 1894. 

Jacobsmùhlen, Hermann zur. Zur Charahteristik des Kônig Artus 

im altfran~osischen Kunstepos. Diss. Marburg, 1888. 

Jubinal (Achille). Lettre au directeur de l'Artiste touchant le manuscrit de 

la Bibliothèque de Berne, n° 3J4, suivie de quelques pièces inédites... 

Paris, 1838. 
Jubinal (Achille). Rapport à M. le ministre de l'instruction publique 

suivi de quelques pièces inédites tirées des manuscrits de la bibliothèque 

de Berne. Paris, 1838. 

Kadler (A.). Spriclnvurter u. Senten~en der AltfrançÔsischen Artus u. 
Abenteuerromane. Marburg, 1886 (Ausgaben u. Abhandlungen aus 
dem Gebiete der romanischen Philologie). 

Kettner. Der Ehrbegriff in den altfran^'Jsischen Artusromanen. Diss. 
Leipzig, 1890. 

Klebs. Die Erçahlungvon Apollonius aus Tyr. Berlin, 1899. 

KôHLER(R.).i^/^/;/tv^5f/;///76';/hrsg.vonJoh. Boite. Berlin, 1895-1 900. 
3 Bande : I. Zur Marchenforschung, 1895. IL Zur erzâhlenden 
Dichtung des Mittelalters, 1900. III. Zur neueren Literaturges- 
chichte, Volskunde u. Wortforschung, 1900. 

Langlois (Ch.-Y.). La connaissance de la nature et du monde au moyen- 
âge, d'après quelques écrits français à F usage des laïcs. Paris, 191 1. 

Langlois (Ch.-Y.). La société française au xm c siècle, d'après dix romans 
d'aventure. Pans, 1904. 



2l8 LA DAMOISELE A LA MULE 

LANGLOis(Ch.-V.). La vie au moyen-âge, d'après quelques moralistes du 

temps. Paris, 1908. 
LàNSON (G.). Histoire Je la littérature française. 8 e éd. Paris, 1903. 
LAURENS de la Barre (H. du). Fantômes bretons, contes, légendes et nou- 
velles. Paris, 1870. 
Ledieu (A.). Les vilains dans les œuvres des trouvères. Paris, 1890. 
LôSETH (E.). Le Roman eu prose de Tristan, le roman de Palamède et la 

compilation de Rusticien de Pise. Paris, 1891. 
Lot (F.). Celtica. Romauia, XXIV. 
Loth. Die Sprichicorter u. Senten^en der Altjran^osischen Fabliaux. 

Greifenberg, 1896. 
Loubier (Jean). Das Idéal der mànnlichen Schônheit bei den altfran^ô- 

sischen Dichtern des XII u. XIII Jahrhunderts. Diss. Halle a. S., 

1890. 
Mélanges de philologie romane et d'histoire littéraire offerts à M. Maurice 

Wilmotte, à l'occasion de son 25 e anniversaire d'enseignement. 

Paris, 19 10. 
Mertens. Die hulturhistorischen Momente in den Romanen des Crétien 

de Troyes. Diss. Erlangen, 1902. 
Morrison (A. J.). The french novel of intrigue frotn 11 jo to 1300, dans 

Modem Language Notes, XXI (1906), p. 241-4. 
Nutt (A.). Studies on the Legend of the Holy Grail with especial référence 

to the hypothesis of its celtic origin. London, 1888. 
Paris (Gaston). La littérature française au moyen-âge (xi e -xiv e siècles). 

4 e édition. Paris, 1910. 
Paris (Gaston). Poèmes et légendes du moyen-âge. Paris, 1900. 
Paris (Gaston). Les romans en vers du cycle de la Table Ronde. Extrait 

du tome XXX de l'Histoire Littéraire de la France. Paris, 1887. 
Paton (L. A.). Studies in the f air y Mythology of Arthurian Romance. 

Boston, 1903 (Radclifïe Collège Monographs n° 13). 
Porebowicz (E.). Studya do d^jej'oiv literatury sredniowiecrnej . Lwôw, 

1904. 
Reinach (Salomon). Cuit es, mythe s et religions. T. I-III. Paris, 1905-08. 
Rei\hold(J.). Floire et Wancheflor. Etude de littérature comparée. 

Thèse de doctorat d'U. Paris, 1906. 
Renan (E.). Essais de morale et de critique, 4 e éd. Paris, 1889. 
Renier. 77 tipo estetico délia donna nel mediœvo. Ancona, 1885. 
Knys (John). Lectures on the origin and groivth of religion as illustrated 

by Celtic Heathendom. London, 1888. 



OUVRAGES CONSULTES 219 

Rh\s (J.). Studies in the Arthurian Legend. Oxford, 1891. 
Schiller. Das Grûssen im Altfran^Ôsischen. Diss. Halle a. S., 1890. 
Schofield (\Y. H.). English Literature from the Norman Conquesi to 

Chaucer. London, 1906. 
Schrôder (R.). Glaube und Aberglaube in dm Altfran^Ôsischen Dich- 

tungen. Erlangen, 1886. 
Schuhmacher. Das Befestigungswesen inder Altfran-osischen Literatiir. 

Diss. Gôttingen, 1906. 
Schultz (A.). Das hôfische Leben rut Zeit der Minnesinger. 2 vol. 

2^ Auflage. Leipzig, 1889. 
Seiffert (F.). Ein Namenbuch %u den altfran^Ôsischen Artusepen. Teil I. 

Diss. Greifswald, 1882. 
Schofield. Ihe Lay of Guingamor, dans Studies and Notes, t. V. 

Boston, 1895. 
Tex Brixk. Geschichte der englischen Literature, 2 vol. Strassburg, 

1893. 
Geoffroy Tory de Bourges Champ Fleury édition de 1529. 

Treis. Die Formalitdten des Ritterscblages in der altfransÔsischen Epik. 

Diss. Berlin, 1887. 

Yoretzsch (C). Einfûhrung in das Studium der AltfransÔsischen Lite- 

ratur. Halle a. S., 1905. 
Warnatsch (O.). Der Mante!, Drucbstuck eines Lan^elet romans des 

Heinrich von dem Tiïrlin, nebst einer Abhandlung ùber die Sage 

vom Trinkhorn und Mantel und die Quelle der Krone. Breslau, 

1883 (Germanistische Abhandlungen). 
Warr (Benjamin Easter de la). A study of the magie éléments in the 

Romans d'Aventure and the Romans Bretons. Part. I. Baltimore, 

1906. 
Wechssler. Frauendienst un~ Vassalitât. Ztsch. f. fr. Spr. u. Lit., 

1902, p. 159. 
Weehssler (E.). Die Sage vom heiligen Gral in ihrer Entwickelung. 

Halle a. S., 1898. 
\Yextz. 1 he fairy-faith in celtic conniries, ils psychical origin and nature. 

Rennes, 1909. 
Westox (Jessie L.). The Legend of Sir Gawain. London, 1897. 
WiLMOTTE (M.). Etudes critiques sur la tradition littéraire en France. 

Paris, 1908. 
Wohlgemuth (F.). Riesen und Zwerge in der altfransÔsischen er 

-(ïhlenden Dichtung. Diss. Tùbingen. Stuttgard, 1906. 



220 LA DAMOISELE A LA MULE 

Zùckner (II.)- Oiè Kampfschilderungen in der Chanson de Roland und 
auderen Chansons de Geste. T. I. Der Zweïkampf. Diss. Greifswald, 
1902. 

Divers. 

Hagen (Hermanus). Catalogus Codicum Bernensium (BibliothecaBon- 

garsiana). Berna?, 1875. 
Dictionnaire des postes et télégraphes... de la France continentale, de la 

Coi se et de l'Algérie. Paris, 1905. 
Documents relatifs an comte de Champagne et de Brie, 11 72-1 3 61, p. 

p. A. Longnon. Paris, 1901. 
Grundriss der Romanischen Philologie herausgegeben von G. Grôber. 

Strassburg, 1 888-1 897. 
La visse (E.). Histoire de France depuis les origines jusqu'à la Révolution. 

T. I-IX. Paris, 1903-1910. 



Périodiques. 



Archiv fur das Studium der neueren Sprachen und Literaturen (Herrigs 

Archiv). Braunschweig, 1846, ff. 
Englische Studien. Heilbronn, 1877 et suiv. 
FrançÔsische Studien hgg. von G. Kôrtixg u. E. Koschwitz. 

Heilbronn, 1881 et ss. 

Ger mania. Vierteljahrsschrift fur deutsche Alterthumshinde, hg. v. 
F. Pfeiiter. Wien. 

Modem Language Notes. Baltimore, 1886, ff. 

Publications of the Modem Language Association of America. Balti- 
more. 

Revue archéologique. Paris, 1845, ss. 

Revue Celtique. Paris, 1870 ss. 

Revue des Langues Romanes. Montpellier, 1870 ss. 

Revue des traditions populaires. Paris, 1886 ss. 

Ro mania. Recueil trimestriel consacré à l'étude des langues et littératures 
romanes. Paris, 1872, ff. 

La Semaine des enfants. Magasin d'images et de lectures amusantes et 
instructives. Paris (Hachette), 1857, ss - 



OUVRAGES CONSULTÉS 221 

Studies and Notes in Philology and Literature (Harvard Studies and 
Notes). Published under the direction of the modem language 
departments of Harvard University. Boston. 

Zeitschrift fiir fran^'jsische Sprachc und Litcratnr. Berlin, 1880, ft. 

Zcitschrift fur Romanische Philologie, hrsg. von Gustav Grôber. 
Halle, 1876, ff. 



ERRATA 



P. i, après Contre le genre humain et devant la nature, mette\ une virgule. 

P. ix, ligne 8, déridé de publier, corrigez décidé à publier. 

P. ix, lig. }2, crise fondant, corrigez en nous fondant . 

P. x, lig. 10, s 'attachant, lisez se rattachant. 

P. xi, lig. 7, en caractère de titulaire, corrigez en qualité de 
titidaire. 

P. 7. lig. 8, homogènes, lisez identiques. 

P. 8, § 2, lig. 7, Lùbcke, lisez Lùbke. Ajoutez père : 
Père (Petriuri), v. 746, qui donne un exemple de e : ie. 

P. 9. s) au, lisez < au lat. • 

P. 11, lig. 25, présente en pluriel, lisez présente au cas 
sujet pluriel. 

P. 12, lig. 21, v. 1069, lise^x. 1070. 

P. 12, futur, notez qu'il s'agit du futur I et futur II {-oie) 
qui n'a pas partout la valeur du conditionnel. V. Schwan, 
§ 417 de l'éd. 1903, e. a. 

P. 16, lig. 12, lisez : i° eu < o rime avec eu < 0. 

P. 23, lig. 8, ajoute^ v. 37e, au lieu de 587, /w^ 590, 
efface^*] 00 \ lig. 13, élision r , rapportez le renvoi à la ligue 22, 
Philomena ' . 

P. 42, lig. 4, lisez en peignant les détails. 

P. 49, dernière ligne, //^revient, il. 

P. 50, lignes 1 et 2, réconci- liation. 

P. 87, lig. 28, Clinchor, lisez Clinschor. 

P. 90, lig. 13, effacez ht ligne: Gauvain pour gagner le 
pays de Baudemagus traverse à la nage le fleuve (Charette). 

P. 102, lig. 22. Gaucher de Dourdan, lisez Pseudo-Gau- 
cher. 

P. 137, note 2, Modem Language Notes, t. XXVI, p. 149-151. 



ERRATA 



POÈME 



P. 149, v. 10, lisez P or ce qu'en les tient a plus bêles 

et si sont miaudres par sanblant. 
Mes il avient etc. 
v. 28, lise% d° n ^ i ot assez de bêles 
P. 151, v, 76, efface^ k point. V. 78, jamès, lisez ) a mes 
P. 152, v. 117, on pourrait lire : Atant il voient, etc., effacez les 
points an v. 120. V. 146, jamès, lisez ) a mes 
P. 153, v. 159, effacez h point. 

P. 154, v. 178, lisez il entre, quant il miaus ne puet 
v. 187, dès, lisez des 
v. 241, effacez ^ a virgule. 
P. 155, v. 245, puisque, lisez P U1S que 
P. 156, v. 248, effacez ^ a virgule. 

v. 265, » » ». 
P. 158, v. 325, lisez la malvaistié que Keus ot fête, 

et por ce n'ose a cort venir. 
La parole plus maintenir 
ne voil a lui a ceste foiz, etc. 
v. 340, lisez qui l'outroient. El lor encline 
et si fet moût Gauvain haster, 
v. 353, effacez ^ a virgule. 
v. 368, » » » 
v. 382-3, 7/^ que il nés redote noient, 

tant que d'autre part est venuz ; 
P. iéo, v. 395 ss. si orrible, ne si cruel : 

ne sai que vos en deïsse el 
et si vos di etc. 
v. 410, commandez, lisez conmandez. 
P. 163, v. 505, lisez de la cave, amont un degré, 
v. 5 13 ss. lisez de ce que il vit. Li vilains 
mor resanble de Moretaigne 
ou de ces vilains de Champaigne 
que li solaus a toz tanez. 
v. 523 diz, lisez dis 
v. 528 i es, lisez ies 
P. 164, v. 534, effacez la virgule, après morrai, 
v. 538, effacez le point et virgule. 



ERRATA 

P. 165, v. 583, effacez la virgule. 

P. 167, v. 649, mettes un point et virgule après lesseroit 

v. 686, effacez la virgule. 
P. 168, v. 700, lise% que il li a etc. 

v. 713, quatre, lisez quart 
P . 169, v. y 26, effacez la virgu le . 

v. 733, » » ». 

v. 740, )) » ». 
P. 170, v. 753, supprime^ le point. 

v. 768, » » ». 
P. 171, v. 797, grosses, lisez groses 

v. 803-4, effacez les virgules. 

v. 815, //$£( les pièces en abatent. 

v. 820 quil, lisez qu'il- 
P. 172, v. 823, supprimez la virgule. 

v. 838 » )) ». 

v. 846 » » ». 

v. 857 et ss. lisez (( ne t'avra ) a vers aus mestier. » 
Un autre vet aparellier 
qui plus ert forz et plus tenanz. 
« Il a bien çaiens etc. 
P. 173, v. 879, effacez la virgule. 
P. 175, v. 931, lisez mes nefu mie, ce me sanble, 

v. 937, supprimez la virgule. 
P. 176. v. 977, lisez ce vos di par ma foi, 

v. 988, lisez Et il tôt maintenant lou prent 
et moût très grant joie en demoine, 
et li vilains la mule amoinne. 
P. 177, v. 1028, s'esaloient, lisez s'en aloient 
P. 178, v. 1072, supprimez la virgule. 
P. 179, v. 1084, votre, lisez vostre 

v. 1100, lisez et l' 1 bataille do sarpent 

v. 1 108 et quant do chastel fu issuz 
conment il i a voit veùes 
P. 180, v. 11 16. La roïne, lisez la roïne 

v. 1 126, lisez Sa mule mande, on l'amainne, 

P. 182, v. 133, ajoute^ les bestes de laienz 
v. 178, ajoute^ il i entre 
v. 328, supprimez lu note. 



ERRATA 



P. 18} ajoutez : v. si>, vit lo vilain 

v. sis. mor resanble 

v. s 2^, lo diz 

v. 700, qu'il 
Supprimez la note du v. 787 (fautivement pour 797). 
Ajoutez : v. 1 126 sa mule demande on li amaine. 

LEXIQUE 



P. 186, Aler, supprimer ve prés. 858. 

Arçon, 804 ; arçons, lise- ar- 
çons. 

P. 187, [Bailler], lise- bailleroie 1 
cond. 92. 

P. 189, [Coluevre|, lise- coluevres 
pour conluevres. 

P. 190, entre [Cruauté] et [Cuer], 
lise- : Cruel, 395 (épithète 
de l'eau); cruëus, 172. 

P. 191, Dire; diz 2 prés. 523, lisez 
dis 2 prés. 523. 

P. 192, Encline, s. f. demande 340, 
lise% [Encliner], s'incliner, 
saluer ; encline 3 prés. 340. 

Encontre ; à rencontre 140, 
364, 1066, lise- a rencontre, 

etc. 

Encontre s. t. ; bon e lisez 
bon e. 

P. 193, Entrer; être entrez, Useï 
estre entrez. 

lise{ Envenimée, pleine de 
venin, 380. 

efface^ [Esaler s'] sortir, etc. 

[Esmovoir|, lisez [Esmo- 
voir, s']: 

estes mettes l y° a P res vos. 

P. 194, Estre; ies prés. 525, ajoutez 
328 ; es prés. 486, 528, 764, 
effacez 5 2 ^ î seroie fut. 87 est 
à effacer ; seroie cond. 302, 

ajoute- 87. 



P. 194, Faire; fairoie fut. 91, lisez 
feroie cond. 91. 

P. 196, Ja ; ja... mes, effacez 293, 
ajoutez ja mes, 78, 146. 

supprimez : James. 

P. 198, ajoutez [Moudre], muet prés. 
441. 

effacez l'article [Movoirj. 

P. 199, [OïrJ ; oit (ot) p.d., corrigez 
prés. 

Oirre, raison, lisez chemin. 

| Paier] payer, corrigez don- 
ner. 

P. 200, effacez l'article [Pecer]. 

Père, effacez Saint Père, 746. 

ajoutez Pièce s., pièces, 815. 
P. 201, Puisque, lisez Puis que. 

ajoutez Quart, 713. 

Quatre, effacez 713- 

P. 202, Quiens, lisez Quieus. 

[Ravoir], effacez ravroie 1 fut. 
88; ravroie cond. 82, ajoutez 
88. 
P. 204, [Séjorner] lisez [Sejorner]. 

Sen, issir de sen, lisez i ss * r 
do sen. 

P. 205, Solans, lisez Solaus. 

P. 209, Moretaigne. 515, ajoutez 
Mauritanie. 

après Pavie, mettez Père, 
Saint Saint Pierre [ . 



r. Ces errata ont été rédigés en partie après la soutenance de la thèse ; je remercie 
MM. Thomas, Jeanroy et Roques de m'avoir indiqué un certain nombre d'erreurs sur les 
pages 1 à 36 et 149 à 209. Leur étendue s'explique par le fait qu'entre l'impression et la 
mise en vente du livre quelques mois se sont écoulés. Ne pouvant pas oflrir maintenant 
au public une nouvelle édition, j'ai tâché d'améliorer, autant que possible, le texte de 
celle-ci. 



TABLE DES MATIÈRES 



Pages 

Avertissement vu 



PREMIERE PARUE 

Chapitre I. — Ee manuscrit et la langue du poème. 

Le manuscrit 5 

La langue de l'auteur (Phonétique, Morphologie) 8 

Observations sur la syntaxe 17 

Versification 23 

Remarques sur le stvle 27 

Chapitre IL — Etude comparative des thèmes du conte. 

Le cadre du récit (Le thème de la sœur deshéritée) 39 

Quel est le canevas primitif? — Des rapports entre les récits de Henri de 
Tùrlin, de Chrétien de Troyes et Païen de Maisières. 

Chapitre III. — Suite de l'étude comparative. 

Autres thèmes et motifs compris dans le conte 67 

Paysage 69 

La forêt merveilleuse, la fontaine, la vallée de la « pute vermine ». 

Le château fée et tournant 73 

La défense du château et le décor grotesque 90 

1° Pont sur un << flun au deable »; 2 Palissade ornée de têtes humaines; 
} u Le portier du château ; 4 Le nain ; 5 Le jeu parti du coup de la 
hache ; 6° Les combats de Gauvain. 



2^ | TABLE DES MATIERES 

Autres merveilles uo 

La Mule (fèêe ?) : La docilité des bêtes sauvages ; Que signifie le frein ? 

La signification de l'élément féerique du conte. — Valeur des sources 

celtiques 118 

Personnages épiques du roman 127 

Chapitre IV. — L'auteur et sou pointe. 
L'auteur et son œuvre 137 

DEUXIÈME PARTIE 

La Damoisele a la mule. Edition du texte 147 

Leçons du manuscrit et notes 182 

Lexique et index complet des formes 185 

Index des noms propres 209 

Ouvrages consultés 211 



Abbeville. — Imprimerie V. Paii.i aki, 




PONTIFICAL INSTITUTE OF MFDiAEVAL STUD1E. 

59 i NT 

TORONTO-5, 

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